Depuis 2018, Madeleine Louarn, artiste associée au TNB, est accueillie à l’École du TNB dans le cadre d’une résidence de recherche et de création réunissant les interprètes en situation de handicap de la troupe Catalyse et les élèves comédien·nes tout au long de leurs 3 années de formation. Après Opérette (2020, promotion 10) et Daedalus, la vie de quelqu’un (2024, promotion 11), elle crée pour le Festival TNB avec Bernardo Montet Aimer Être Aimé avec la promotion 12.
Comment s’est passée la rencontre entre les élèves de l’École et les comédien·nes de Catalyse ?
L’idée de cette rencontre au départ c’est celle de l’inclusion : que les acteurs de Catalyse soient sur le plateau au même titre que tout le monde. Ce qui n’est pas si simple à trouver, parce qu’il y a forcément un décalage dans la manière de penser, de voir, de comprendre.
Avec cette promotion, ça a été particulièrement simple et très agréable. On ne sentait pas du tout de hiérarchie ni d’inquiétude à vouloir faire spécialement attention. C’est très délicat comme relation. Il faut être avec mais ni trop, ni pas assez. Et le groupe a accueilli ça avec simplicité et beaucoup de bienveillance. Je pense aussi que la troupe Catalyse était plus à l’aise. Le chemin s’est fait dans les 2 sens. À force de connaître la maison, de connaître les principes de l’École, et puis d’avoir le plaisir d’y revenir, il se crée une vraie fraternité.
On aimerait vraiment que la question de Catalyse devienne centrale pour les acteurs et actrices de l’École. C’est-à-dire : qu’est-ce que Catalyse va leur apporter ? Souvent, on parle d’inclusion comme d’une équivalence, ce qui est déjà très bien, mais la véritable richesse de Catalyse c’est le secret qu’ils portent et qu’il faut dénicher. L’enjeu pour les élèves c’est donc de « trouver Catalyse en eux ».

Répétitions © Magali Ruelland
Pourquoi avoir choisi d’amener la danse au sein de cette création ?
Le moteur premier, c’est la relation du corps à l’espace : comment est-ce que les élèves sont sensibles aux autres, à l’espace et au monde, à travers le mouvement et la conscience de leur corps ? Ça les rapproche des acteurs de Catalyse, parce que tous les corps se retrouvent exposés dans leur grâce et leur maladresse. On perçoit les choses différemment à travers la danse parce que c’est une autre manière de communiquer, qui les ramène à eux d’une certaine façon, à eux avec les autres.
On a pris le parti de traiter la question de l’amour, ou en tout cas celle d’aimer, mais pas sous l’angle habituel du couple, de l’amour à 2 et de la passion amoureuse sur le modèle de Roméo et Juliette. On a plutôt choisi d’en parler comme force de vie, possibilité de se transformer, engagement.
On voit bien, dans l’histoire du théâtre, la place que prend l’amour dans la dramaturgie, depuis la tragédie grecque jusqu’à aujourd’hui. Elle est quasiment constitutive et Shakespeare l’a très bien dit de l’acteur. Aimer c’est une projection de soi dans quelque chose d’autre, puisque c’est aussi aller à la rencontre d’un inconnu, et se départir d’une chose de soi pour laisser la place à d’autres. Cette action d’aimer est aussi collective, parce qu’elle se fait au regard du monde. Je pense que ça leur parle beaucoup à ces jeunes gens, cette capacité à être en attention à l’autre, en attention au monde.
Ce ne serait ni un spectacle de danse, ni un spectacle de théâtre. Vous parlez de danse avec les mots…
Le fait de ne pas avoir de trame prédéfinie nous oblige à être beaucoup plus attentifs à ce que les acteurs et actrices proposent. On essaye vraiment de partir d’eux, de tâter le terrain avec eux et de voir comment ils réagissent et ce qu’ils reprennent à leur compte.
Ce n’est pas une coécriture, pour autant on travaille instinctivement à partir de leurs propositions. Ce n’est pas tant la fiction qui va compter que l’événement scénique. Pour moi, le maître dans ce domaine c’est Kantor. Il a une musicalité dramaturgique absolument impressionnante et très physique. On va s’en inspirer en termes de construction : cette alternance entre de grands assemblages assez lyriques, et tout d’un coup un seul personnage qui se met à parler, ou une nappe blanche qui arrive, un repas qui s’installe, des jumeaux d’évêques... On trouve chez lui des images très puissantes, et surtout, une construction dramaturgique incroyable. C’est très musical, comme une symphonie. Il suit son mouvement de pensée à travers les images.
– Propos recueillis par l’équipe du TNB, septembre 2025
ENTRETIEN AVEC MADELEINE LOUARN
LA SCÈNE COMME LIEU D'INCLUSION
Publié le 09/10/2026
EN ÉCHO
Festival TNB
17 — 21 nov 2026
MADELEINE LOUARN / BERNARDO MONTET
AIMER ÊTRE AIMÉ
17 NOV — 28 NOV 2026
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