Pour sa nouvelle création Le même corps jamais pareil. D'après Esther Ferrer, Latifa Laâbissi restitue à l’identique, ou presque, trois performances réalisées par Esther Ferrer dans un solo où le corps occupe une place centrale et où « altérité » est le maître-mot.
Figure forte de la danse contemporaine, Latifa Laâbissi mobilise un langage expressif résolument ouvert à l’altérité. Son cheminement libre et exigeant témoigne d’un désir continu de converser avec les œuvres d’autres artistes, comme elle l’a fait avec la Danse de la sorcière de Mary Wigman dans son Écran somnambule.
Le matériau du solo performatif Le même corps, jamais pareil. D’après Esther Ferrer est entièrement « emprunté » à Esther Ferrer, artiste d’origine espagnole installée en France depuis les années 1970. Âgée de 87 ans, celle-ci a développé au fil du temps une pratique éclectique conférant un rôle prépondérant à son corps, en particulier dans ses performances ultra-minimalistes.
« Esther Ferrer est une artiste majeure, que j’ai découverte d’abord comme performeuse, précise Latifa Laâbissi. Elle se situe presque à l’opposé de ce que je fais. Cela m’intéresse beaucoup d’aller sur son territoire, du côté du geste-action, sans dimension théâtrale ni affect. Nous avons une chose essentielle en commun : le rire. Il y a chez elle une puissance de l’absurde qui m’emporte. » Dans Le même corps, jamais pareil. D’après Esther Ferrer, la chorégraphe française (ré)incarne trois performances de – et en dialogue avec – l’artiste espagnole : Intime et personnel (1977), Memoria (1984) et Las Cosas (1990). Les dates indiquées correspondent aux versions choisies pour ce projet, chaque performance ayant été réalisée à plusieurs reprises par Esther Ferrer. Fondées sur des protocoles simples et très précis, semblables à des partitions, les trois ouvrent le champ de l’imaginaire et questionnent les normes avec une grande (im)pertinence.
Dans Las Cosas, la performeuse utilise son corps presque comme un socle et pose sur sa tête différents objets du quotidien. Avec Memoria, elle marche sur un très grand carré formé par des enveloppes, dont les rabats triangulaires sont soulevés, jusqu’à ce qu’elle les ait toutes refermées. Au fil d’Intime et personnel, pièce emblématique, elle mesure son corps lentement à l’aide d’un mètre ruban. « Il émane du travail d’Esther Ferrer un silence qui laisse beaucoup d’espace à l’altérité et à la dialectique, souligne l’artiste. J’ai le sentiment que nous traversons une période extrêmement bruyante, et j’avais vraiment besoin de ne pas ajouter du bruit au bruit. »
– Jérôme Provençal, Supplément des Inrocks (octobre 2025)
FESTIVAL TNB X LES INROCKS
UN EMPRUNT À ESTHER FERRER
Publié le 10/27/2025
EN ÉCHO
Festival TNB
14 — 16 nov 2025
LATIFA LAÂBISSI
LE MÊME CORPS, JAMAIS PAREIL. D’APRÈS ESTHER FERRER
Chorégraphe
LATIFA LAÂBISSI
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