Les 20 élèves sortants de la promotion 11 partagent leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 

En 2021, 1 375 candidat·es remplissaient le dossier de création du premier tour du concours d’entrée à l’École du TNB. Parmi ces 1 375 candidat·es, les 20 futurs élèves de la promotion 11 ont partagé à travers ce dossier leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 3 ans plus tard, en juin 2024, nourris de leur expérience artistique intensive à l’École, les jeunes acteurs et actrices se prêtent au jeu de répondre à nouveau à quelques questions issues du dossier qui leur avait été initialement soumis. 


Qu’est-ce qui t'étonne ?

Les pouces des hommes virils m’étonnent à chaque fois que j’en vois un.

Les gens qui arrivent à ne pas se lever pour faire pipi la nuit.

Les climatosceptiques.

La quantité d’hormones à base de poulet à ingérer pour se muscler.

Le jeu : c’est tellement bizarre d’avoir inventer ça - superflu, puissant, déroutant. Tous les jours, ça m’étonne.

La mode révolue des baskets montantes Isabelle Marant.

Que l’on puisse croire que c’est marrant de crier très fort dans les oreilles des autres.

Qu’on puisse ne pas avoir peur de la mort, qu’on ne veuille pas être immortel.

BFM TV


Sais-tu ce qui a déclenché ton envie de devenir comédien ?

Meredith Grey et tous les autres médecins de Grey’s Anatomy m’ont donné envie d’être médecin moi aussi. Raté.


Si tu fais du théâtre, c‘est pour t'adresser à qui ?

Pour m’adresser à toutes les personnes que je ne serai jamais dans ma vie. Pour leur dire que je les comprends et que je suis un peu comme eux. Paumé.

Aux orgueilleux et aux gens méchants pour leur rappeler la beauté de la vie et la richesse du monde.

À moi-même, pour me rappeler que la vie n’est rien d’autre qu’une absurdité théâtrale.


Raconte un moment de théâtre ou de danse marquant pour toi (ces 3 dernières années).

Nous sommes parties à travers le monde, chacune dans un pays différent pendant 3 mois.

Les 20 de la promo dansant au bord d’océans différents.

Quand je suis rentré du Brésil, Charlotte venait de rentrer d’Allemagne, de Wuppertal où elle avait travaillé avec la compagnie de Pina Bausch. On est entrés dans une salle lumineuse, toutes en robes et costumes, dansant la danse des saisons qu’elle nous a appris. Je retrouvais mes amies de classe sublimes qui avaient parcouru le monde et qui revenaient avec les saisons du monde entier.


© Lorriane Torlasco


Raconte-nous un souvenir d’enfance

Une journée chaude au Mexique.

J’ai 5 ans, je sais enfin lire et je porte une chemise blanche à manche courtes qui sent le chocolat.

La matinée calme à la messe : je vois une femme qui court comme un canard sans tête - habitée par le Saint-Esprit - tandis que je pète discrètement, la Bible dans les mains.

Je vomis le taco du déjeuner dans un vase qui borde la piscine.

Sous le cagnard, je désire apprendre le fonctionnement d’une boîte de vitesse, pendant que la voiture se remplit de valises. La voiture dévale la pente et manque de basculer des mètres plus bas dans une jungle exotique pleine d’oiseaux tropicaux : le Saint-Esprit l’a arrêté avec un mur pas plus grand que ma main. La claque de mon Papi était vive.

On marche devant un magasin de drag queen, mettant magnifiquement en lumière des bottes avec des talons qui me paraissent aussi grands que des échasses. Je m’exclame devant, annonçant que je porterai cela quand je serai plus grand.

Ce jour-là, j’ai accumulé les bêtises.


Quand et comment vas-tu mourir ?

Au lendemain de mes 120 ans, le 7 avril 2116, je prendrai une drogue qui allège le poids des viscères. Sautant d’un avion, un frigo accroché dans le dos, pour avoir une dernière découverte d’une sensation que je ne connus pas auparavant, celle de se ratatiner sur le sol après s’être senti libre comme l’air.

Un dernier geste artistique, extravagant et spectaculaire. Une mort dramatique.

PROMOTION 11

TRISTAN GLASEL

Publié le 10/30/2024