Avec sa dernière création en clair-obscur, Phia Ménard poursuit son travail sur le vent et nous mène dans un royaume des songes où d’étranges créatures dansent dans la nuit.
Nocturne (Parade) s’inscrit dans la série des Pièces du vent. Que représente celle-ci ?
Phia Ménard — C’est d’abord l’idée du souffle. Le vent est aussi celui qui "apporte" les mauvaises nouvelles, comme dans le poème de Verlaine. Enfin, c’est un élément impossible à stopper – sauf au théâtre, où on peut essayer de le contrôler. C’est justement cette question du contrôle qui me passionne. Le vent est une vraie valeur anarchique.
Avec cette pièce, vous entendez mener une traversée de l’ombre vers la lumière.
Il y a une dualité sur laquelle nous avons travaillé, entre l’espoir et la peur, en évitant le didactisme. Nocturne (Parade) évoque les guerres actuelles comme les montées identitaires. Mais la lumière est là, au bout de cette parade. À l’échelle de l’Histoire, on voit revenir cet aspect sombre des choses. Mais ne serait-ce pas un retour à la "normalité" ? Comme si nous avions vécu un moment lumineux en ignorant qu’il s’agissait d’une simple parenthèse.
Vous retrouvez au plateau l’art de la manipulation et de la marionnette…
Nous sommes bien dans le geste propre à la marionnette, une matière vivante, très fantasque, qui me surprend moi-même. Je me fais parfois avoir par le réalisme saisissant de l’objet. Pourtant, si l’on peut se dire qu’il ne s’agit que d’une enveloppe dans laquelle on s’engouffre en la manipulant, elle est souvent bien plus que cela.

Nocturne (Parade) © Sigrid Spinnox
Quelles sont les influences revendiquées, ou cachées, de cette création ?
Avec Jonathan Drillet, mon dramaturge, nous avons beaucoup regardé, écouté, lu. Le film Le Tambour (1979) de Volker Schlöndorff, d’après le roman de Günter Grass, est l’une de nos influences : Oscar, le héros, est un enfant qui ne veut pas grandir pour éviter de regarder le monde et ce que les hommes en font. Le poème de Goethe, Le Roi des Aulnes, est tout autant une inspiration : l’histoire d’un enfant, à nouveau, que le père ne parvient pas à protéger d’une créature maléfique.
La mise en espace joue, comme souvent dans votre approche, un rôle à part.
La notion d’espace est primordiale. Pour Nocturne (Parade), j’ai opté pour des gradins en cercle tels que je les avais mis en place dans L’après-midi d’un foehn. Comme si j’avais peur que les gens s’éloignent, comme s’il fallait les ramener à nous, mon compagnon de scène (et costumier) Fabrice-Ilia Leroy et moi-même. Enfin, j’ai voulu cette création tout public pour permettre la rencontre, la discussion avec différentes générations de spectateurs. Une parade partagée, en définitive.
– Propos recueillis par Philippe Noisette, Supplément Les Inrocks (octobre 2025)
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