Les 20 élèves sortants de la promotion 11 partagent leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité.
En 2021, 1 375 candidat·es remplissaient le dossier de création du premier tour du concours d’entrée à l’École du TNB. Parmi ces 1 375 candidat·es, les 20 futurs élèves de la promotion 11 ont partagé à travers ce dossier leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 3 ans plus tard, en juin 2024, nourris de leur expérience artistique intensive à l’École, les jeunes acteurs et actrices se prêtent au jeu de répondre à nouveau à quelques questions issues du dossier qui leur avait été initialement soumis.
Qu’est-ce qui t'étonne ?
J’ai beaucoup trop de blagues possibles pour répondre sérieusement, donc : les chèvres.
Sais-tu ce qui a déclenché votre envie de devenir comédienne ?
Peut-être pas exactement celle de devenir comédienne, mais celle de monter sur scène oui ; et bizarrement, je pense qu’elle vient de la musique, de voir des concerts, des musiciens engagés tout entier et surtout mes parents qui répétaient leurs concerts amateurs et montaient sur scène avec une excitation, une joie et un investissement immenses. Quelque part, je sens que mon désir est passé et passe encore par la musique, mais d'une manière secrète, qui m'est un peu mystérieuse ; comme quelque chose d'encore enfoui, qui pétille dans le ventre et qui ressurgit par instants.
Si tu fais du théâtre, c’est pour t'adresser à qui ?
Je m’adresse à la transcendance, à ce qui unit les êtres entre eux, les corps entre eux, l’ici et l’ailleurs, le présent et le mort, le vivant, l’absent. Je m’adresse aux liens.
Raconte un moment de théâtre ou de danse marquant pour toi.
Je crois en un esprit du moment, où l’espace et le temps se concentrent dans les mots et les gestes : j’ai eu la chance de pouvoir créer un spectacle au Rwanda et bien que le texte fût en français et que nous ne parlions pas tous la langue, il est né une communion intense autour de ces mots et de leur esprit, qui ont capturé nos gestes, capturé nos volontés et celles d’un public qui n’était lui-même pas totalement francophone. Je joue pour ces instants chamaniques.

© Lorriane Torlasco
Quelle actrice imagines-tu être dans l’avenir ?
Je m’imagine actrice qui défend l’absolu dans l’art et le jeu, qui défend des espaces habités par l’esprit plutôt que par l’objet, un mélange entre exigence maladive et bonne poilade. Je veux défendre – ou plutôt faire vivre la confrontation entre l’extrême tragique et l’extrême comique ; défendre la poésie dans le monde.
Raconte-nous un souvenir d’enfance
Quand j’étais petite, une amie à moi avait des moufles roses. Elle mangeait au goûter des tartines dans la cour de récré et se confisait les doigts dans un carnage de projections, de poisse et d’enduit à la fraise. J’étais et reste traumatisée par ces fibres imbibées. Comme dit celui qui s’adresse aux fantômes : « ça sent la confiture » (J. Genet, Les Paravents, L’Arbalète, 1961, p. 98).
Quel serait le projet personnel que tu aimerais réaliser au sortir de tes 3 années d’école ?
Créer, mettre en scène et jouer dans Roquille, pièce originale à la croisée du drame, du clown, de la chorégraphie et de la poésie ; pièce qui s’ancre dans une écriture actuelle et surtout ambitieuse sur le plan esthétique ; pièce de cœur, projet de plus de quatre ans, qui commence à se matérialiser peu à peu. C’est pour moi une étape d’un plan de vie bien plus grand, c’est une étincelle pour le basculement dans l’engagement total pour l’art, la poésie.
Quand et comment vas-tu mourir ?
Il y a 3 ans je répondais, avec un peu trop d’optimisme sur la longévité britannique :
« Le 18 février 2093, la reine d’Angleterre Elizabeth II, âgée de 167 ans, décide de se cryogéniser pour prolonger son règne de 3 siècles supplémentaires. Elton, le vendeur de glaces local en profite pour en faire une opération publicitaire appelée « God save the royal ice cube » : pour une glace achetée, un pack de glaçons offert. Jean-Eudes, le majordome français de l’hôtel dans lequel l’immense star Fanny Laborie séjourne pour un shooting de lingerie pour femmes mûres, exécute sa commande astronomique de glace au caramel. Pour cela, il obtient d’Elton 576 packs de glaçons, lesquels seront versés directement dans la chambre de sa seigneurie Laborie au moyen d’une grue de 103 mètres montée spécialement pour l’occasion. L’actrice légendaire sommeillant, elle mourut ensevelie sous 9 tonnes de glace cubique. – The New Yorker, février 2093 »
Ça m’fait encore rire.
PROMOTION 11
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Publié le 10/31/2024
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PASCAL RAMBERT / PROMOTION 11 DE L’ÉCOLE DU TNB
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13 NOV — 23 NOV 2024
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