Cette saison, Phia Ménard présente sa nouvelle création Nocturne (Parade)mais reprend également L'après-midi d'un foehn Version 1 (2008).

La performeuse et artiste associée au TNB Phia Ménard poursuit son cycle des Pièces du Vent, avec sa nouvelle création Nocturne (Parade). Ce cycle s’inscrit dans une recherche au long cours sur les transformations des éléments naturels et la façon dont elles affectent les comportements humains.



Quelle est la genèse de Nocturne (Parade) ?


Cela remonte à très longtemps, puisque j’emprunte aujourd’hui un chemin que j’avais considéré en 2011 quand je travaillais sur Vortex. Se dessinait un espace de la confrontation où les marionnettes, par leur taille et leur prise au vent, provoquent une relation d'imaginaire très forte, où on est subjugué par la beauté et l'incompréhension. Je reviens aujourd’hui à cette idée via un chemin qui est celui de la société actuelle : comme tout être humain, je me pose la question de cette « fascisation » dans laquelle nous sommes entraînés. Il y a toujours dans l'histoire – et on voit que cela recommence aujourd’hui – l'idée que jamais le fascisme ne gagne mais qu’il faut passer par cette étape. On va rentrer dans ce tunnel, dans le sombre de l'humanité, en sachant que la lumière est au bout mais qu’il faut trouver le moyen de se protéger. 


La genèse est là : il va falloir franchir cette étape nocturne, où on a l'impression d'être dépossédé des choses. Quant au mot « parade », il vient du constat que les fascistes ont cette incroyable nécessité de parader, d'afficher leur bonne tenue, leur ordre. L'écriture en elle-même traite de notre relation à ce moment-là.



Comment prennent forme au plateau ces personnages que vous décrivez comme des « monstres qui sont d'incroyables séducteurs » ?


C'est là tout l'enjeu : par l'expérience des Pièces du Vent, je travaille avec mon équipe sur des formes anthropomorphes mais aussi sur la symbolique. J’emprunte au conte, en m’appuyant à la fois sur le poème Le Roi des aulnes de Goethe et Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Ma réflexion porte sur l’idée que les figures que nous créons font un travail de connexion et donnent des indices. Je veux trouver la forme qui va suggérer, sans appuyer pour laisser la critique, le rapprochement et le jugement se faire. Je cherche sans arrêt cette place du juste mouvement. Pour cela, je suis partie de mon expérience de spectatrice pour revenir à l’art de la marionnette de Tadeusz Kantor, à une forme de marionnettique du corps.



Nocturne (Parade) et L'après-midi d'un foehn Version 1 font partie de votre cycle des Pièces du Vent. Quel dialogue s'instaure entre ces 2 créations ?


Je pense que s'instaure déjà l'idée de la racine, parce que L'après-midi d'un foehn Version 1 est pour moi un point de départ. Dans la simplicité de cette forme, il y a les fondements d'une recherche. C’est le moment où je débute ce cycle que je nomme Injonglabilité Complémentaire des Éléments (I.C.E.), qui va porter un regard sur la relation à la matière et questionner le dialogue que je vais avoir avec les spectateurs et spectatrices. Je pars de l'idée que chacun a son expérience du vent et qu’elle va faire dialogue. Je trouve assez beau que le TNB reprogramme L'après-midi d'un foehn Version 1 en même temps que Nocturne (Parade) parce que ce sont des étapes de vie fondatrices. La première relève maintenant du répertoire et d’une relation singulière avec différentes générations. 



Les 2 pièces ont pour point commun de ne pas placer les spectatrices et spectateurs dans un rapport frontal à la scène. Comment envisagez-vous ce rapport au public ?


Il y a quelque chose d'extraordinaire dans le cercle, dans le fait d’être autour du foyer. Vous agissez alors à 360 degrés : vous n’êtes pas en 2D mais dans le volume. Et déjouer la frontalité du regard oblige à individualiser le spectateur. C'est donc à cet endroit-là une façon très forte de dialoguer et je pense que c'est aussi ce qui touche dans ces pièces. On y est un individu concerné par son axe et c’est une vraie puissance.


– Propos recueillis par Vincent Théval

ENTRETIEN AVEC PHIA MÉNARD

QUI SÈME LE VENT...

Publié le 06/03/2025