Les 20 élèves sortants de la promotion 11 partagent leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 

En 2021, 1 375 candidat·es remplissaient le dossier de création du premier tour du concours d’entrée à l’École du TNB. Parmi ces 1 375 candidat·es, les 20 futurs élèves de la promotion 11 ont partagé à travers ce dossier leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 3 ans plus tard, en juin 2024, nourris de leur expérience artistique intensive à l’École, les jeunes acteurs et actrices se prêtent au jeu de répondre à nouveau à quelques questions issues du dossier qui leur avait été initialement soumis. 


Qu’est-ce qui t'étonne ? 
De savoir qu’un parti politique qui menace nos droits d’artistes peut éventuellement diriger ce pays, le pays qui a vu Hugo, Zola, Camus et tant d’autres… 

Sais-tu ce qui a déclenché ton envie de devenir comédien ? 
À18 ans sous les conseils d’une fille de ma classe je suis allé dans un atelier de théâtre qui se nommait « La Team Coloré ». C’était un lundi soir vers 18 heures. On devait improviser au plateau, il y avait 2 chaises et il fallait jouer les 2 personnages comme s’ils se rencontrent pour la première fois. J’étais très stressé à l’idée de passer devant des gens que je ne connaissais pas, mon cœur battait à 1000 à l’heure. Je suis allé au plateau et j’ai commencé, plus les secondes passaient, moins je faisais pas attention à ce que les autres pouvaient penser de moi ou si c’était bien de dire ça au lieu de ça.


Personne ne m’arrêtait et à la fin je me suis rendu compte que cela faisait 15 minutes que j’improvisais, j’étais très surpris quand on me l’a dit parce que pour moi c’est comme si ça faisait 5 minutes.
Après ce moment je n’ai jamais arrêté le théâtre, je voulais m’amuser encore et toujours, par la suite j’ai découvert aussi la puissance des mots qu’on peut avoir sur un plateau, les émotions qu’on peut ressentir et faire ressentir qu’on peut faire du théâtre un métier.
À partir de là j’ai décidé de devenir acteur et faire du théâtre. Je vais dire une phrase qui a été cité énormément de fois mais tant pis : je ne sais rien faire d’autre (c’est la vérité, ma vérité).
Quand je dois servir une table ou quand je bip un article j’ai toujours un texte dans la tête, même un simple mot me rappelle un texte et instinctivement je me mets à réciter le texte dans ma tête.
Parce que c’est quand je suis au plateau que je suis le plus heureux. 

Si tu fais du théâtre, c’est pour vous adresser à qui ? 
Je fais du théâtre pour m’adresser aux personnes dans la salle / à ceux qui ne sont pas là / à ceux qui sont morts / à mes morts / à mes camarades de scène / aux esprits / aux fantômes de théâtre / à mes amis / à ma famille / à mes ancêtres /à tous ceux qui peuvent m’entendre / à tous ceux qui peuvent me ressentir / à ceux qui peuvent me comprendre / à ceux qui peuvent découvrir / à ceux qui vont découvrir / à l’histoire / je m’adresse aux mers / aux montagnes / aux collines / à la terre / aux plantes / à l’univers / à la science / à Dieu.


Je m’adresse à ce qui est visible et invisible, je m’adresse à l’au-delà. Je parle avec ma mère. 


Raconte un moment de théâtre ou de danse marquante pour toi ?
C’était en 3e année, après nos voyages respectifs à l’étranger. 
Nous devions faire la restitution de nos voyages et ce fut un moment très mémorable avec beaucoup de larmes et de souvenirs. Un adieu entre nous autres camarades de la promotion 11 du TNB et ce lieu qui a été une maison durant ces 3 années. 

Quel acteur imagines-tu être dans l’avenir ? 
Un acteur qui dira : « j’ai tout raté dans ma vie même ma mort » et que cela résonne dans chaque cœur.

© Lorriane Torlasco


Raconte-nous un souvenir d’enfance ? 
Quand j’avais 13 ans avec ma classe au collège, nous avons visité le musée du Louvre.

J’étais très excité à l’idée de voir le Louvre, ces triangles en verre, tous ces tableaux et enfin voir La Joconde que j’appelais Mona Lisa.

Pendant la visite je ne pensais qu’à une seul chose voir La Joconde, je voulais voir tous les mystères autour de ce tableau, toutes ses légendes...

Enfin je tombe sur elle, sauf que ce jour-là, il y avait beaucoup de visiteurs, donc il fallait que je me faufile entre tout ce monde pour voir de plus près.

Je regardais tous les détails, la position de ses mains, ses yeux, je pensais que je pouvais découvrir les mystères autour de ce tableau.

Je changeais de place à chaque fois pour vérifier si la légende disait vrai « peu importe d’où vous regardez la Joconde elle vous regarde toujours dans les yeux » 

Je voulais absolument vérifier ça.

Après vérification, je voulais voir ma professeure sauf qu’ils était partis, j’étais seul, il n’y avait personne de ma classe ni les profs ni les élèves.

J’étais en panique, je me retrouvais seul, perdu dans le Louvre.

Je suis allé voir une personne de la sécurité pour lui dire (dans un français approximatif) que j’avais perdu ma classe.

Ils m’ont accompagné dans une cabine avec beaucoup d’écrans pour que je puisse identifier mon groupe, c’est comme ça que j’ai pu les retrouver.

Après cette histoire je me suis beaucoup intéressé à Leonardo de Vinci, je me suis beaucoup documenté, j’ai lu ... 

J’ai pu voir son côté d’artiste extraordinaire, un génie en avance sur son temps, et son côté plus sombre, fabrication d’armes puissantes, sa liaison ambiguë avec son disciple Salai, l’autopsie clandestinement... 

L’Homme dans toute sa splendeur capable du meilleur comme du pire. 


Quel serait le projet personnel (théâtre ou non) que tu aimerais réaliser au sorti de tes 3 ans d’école ? 
De jouer Dreamers #2, pièce écrit et mise en scène par Pascal Rambert, avec nous la promotion 11 dans tous les théâtres du monde.


Quand et comment vas-tu mourir ? 
On va tous mourir un jour donc il ne faut pas être pressé. J’espère mourir vers mes 66 ans ayant encore toute ma tête et ma conscience. Un après-midi de printemps où il ne fait pas très froid, le soleil brille. Je suis dans mon jardin sur mon Rocking-chair blanc, à la main droite une cigarette allumée, et à côté de moi sur la table basse un verre de vin rouge. Je contemple les cerisiers fleuris, cigarettes finis, une dernière gorgée et je dis : Merci, au revoir.


PROMOTION 11

RAMO JALILYAN

Publié le 10/30/2024