Les 20 élèves sortants de la promotion 11 partagent leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité.
En 2021, 1 375 candidat·es remplissaient le dossier de création du premier tour du concours d’entrée à l’École du TNB. Parmi ces 1 375 candidat·es, les 20 futurs élèves de la promotion 11 ont partagé à travers ce dossier leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 3 ans plus tard, en juin 2024, nourris de leur expérience artistique intensive à l’École, les jeunes acteurs et actrices se prêtent au jeu de répondre à nouveau à quelques questions issues du dossier qui leur avait été initialement soumis.
Qu’est-ce qui t'étonne ?
Il y a 3 ans, j’avais répondu :
les ornithorynques, Philippe Jaroussky, les courges spaghettis, naître et un jour mesurer 1m85, le chant des baleines, qu’il n’y a jamais eu de grille, de cadenas ou de plumes dans la cabane aux lapins, les compétitions internationales de coupe de bois sportive, Marie-Sophie Ferdane, les avions qui volent sans battre des ailes.
J’ajouterais simplement :
Esther Armengol, Bonnie Barbier, Julie Borgel, Alison Dechamps, Stéphane Delile, Oscar Camus, Félicien Fonsino, Hortense Girard, Tristan Glasel, Ramo Jalilyan, Fanny Laborie, Charlotte Leroy, Woodina Louisa, Paolo Malassis, Dylan Maréchal, Nathan Moreira, Eli Roy, Pierre Thionois et Zaïna Yalioua
Sais-tu ce qui a déclenché ton envie de devenir comédienne ?
Ce plaisir à être la reine des Olmèques, entourée de 4 serviteurs, au sommet de la colline, ou la petite factrice de la cabane aux lapins.
Je voulais être ouverte. Comme un livre. Et passionnément inutile.
Cette conviction que ça pourrait tout changer, que j’écrivais.
Si tu fais du théâtre, c‘est pour t'adresser à qui ?
À Paolo, Vony, Claudel, Sidonie, ma mère, Tanet, Chris, les sœurs d’Ampibanjinana, l’amour, Quiconque.
Raconte un moment de théâtre ou de danse marquant pour toi (ces 3 dernières années).
J’étais toute seule, et quel orage il a fait !
Et j’écoutais de l’autre côté de la porte
La mer laborieuse, effrénée, et tout le long de la côte, au loin,
Les vagues qui tonnent dans les fentes de la pierre ; et le triple éclair qui emplit la maison alors qu’on attend le coup ; et l’intarissable ruissellement de la pluie.
Et toujours la force du vent qui passe,
Aplatissant la forêt comme un champ de maïs.
On ne sait ce que c’est ; mais cela souffle, comme quand on souffle.

© Lorriane Torlasco
Quelle actrice imagines-tu être dans l’avenir?
Il y a 3 ans, je répondais quelques mois après le confinement : « je crois pas que ça redeviendra comme avant. C’est pour ça que je ne peux pas vous dire. Mes rêves, maintenant, il va falloir que je les invente. »
3 ans plus tard, j’écris au soir du premier tour des élections législatives de juin 2024, auxquelles le Rassemblement National a obtenu 33% des voix. Difficile d’imaginer. Il va falloir inventer.
Raconte nous un souvenir d’enfance
Un après-midi d’abbaye, mon grand-père en visite me chantait les gammes tandis que, peu enthousiaste, je frottais mollement l’archet sur les cordes. Régulièrement, il rouspétait, réajustant la hauteur de mon bras. De temps en temps, Claire passait une tête par la fenêtre, guettant le moment de ma libération. C’est au cours d’un sol peu vigoureux que l’une des cordes du violon céda, rupture qu’accompagna un « dzouing » des plus étonnants. Le temps d’une seconde, mon grand-père resta figé, sous le choc. Les yeux écarquillés, je louchai sur le manche de ce violon qui venait de sauver l’après-midi. Pour ma plus grande joie, je fus libérée avant l’heure, et courus retrouver Claire et Siméon.
Je fus initiée à la situation : nous serions 2 petites factrices qui viendraient apporter son courrier à un vieil homme. Siméon choisit pour maison la cabane aux lapins. À peine avions nous fait un pas dans la drôle de demeure que le rideau de fer se referma derrière nous dans un fracas épouvantable. L’homme eu un long ricanement qui me donna des frissons jusque dans les orteils. Le temps d’une seconde et nous voilà attachées au mur, deux gros cadenas fixés à nos poignets et nos chevilles. Il saisit une longue plume rose, et se mit à chatouiller nos corps suspendus au-dessus du sol, après quoi il ouvrit une par une les cages des lapins, qui sortirent en couinant rageusement. Ils coururent vers nous, s’agrippèrent à nos pieds, nous mordirent les jambes, commencèrent à grimper, quand tout à coup…
« Esther ! EEESTHEEER ! Reviens vite, grand-papa a réussi à réparer ton violon ! »
Quel serait le projet personnel (théâtral ou non) que tu aimerais réaliser au sortir de tes 3 années d’école ?
Être sacrément heureuse.
Quand et comment vas-tu mourir ?
Un soir, fuyant un pique-nique amoureux au sommet du Galibier, glissant du sentier. Une longue chute, après quoi on m‘accordera une dernière grosse pluie.
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Publié le 10/30/2024
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