Du lundi 17 au vendredi 21 mars 2025, Emmanuelle Hiron, Barbara Papamiltiadou et Myriam Coën se sont rendues au Centre Pénitentiaire pour Femmes (CPF) afin d’animer une semaine d’ateliers autour du spectacle Derby accueilli au TNB en mai 2025, dans le cadre du festival Transforme – Rennes.

En lien avec la pièce, les intervenantes ont réalisé 12 heures d’ateliers au CPF pour faire découvrir l’univers artistique du spectacle mais également véhiculer les valeurs de ce sport féminin aux détenues présentes.


Dans la discipline sportive du roller derby, il n’est pas question de ressembler à un modèle, un type ou une catégorie. Dans ce sport, la diversité corporelle est primordiale, l’apparence ne dicte pas une fonction, le physique ne présuppose pas les compétences. Ce qui compte, c’est de composer son propre style de jeu par sa propre expérience en co-construction avec le reste des joueuses de l’équipe. Le projet imaginé au CPF mêle des ateliers de pratique sportive, d’écriture et de création collective, afin d’aborder des thèmes liés au derby : l’émancipation, l’identité, le corps, l’entraide et le groupe. Il s’agit pour les participantes de découvrir le roller derby en tant que sport mais également comme vecteur d’émancipation.


Pour ce faire, Emmanuelle Hiron, co-metteuse en scène du spectacle et ancienne joueuse de derby, Barbara Papamiltiadou, comédienne - interprète et joueuse de roller derby à haut niveau, et Myriam Coën, joueuse de roller derby, régisseuse plateau et interprète sur le spectacle, ont organisé leurs interventions en proposant aux détenues de créer ensemble leur propre équipe de Derby.


Au total, 7 détenues ont participé à cette semaine d’ateliers. Une équipe de derby a émergé au fil des séances par le biais de moments de témoignages de chacune des participantes, de temps d’écoute et du développement de l’imaginaire. Et Les Queens Fight for Freedom sont nées.


© Élise Desmulie


Ce nom découle d’un temps de réflexion autour des images et valeurs que les participantes voulaient transmettre au sein de leur équipe. Après avoir choisi en groupe et unanimement ce nom d’équipe, il fallait qu’elles créent le logo qui allait l’accompagner. Sur le même principe que le choix du nom, elles ont décidé ensemble des symboles qu’elles trouvaient important de montrer et des couleurs qui allaient accompagner cette équipe. Le choix s’est porté sur un oiseau volant dans un sablier teinté de bleu, de rose et de violet.


En lien avec la création de leur équipe, elles ont appris à jouer au roller derby, un track (piste plate sur laquelle se pratique le roller derby) a été créé sur le plancher de la salle. Avant d’enfiler des rollers, elles ont appris les règles du jeu, la position que les joueuses doivent adopter pour être bien sur leurs appuis ainsi que les différentes manières de patiner. Pour cela, des exercices en « derby chaussettes » ont été imaginés, tantôt en pratique individuelle pour travailler les déplacements, tantôt en groupe et en condition de match avec une étoile et des bloqueuses pour travailler les différents rôles. Une des détenues s’est sentie plus à l’aise à la place de l’arbitre et s’est investie à cet endroit. Au fur et à mesure des ateliers, chacune a pu trouver à son rythme sa place au sein du groupe. La notion de place est importante au sein d’une équipe de roller derby. Chacune l’a et chacune la trouve en harmonie avec le reste de l’équipe. Des premiers ressentis se sont fait entendre tels que « ça m’a fait du bien », « ça défoule et décharge », nous sentons que les joueuses prennent beaucoup de plaisir dans cet atelier et qu’un vrai groupe est en train d’émerger.


Après la création de l’identité collective de l’équipe, il fallait qu’elles se créent également leur identité individuelle en imaginant leur « derby personnage ». Chacune a réfléchit à ce qui la caractérisait et ce qu’elle souhaitait mettre en avant par le biais de cette identité.

C’est comme ça que Queen mum est apparue, Harley la Quinn s’est imposée, Cheffe de moi-même s’est construite, Zo Blackpanther a rugi, Climbing to the son a souri, Dragonne Blood Z a rigolé et Evasionator a émergé. Tous ces « derby name » ont été créés, utilisés et saisis par ces femmes.


Atelier de pratique du Roller Derby, mai 2025


La semaine s’est construite autour de cette équipe sportive et des individualités qui ressortaient à chaque atelier. Après avoir appris les bases du derby, elles ont créé une chorégraphie d’ouverture pour un vrai match. Dans la pratique du roller derby, ces chorégraphies sont imaginées pour présenter chaque joueuse au public, elles ont un passage individuel ainsi qu’un temps en groupe. C’est souvent un moment de rire avant le début du match. Les Queens Fight For Freedom ont décidé d’ouvrir leur match fictif sur la musique de Gala, Freed From Desire en revisitant le refrain avec leur nom d’équipe.


À la fin de la semaine, chacune s’était imprégnée de son derby personnage, par le biais de coiffures, de maquillages et de tee-shirt créés à leur effigie pour l’occasion. En se découvrant en photo des rires et réactions positives ont émergés « c’est vraiment génial » et « excellent » peut-on entendre. Un goûter de fin d’atelier est organisé, ce moment de convivialité permet également de faire un bilan de la semaine entre les intervenantes et les détenues. Toutes les participantes sont ravies et ont beaucoup apprécié cette expérience autour du derby. Les intervenantes sont également très contentes de cette semaine. Emmanuelle Hiron profite de ce temps d’échange pour les remercier de leur investissement et de la confiance qui s’est instauré pendant la semaine. Elle rappelle également que le roller derby est un espace dans lequel il y a beaucoup de gaieté et de joie, mais que c’est aussi un endroit où chaque personne accepte d’être vulnérable au sein d’une équipe et tient à féliciter et remercier les détenues pour avoir joué le jeu et s’être autant investies dans cette équipe.


C’est sur ces mots que s’achève cette semaine très riche pour les participantes comme pour les intervenantes.

Emmanuelle Hiron est retournée au CPF le mois suivant pour projeter la captation du spectacle pour permettre aux détenues de découvrir sa création et de rediscuter une dernière fois de l’atelier.


– Marie Lou Guijarro, stagiaire au service des relations avec le public du TNB (juin 2025)


Ce projet a reçu le soutien du dispositif Culture Justice, de la DRAC, du ministère de la Justice, du Spip et du TNB.


PROJET CULTURE ET JUSTICE – CENTRE PÉNITENTIAIRE POUR FEMMES

QUAND LA DÉCOUVERTE DU ROLLER DERBY RASSEMBLE

Publié le 07/15/2025