CINÉMA
24 OCT — 05 NOV

SUD

Chantal Akerman

Dans le cadre d'une rétrospective Chantal Akerman

Voyage dans le sud des Etats-Unis hanté par le meurtre de James Byrd Jr., un musicien Noir lynché par trois jeunes Blancs. Partant de cet horrible fait divers, le film dépeint un Texas nostalgique de son passé esclavagiste.


Chantal Akerman a déclaré avoir entrepris ce film en réaction à Gummo d’Harmony Korine, pour elle une « vision trop désespérante et inhumaine de l’Amérique ». Elle décide alors de montrer le sud des Etats-Unis, celui de Faulkner et Baldwyn. Mais alors qu’elle tourne, advient le meurtre raciste de James Byrd, un jeune homme noir traîné par une voiture sur plusieurs kilomètres. La cinéaste réalise alors ce documentaire, véritable Blues, complainte languissante d’une communauté afro-américaine sacrifiée à l’autel de la bêtise humaine dans ce qu’elle a de plus abject. Ce Blues est fait de silence (celui d’un racisme omniprésent, mais tu, caché) et de bruit du vent. De paysages portant la marque des supplices passés (les arbres tordus sous le poids des pendus du KKK) et présents (ce travelling, long jusqu’à l’insoutenable, suivant la route au long de laquelle James Byrd fut assassiné). Le film est ponctué de témoignages racontant l’esclavage, la ségrégation, la haine, les meurtres. Mais au-delà des mots et des paysages, ce sont les visages, les silhouettes, qui nous plongent si profondément dans ce sud, convergence de beauté et d’abjection.