CINÉMA
27 OCT — 05 NOV

LA CAPTIVE

CHANTAL AKERMAN

Dans le cadre de la rétrospective Akerman 

Simon vit dans un appartement luxueux parisien avec sa grandmère, leur domestique et Ariane, qu’il aime éperdument. Celle-ci est sous la surveillance permanente de Simon, il veut tout savoir d’elle, la suit, la fait accompagner dans ses sorties et la soumet à un questionnement incessant. Connaissant le goût d’Ariane pour les femmes, il est persuadé qu’elle entretient une liaison avec la lumineuse Andrée. Ce doute sur cette double vie ne fait qu’exacerber sa douleur, son impuissance et sans doute son désir d’elle.


Simon a l’obsession de tout savoir de sa compagne Ariane. Il l’épie sans relâche, la suit dans ses déambulations. Il bâtit sa vie autour d’Ariane, ne veut pas en perdre le fil. La découverte de ses secrets (fantasmés ou réels) et de sa vérité étant sa seule raison d’être. À travers Ariane, Simon veut découvrir qui sont les femmes mais il poursuit ainsi une chimère : Ariane vit dans le hors champ, s’incarne dans la voix off, est vue le plus souvent de dos, disparaît dans des points de fuite au fond de l’écran. Et dans sa quête stérile (il n’apprend rien sur elle) Simon devient le véritable captif, aliéné par son assujettissement à son obsession, dépendant totalement d’elle et de ses secrets imaginaires. On peut rapprocher Simon de Chantal Akerman, lorsque dans Jeanne Dielman elle cherche à toucher le secret de l’âme de son héroïne par l’observation sans relâche de ses faits et gestes. L’interprétation désincarnée de Sylvie Testud et Stanislas Merhar (tous 2 prodigieux) et les décors théâtraux ressemblants à des à-plats, rendent le film irréel et fantasmatique. Akerman fait passer les sentiments par l’image (la silhouette de Simon enveloppée par celle d’Ariane dans un film de vacance projeté sur grand écran, ou encore leurs ombres se mêlant lors d’une promenade amoureuse) et nous invite à un voyage troublant et hypnotique dans la psyché humaine.