Du 27 au 31 janvier 2025, l’équipe des relations avec le public du TNB a accompagné le spectacle Béquille / comment j'ai taillé mon tronc pour en faire des copeaux de Laure Catherin, dans une tournée hors les murs à l’échelle du département. Ce fut l’occasion, avec ce spectacle, d’aller à la rencontre de lycéen·nes, de collégien·nes, ou encore de soignant·es et patient·es du Centre Hospitalier Guillaume Régnier (CHGR), en jouant dans les classes et espaces réservés de ses établissements.
Ainsi, Laure Catherin et son camarade de jeu Gaëtan Vettier ont parcouru 195 kilomètres en 4 jours et joué 6 fois dans 4 établissements devant 184 spectateur·ices.
Une performance qui s’est révélée aussi stimulante qu'enrichissante pour les comédiens, le public et l’équipe des relations avec le public.
Béquille, c’est l’histoire d’un gentleman qui cherche à régler l’offense à laquelle il a été confronté, c’est également celle de Chou-Fleur qui tente de grandir en contournant sa part de violence qui revient sans cesse, c’est enfin celle de la narratrice qui se questionne sur ce que ça veut dire « grandir ». Cette fable d’une heure mêle accent anglais, slam et humour, plongeant le public dans un univers riche et varié mobilisant notre imaginaire. Le spectacle s’appuie sur la métaphore de la « béquille », cet outil qui permet de nous soutenir, une manière de présenter toutes les techniques de défense que quiconque peut mettre en place pour se protéger de situations qu’il juge dangereuses ou inconfortables. À travers différents personnages, lieux et époques, Laure Catherin aborde la question du harcèlement moral : « que faire de la part violente en nous qui peut se révéler en réaction quand on ne sait pas comment faire ? ». La fable traite également la notion de répétition et de boucles de situations dans lesquelles on peut se retrouver pris au piège et impuissant. Le spectacle permet de prendre du recul sur de nombreuses situations désagréables que l’on peut ressentir, et d’aborder ces sujets sensibles parfois trop invisibilisés. Le spectateur suit le parcours de la narratrice qui se construit, taille et adapte sans cesse ses béquilles pour « rester digne ».
Cette tournée départementale s’est déroulée dans 4 établissements différents et a suscité de nombreux retours d’élèves et de professeur·es. Chaque représentation a été suivie d’un temps de discussion informel d’une vingtaine de minutes avec l’équipe artistique.
JOURNAL DE BORD
La semaine a commencé sur les chapeaux de roues avec 2 représentations au lycée Alphonse Pellé à Dol-de-Bretagne. La représentation du matin a réuni 36 spectatrices et spectateurs attentifs et curieux. Certains ont ri, d’autres ont été touchés, parfois même dépassés par les émotions suscitées : « J’ai été gêné, j’avais des frissons de gêne quand la comédienne criait ou quand vous étiez très proche de moi » ; « Je n’ai pas tout compris mais j’ai beaucoup ri », nous ont exprimé certains élèves. Ces retours témoignent de la diversité des ressentis, mais aussi de l’impact important qu’a pu avoir ce spectacle et du rôle que peut jouer le théâtre. L’un des élèves confie, « le théâtre c’est fait pour se poser des questions, pour réfléchir à la vie ». Pour d’autres, le théâtre, c’est avant tout le plaisir : « le théâtre c’est fait pour se divertir ». Les enseignantes soulignent la richesse de la pièce et l’impact que celle-ci a eu sur les classes « les élèves n'arrêtent pas de nous parler du Chou-Fleur ! Il faut croire qu'ils ont mis en place un mécanisme d'identification. » L’une des encadrantes relève également que le temps d’échange entre les comédiens et les élèves a été très apprécié par ces derniers.
Cette première journée s’est clôturée par de nombreux remerciements, l’histoire de Chou-Fleur a marqué autant les élèves que les professeur·es. Peut-être continue-t-il de vivre à travers leurs discussions.
Pour ce deuxième jour, c’est au Lycée Professionnel Jean Jaurès au nord de Rennes que se sont rendu Laure Catherin et Gaëtan Vettier. Ils ont fait face à des élèves de 2nde préparatoire à la voie professionnelle, des ambassadeurs de la lutte contre le harcèlement et des élèves de 3e année en CAP automobile, soit au total 40 élèves. Se sont également glissés parmi les spectateurs, 4 élèves de 3e en stage d’observation au TNB. C’est face à un public nombreux et varié que Chou-Fleur s’est présenté. On sent une écoute attentive durant toute la représentation. Le temps d’échange à la fin du spectacle permet aux élèves de demander des précisions sur certains passages : pourquoi Laure explose-t-elle le chou-fleur s’il s’agit d’elle-même ? Comment comprendre « tendre la joue gauche » ? Des questions auxquelles Laure et Gaëtan prennent le temps de répondre avec clarté face à leur curiosité.
À la fin, plusieurs élèves traînent des pieds avant de sortir de la salle et se décident à saluer les comédiens, pour les remercier d’être venus jusqu’à eux et pour la pièce qui les a touchés. Les élèves de CAP mécanique ont dû plus tard, raconter ce qu’ils ont vu et compris pour un professeur qui n’a pas pu assister au spectacle, « un petit moment formidable qui a permis de reconstruire l’histoire », nous explique la professeure. Malgré quelques retours mitigés, tous se sont accordés sur le fait que les comédiens étaient vraiment doués, notamment avec leurs mimiques et le passage slamé.
Les élèves de seconde préparatoire sont plus timides et réservés nous informe la professeure, ils ont surtout fait remonter que l’odeur du chou-fleur pouvait être un peu rude à sentir dès le matin. Une remarque amusante à entendre dans la première région productrice de ce légume.
Une tournée sans le moindre imprévu ? Ce serait trop beau... presque louche ! Ce mercredi, le rétroprojecteur utilisé dans le spectacle s’est cassé lors du déchargement. Il a fallu réagir vite et retourner au TNB pour en emprunter un. Un grand moment de stress, mais heureusement tout s’est bien passé par la suite.
C’était au Centre Hospitalier Guillaume Régnier – Unité Steredenn (unité psychiatrique, pour jeunes adultes) – que les comédiens ont donné une représentation ce matin-là. L’accueil réservé par les soignant·es fut très chaleureux, 17 personnes ont pu assister à la représentation, patients et soignants réunis. Les comédiens ont ressenti une écoute très intense de la part des spectateurs. On aurait presque dit qu’ils étaient en apnée. Le temps d’échange à l’issue de la représentation était également très enrichissant et touchant, une patiente s’est exprimée en disant que le spectacle l’avait bouleversée. La rencontre s’est clôturée autour d’un goûter chaleureux, préparé par les patient.es pour l’occasion. À notre départ, l’un des soignants nous a dit que le spectacle continuait de faire effet dans les murs du CHGR. Des patients commençaient à partager des émotions qu’ils n’avaient pas encore mises en mots.
Pour cette dernière journée de tournée, les artistes étaient attendus au lycée professionnel Bel-Air de Tinténiac, pour 2 représentations.
La première est prévue à 10h45, elle compte 45 élèves allant de la 3e préparatoire professionnelle aux Bacs professionnels, tous dans le milieu de la logistique et de la maintenance des véhicules. Les élèves sont accueillis dans cette salle de cours aménagée différemment de leur habitude, lorsque l’accent anglais est pris, des rires fusent accompagnés de questionnements à voix haute. La représentation se déroule bien malgré un problème de son qui renvoi la musique tantôt trop forte tantôt pas assez. À la fin du spectacle, des applaudissements timides arrivent, puis toute l’assistance suit. Pendant le temps d’échange, de nombreuses questions portent sur le métier de comédien, ainsi que sur la formation et le parcours professionnel de Laure et Gaëtan. La rencontre s’achève avec la sonnerie du lycée qui indique l’heure du repas.
La deuxième représentation a lieu après la pause déjeuner, face à une vingtaine de spectateurs. Ils sont un peu plus agités, la fin de semaine se fait ressentir. Le public est néanmoins attentif, très réactif et bavard face à ce qu’il voit. Malgré leurs réactions durant le spectacle, l’échange est timide et a du mal à voir le jour. À leur sortie, des mercis se font entendre puis le silence. La journée est finie. Il est temps de ranger la salle, de replier minutieusement le drapeau de l’Angleterre et le pyjama crocodile : la tournée de Béquille touche à sa fin.
Laure et Gaëtan ont exprimé la préciosité de cette tournée pour eux. Les mots qui ont été échangés pendant les bords plateaux, tout comme ceux des spectateurs et spectatrices qui ont eu le courage de se présenter à la fin des représentations pour partager leurs impressions, ont été des moments très touchants. La représentation au CHGR s'est teintée d'une couleur très particulière : celle du moment où ils ont senti, lorsqu’ils commencent à jouer, qu'ici les mots, ceux du texte de Laure Catherin, allaient résonner différemment, que leur écho allait avoir une réelle densité. C'était une représentation dense et émouvante, les retours qui ont suivi l'ont été tout autant.
Cette tournée à travers le Département a été marquée par de riches instants de partage et d’écoute lors de chaque représentation. Elle a offert une belle occasion de valoriser le théâtre et tout ce qu’il peut susciter en termes d’émotions, de réflexions et de messages, tant chez les adultes que chez les élèves.
– Marie Lou Guijarro, stagiaire au service des relations avec le public (juin 2025)
Avec le soutien du département d’Ille-et-Vilaine et de la DRAC Bretagne

« BÉQUILLE » DE LAURE CATHERIN
TOURNÉE DÉPARTEMENTALE (JAN 2025)
Publié le 07/15/2025
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