Lycéens citoyens, sur les chemins du théâtre est un programme d'inclusion par l'éducation artistique et culturelle (EAC) porté depuis plus de 10 ans par La Colline - théâtre national à Paris. Il a pour ambition de placer le théâtre au carrefour de la rencontre entre élèves de milieux scolaires et socioculturels différents. Ce programme d’égalité des chances par le théâtre est mu par la volonté de créer du lien entre des jeunes qui, du fait de leur orientation scolaire, n’auraient que peu de chances de se côtoyer.
Favorisant la mixité sociale, Lycéens citoyens permet ainsi à des jeunes lycéens et lycéennes de filière professionnelle et générale de découvrir et pratiquer ensemble le théâtre. Ce projet a un rayonnement national puisque 2 théâtres sont engagés aux côtés de La Colline : la Comédie - Centre dramatique national de Reims et le Théâtre National de Bretagne pour la première fois cette année.
Chaque théâtre propose à un lycée professionnel et un lycée général un parcours composé de venues au spectacle, de visite des coulisses du théâtre, d’une formation avec l’ANRAT (Association Nationale de Recherche et d'Action Théâtrale) à destination des enseignant·es, d’une représentation dans chaque établissement scolaire et enfin d’une semaine de résidence au théâtre avec 25 heures d’ateliers à destination des élèves. En Bretagne, 2 établissements ont été choisis : le lycée général de Combourg, au nord de Rennes et le Groupe Saint-Exupéry de Rennes. Les élèves de secondes et de secondes SAPAT (Services aux personnes et aux territoires) ont donc été amenés à se rencontrer et à vivre ensemble cette aventure théâtrale.
Pour la saison 2023/24, l’autrice Sophie Merceron a écrit le texte Mon corps vif, mis en scène par Pauline Haudepin avec les comédiennes Mathilde Viseux, Maud Pougeoise, et Aude Mondoloni. Ce texte aborde les questions de l’enfermement et de la santé mentale des jeunes à travers le dialogue de Yuni et de son amie imaginaire Ana.
Récit de ce projet, par Kaylen Blanchier, service civique au Théâtre National de Bretagne
Le projet a commencé en octobre et novembre 2023 par un parcours de spectateurs, spectatrices. Les élèves des 2 établissements ont pu découvrir au TNB les spectacles Radio Live, La Relève d’Aurélie Charon et Amélie Bonin et Daddy de Marion Siéfert. Le premier spectacle a été l’occasion de toutes et tous se rencontrer et se présenter. L’enjeu était de taille pour faire en sorte que les 2 groupes se mélangent et apprennent à se connaître. En décembre, une formation proposée par l’ANRAT à Paris au théâtre de la Colline, a permis aux enseignant·es de se former à l’analyse critique de spectacle, en vue de pouvoir ensuite transmettre à leurs élèves des outils pour analyser les spectacles en classe. Cette venue à Paris pour les enseignant·es et les équipes des relations avec les publics des 3 théâtres partenaires a été l’occasion également de découvrir le travail de Sophie Merceron, l’autrice de Mon corps vif, et de Pauline Haudepin, la metteuse en scène de la pièce.
EN JANVIER
Les élèves des 2 établissements ont pu découvrir la pièce Mon corps vif, mis en scène par Pauline Haudepin avec les comédiennes Mathilde Viseux, Maud Pougeoise et Aude Mondoloni.
De spectateurs, les élèves deviennent ensuite de pointus analystes. Mélangés, puis séparés en 2 groupes, les élèves se retrouvent en salle de classe. En cercle cette fois, la discussion s’ouvre et les commentaires sont timides. Les professeur·es proposent d’emmener les élèves étape par étape dans l’analyse de la pièce qu’ils viennent de voir. Ils veillent à esquiver les « j’aime, je n’aime pas » pour laisser place aux « j’ai remarqué que… », « cela m’évoque… ». Ainsi, les élèves se rappellent les personnages, le décor, les sons, les costumes qu’ils ont observés et révèlent une grande attention aux détails. Les classes de chaque établissement, bien que toujours timides l’une devant l’autre, se complémentent dans l’interprétation de la pièce. Les 2 groupes partagent des sentiments de surprise et des questionnements sur les choix créatifs. Des post-its sont à leur disposition afin de mettre ces questionnements à l’écrit dans la perspective de la rencontre à suivre avec les comédiennes et la metteuse en scène.
Là où se trouvait le décor quelques heures plus tôt, les élèves s’installent et rencontrent les artistes. Des mains se lèvent de toutes parts, une question en appelle une autre, les élèves les interrogent beaucoup sur le métier de comédien·ne, sont curieux de détails que les artistes laisseront pourtant volontiers à leur imaginaire. Quand la sonnerie retentit et marque la fin de la rencontre, un petit groupe d’élèves s’empresse autour de l’équipe artistique pour poursuivre l’échange.
Les comédiennes, ravies de la rencontre, du dynamisme des élèves et de l’intérêt qu’ils ont démontré pour leur métier et l’histoire qu’elles leur avaient livré au plateau, attendent la semaine de pratique théâtrale avec impatience.
EN MARS
Les élèves se retrouvent donc toutes et tous ensemble au TNB pour une semaine de stage avec les 3 comédiennes : Mathilde Viseux, Maud Pougeoise et Aude Mondoloni. partir de la pièce Mon corps vif et des propositions des élèves, les comédiennes ont composé 3 propositions de mise en scène différentes.
La première journée commence de manière sportive avec un « grand échauffement », à plus de 50 au plateau. Passages d’énergie, échauffements de voix et méditations sont de mise. Les élèves sont réparties en 3 groupes, chaque comédienne étant référente d’un groupe d’élèves toute la semaine. Chaque groupe part investir sa première salle de jeu au sein de l’École du TNB et naviguera les autres salles tout au long de la semaine.

© Lorriane Torlasco
AVEC AUDE
Les élèves du groupe d’Aude Mondoloni commencent la journée avec un passage d’énergie, main dans la main. Cela deviendra un rituel tout au long de la semaine.
Le premier exercice que leur propose Aude consiste à faire 2 entrées de scène, seul·es en scène. La première, elles et ils racontent l’histoire d’une cicatrice sur leur corps, la deuxième, ils et elles nous racontent une histoire inventée de cette même cicatrice. Déjà beaucoup de poésie émane de ces courts récits ; certain·es parlent de cicatrices au cœur, d’autres de cicatrices dont ils et elles ne préfèrent pas raconter l’histoire.
Elle leur demande ensuite de faire visualiser au public un paysage dans l’espace de jeu. Les élèves nous font passer d’un monde à l’autre, d’un garage à voiture à un paysage fantastique passant par une belle plage visible depuis la baie vitrée. Une donnée importante au théâtre est l’écoute. Ainsi, pendant toute la durée du stage, tous les groupes ont mis en pratique l’exercice du chœur coryphée pour apprendre à faire un, en groupe, un élève était désigné chef de chœur afin de guider les autres. Sur des temps plus « scolaires », munis de papier et de stylos, les élèves étaient également invités à réfléchir à leur définition de l’espoir, une chanson qu’ils aiment bien écouter seuls dans leur chambre ou encore la présentation d’un·e ami·e, réél·le ou imaginaire.
La représentation finale sera la synthèse parfaite de tous ces exercices travaillés tout au long de la semaine, elle-même tissée de petits « cadeaux » (représentations impromptues, chorégraphies, jeux de rôle, …) que la comédienne encourageait les élèves à se faire entre eux.

© Lorriane Torlasco
AVEC MAUD
Maud Pougeoise, quant à elle, s’est servie du texte comme base immédiate aux expérimentations. Les élèves ont sélectionné les passages qui étaient les plus significatifs pour elles et eux et plusieurs tableaux sont rapidement apparus. Ce travail a été rendu possible grâce à l’intérêt réel que les élèves avaient pour la pièce et le rapide apprentissage du texte que celui-ci a permis. Ils ont notamment ré-écrit le passage de la présentation de Yuni, un des 2 personnages principaux de la pièce, et la partie sur sa liste de phobies en se servant des leurs. Le résultat a permis de retrouver l’atmosphère de la pièce originale, la sensibilité décuplée ici par le nombre de « Yuni » au plateau.
Comme dans Mon corps vif, beaucoup d’attention était prêtée dans cette restitution à l’habillage sonore de la pièce. Arrêts musique, sons et ambiances rythmaient le jeu du groupe avec un travail du « chœur » maîtrisé.

© Lorriane Torlasco
AVEC MATHILDE
Chaque échauffement avec Mathilde Viseux commence par un temps de méditation, allongé au sol, visualisant une descente au centre de la terre, puis une remontée tout au-dessus de la terre, guidé par sa voix. L’axe de travail de Mathilde s’est rapidement tourné vers le jeu à l’oreillette, exercice qui peut s’avérer quelque peu fastidieux à maîtriser lorsque qu’on ne l’a jamais pratiqué mais qui a donné lieu à de beaux moments. Les élèves entendaient la voix de leur camarade qui avaient préalablement enregistré une note vocale dans l’oreillette, et restituaient le message tel qu’entendu, tout cela créant un décalage intéressant.
La restitution du groupe de Mathilde était des plus festives puisqu’elle a fini en « fête » générale, appelant tout le public à les rejoindre sur scène sur September d’Earth Wind and Fire.
À la fin des restitutions après des tonnerres d’applaudissements, des cercles de parole en guise de bilan ont eu lieu pour nommer les émotions vécues pendant les représentations et au cours de la semaine.
« Je repars avec davantage de confiance en moi » | « Je retiens la bonne humeur de tout le monde » | « Je retiens les fous rires » | « Je repars avec la complicité que l’on a créée ensemble » | « Je retiens la bienveillance et l’amour » | « Le théâtre, c’est être soi, être précis et ça peut aussi être dans les rires et dans l’intimité. » | « Je ne m’y attendais pas mais c’était vraiment bien. » | « J’aurais aimé que ce stage dure plus longtemps »

© Lorriane Torlasco
Être dans un théâtre, au TNB, accompagnés pendant 5 jours par des comédiennes, a permis à certains élèves de prendre une place différente au sein du groupe classe. Grace à ce projet, des élèves se sont dévoilés et révélés au cours de la semaine, ce qui a permis de renverser certaines dynamiques de groupe.
Le pari de Lycéens Citoyens était que des élèves de différents établissements créent des liens ensemble. Pari réussi : le dernier jour de stage, les élèves dansent ensemble et se félicitent, les au revoir sont longs et joyeux, les élèves se prennent dans les bras, s’embrassent et se font de belles accolades tout en s’échangeant leurs numéros et leurs comptes Instagram. La rencontre entre les élèves a fonctionné, des complicités et des amitiés sont nées grâce au théâtre.
Découvrez la création sonore de Sarah Munro autour de Mon corps vif, avec les voix et les enregistrements réalisés durant l’année par les élèves du projet Lycéens citoyens sur les 3 territoires :
Lycéens Citoyens est soutenu par Aline Foriel-Destezet, le fonds de dotation Chœur à l'ouvrage, la Fondation Rothschild, le fonds de dotation GMBA Mécénat.

SUR LES CHEMINS DU THÉÂTRE
LYCÉENS CITOYENS
Publié le 09/02/2024
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