En septembre 2025, Pascal Rambert présente en ouverture de saison sa nouvelle création, Les Conséquences. Un spectacle créé en résidence au TNB.

Pascal Rambert, auteur, metteur en scène, réalisateur et chorégraphe, explore les tensions intimes et collectives à travers des textes où le langage devient un champ de bataille capturant ces instants de bascule où tout se joue. Sa nouvelle création Les Conséquences, en résidence au TNB et présentée en ouverture de saison, scrute le temps à l’œuvre dans une famille. Entre héritage, fractures et métamorphoses. Premier volet d’une trilogie, ce spectacle interroge l’empreinte de nos actes et la façon dont le temps les transforme, les altère ou les dévoile.



De quoi parle précisément Les Conséquences ?


C’est l’histoire d’une famille qui traverse 10 ans d’une même pièce, en 4 séquences : 2 mariages, 2 enterrements. Mais on ne voit jamais ces cérémonies, on est toujours dans l’arrière-scène, là où les vérités surgissent quand tout le monde croit que le plus important est ailleurs. Les anciens, les héritiers, les enfants d’après : 3 générations s’y croisent, se parlent, s’évitent, se transmettent quelque chose – parfois volontairement, souvent malgré eux. On croit tourner la page, mais le passé a une mémoire plus tenace que nous. Toute la pièce repose sur cette question : peut-on un jour se libérer de ce que l’on nous a laissé ?



Vous évoquez souvent le langage comme un champ de bataille…


J’écris des duels verbaux. Chez moi, la parole n’est jamais pacifique, elle percute, elle cogne. Souvent, mes acteurs me disent qu’ils sortent des répétitions empoisonnés par le texte. C’est une écriture qui impose un rythme, une tension permanente. Je ne suis ni dans le naturalisme, ni dans le psychologique. Je veux capter l’émotion brute, l’instant où tout bascule. La parole est une arme, mais c’est aussi un aveu d’impuissance : mes personnages sont souvent des êtres armés intellectuellement, mais démunis face aux vraies douleurs de l’existence.



Dans Les Conséquences, la parole répare-t-elle ou détruit-elle ?


Elle fait les deux. On voudrait croire que les mots réparent, mais ce n’est pas si simple. Je mets en scène des personnages qui, face à l’épreuve, perdent leurs outils. Ils cherchent des explications, s’accrochent au langage, mais la vérité leur échappe. Les silences sont parfois plus éloquents que les discours. Ce que je montre, ce sont des gens qui parlent, mais qui n’arrivent pas à se comprendre.



Vous travaillez régulièrement avec les mêmes actrices et acteurs. Quelle place occupent-ils dans votre écriture ?


Je n’écris pas des textes abstraits. J’écris pour elles et eux, et avec eux. Jacques Weber, Audrey Bonnet, Anne Brochet, Stanislas Nordey, Arthur Nauzyciel, Laurent Sauvage, Jisca Kalvanda, Paul Fougère… Ils sont l’énergie, la matière de mon théâtre. Il y a une responsabilité énorme : je ne peux pas faire n’importe quoi avec eux. C’est une relation qui va au-delà du jeu, presque une procréation artistique. Je prends en charge leurs présences, leurs corps, leurs souffles. Le théâtre, c’est une question de chair.



Un dernier mot pour donner envie aux spectateurs de découvrir Les Conséquences ?


Venez voir des vies se croiser, s’affronter, se perdre et se retrouver. Venez voir des corps marqués par le temps, des mots qui coupent et qui résonnent. Et surtout, venez voir ce que le théâtre fait de mieux : capturer la vie en train de se jouer.


– Propos recueillis par Francis Cossu, avril 2025

ENTRETIEN AVEC PASCAL RAMBERT

UN THÉÂTRE DE LA MÉMOIRE ET DU VERTIGE

Publié le 06/03/2025