Patrick Boucheron, chercheur associé au TNB, professeur au Collège de France, a consacré pendant 2 ans (2020–2022) ses cours et ses séminaires à la peste noire.
En 1938, Antonin Artaud écrivait : « Il y a dans le théâtre comme dans la peste quelque chose à la fois de victorieux et de vengeur. Cet incendie spontané que la peste allume où elle passe, on sent très bien qu’il n’est pas autre chose qu’une immense liquidation ». C’est avec cette phrase comme viatique que Patrick Boucheron a lancé, en 2021, sa nouvelle saison du cycle « Rencontrer l’histoire », entièrement consacrée au théâtre de la peste, tandis que les hantises épidémiques ne cessent de relancer, de déplacer et d’inquiéter un travail historien sur la peste noire. Et puis, il y a le théâtre, toujours à l’affût, qu’il explore aujourd’hui lors de 2 rendez-vous dans le cadre du Festival TNB.
| En 2022, vous étiez résident à la Villa Albertine (New York) pour poursuivre votre travail de recherche sur la peste noire et plus largement sur la hantise épidémique comme outil de critique sociale. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?
Il se situe dans l’effet de souffle de cet événement épidémique que nous avons connu ensemble depuis 2020–ensemble, ou plus exactement séparément ensemble−et qui était, lui aussi, à la fois inévitable et imprévisible. Il est pour moi entré en effraction avec un objet du passé dont j’avais entrepris, mais bien avant le début de la COVID, de faire l’histoire : la peste noire, qui frappa l’Eurasie de 1347 à 1352. En 2023, j’ai entrepris d’écrire un livre sur ce sujet que j’avais enseigné 2 ans durant au Collège de France, mais j’avais envie de ne pas tout mettre dans ce livre. Or le théâtre n’est-il pas le lieu même du débord ? Je me suis donc lancé dans l’écriture d’un projet théâtral, appelé « Le Théâtre de la peste ». Il me fallait pour cela opérer un déplacement, et c’est la Villa Albertine, en association avec le TNB, qui m’a permis de le faire : je suis parti à New York, mais aussi à Boston, Chicago et Los Angeles pour essayer de comprendre ce que pourrait être, aujourd’hui, la peste aux États-Unis, ce qui, en effet, comporte un volet de critique sociale.
| Vous êtes intervenu régulièrement auprès de la promotion 12 de l’École du TNB. Quel regard portez-vous sur cette expérience ?
C’est en effet une nouvelle expérience, puisque j’ai eu la chance d’animer avec Arthur Nauzyciel 2 semaines de stage, en février et en avril 2025, autour du thème « Le Théâtre de la peste ». C’est pour moi davantage qu’un thème de travail, c’est comme une hantise dont je peine à me délivrer. Elle avait déjà inspiré une saison entière de « Rencontrer l’Histoire ». Cette fois-ci, il s’agissait de raconter tout cela aux élèves, de leur faire lire des textes, au large, décrivant la peste noire mais aussi ses débordements dans l’imaginaire épidémique contemporain, et de les laisser s’emparer de cette matière. Nous la travaillons actuellement, collectivement, et c’est pour moi une expérience à la fois enthousiasmante et déstabilisante d’écriture collective. Ce qui est une vraie situation d’enseignement. Au fond, ce que je retiens de tout cela, c’est l’expérience sensible et inquiète de la transmission, dans tous les sens du terme : comment une maladie, ou un savoir, ou une certaine idée de la beauté, passe-t-elle les générations ?
Photo © Louise Quignon
En partenariat avec Villa Albertine et Albertine Foundation

ENTRETIEN AVEC PATRICK BOUCHERON
AUTOUR DE LA PESTE
Publié le 10/09/2025
EN ÉCHO
21 — 22 nov 2025
PATRICK BOUCHERON / ARTHUR NAUZYCIEL
RENCONTRER L'HISTOIRE : LE THÉÂTRE DE LA PESTE
Jeu 20 nov — 19h00
PATRICK BOUCHERON / SYLVAINE GUYOT / MÉLANIE TRAVERSIER
RENCONTRER L'HISTOIRE : PESTE AUX USA
Chercheur et historien
PATRICK BOUCHERON
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