Les 20 élèves sortants de la promotion 11 partagent leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 

En 2021, 1 375 candidat·es remplissaient le dossier de création du premier tour du concours d’entrée à l’École du TNB. Parmi ces 1 375 candidat·es, les 20 futurs élèves de la promotion 11 ont partagé à travers ce dossier leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 3 ans plus tard, en juin 2024, nourris de leur expérience artistique intensive à l’École, les jeunes acteurs et actrices se prêtent au jeu de répondre à nouveau à quelques questions issues du dossier qui leur avait été initialement soumis. 


Qu’est-ce qui t'étonne ?

Pour ma part, je crois l’expérimenter à chaque instant. J’ai beau me représenter le détail de ce qui va m’arriver : combien ma représentation est pauvre, abstraite, schématique, en comparaison de l’événement qui se produit ! La réalisation apporte avec elle un imprévisible rien qui change tout. Je dois, par exemple, assister à une réunion ; je sais quelles personnes j’y trouverai, autour de quelle table, dans quel ordre, pour la discussion de quel problème. Mais qu’elles viennent, s’assoient et causent comme je m’y attendais, qu’elles disent ce que je pensais bien qu’elles diraient : l’ensemble me donne une impression unique et neuve, comme s’il était maintenant dessiné d’un seul trait original par une main d’artiste. Adieu l’image que je m’en étais faite, simple juxtaposition, figurable par avance, de choses déjà connues ! Je veux bien que le tableau n’ait pas la valeur artistique d’un Rembrandt ou d’un Velasquez : il est tout aussi inattendu et, en ce sens, aussi original. 


Sais-tu ce qui a déclenché ton envie de devenir comédienne ?

J'ai été triste d'avoir à m'asseoir dans le public.


Si tu fais  du théâtre, c‘est pour t'adresser à qui ?

« Ô grand astre ! Quel serait ton bonheur, si tu n’avais pas ceux que tu éclaires ?

Depuis dix ans que tu viens vers ma caverne : tu te serais lassé de ta lumière et de ce chemin, sans moi, mon aigle et mon serpent.

Mais nous t’attendions chaque matin, nous te prenions ton superflu et nous t’en bénissions.

Voici ! Je suis dégoûté de ma sagesse, comme l’abeille qui a amassé trop de miel. J’ai besoin de mains qui se tendent.

Je voudrais donner et distribuer, jusqu’à ce que les sages parmi les hommes soient redevenus joyeux de leur folie, et les pauvres, heureux de leur richesse.

Voilà pourquoi je dois descendre dans les profondeurs, comme tu fais le soir quand tu vas derrière les mers, apportant ta clarté au-dessous du monde, ô astre débordant de richesse ! »


© Lorriane Torlasco


Raconte un moment de théâtre ou de danse marquant pour toi (ces 3 dernières années).

Le Malade imaginaire mis en scène par Arthur Nauzyciel dans la salle des cents couverts du château de Pau.

Arthur Rémi lève les mains au ciel, elles sont tremblantes, dégagent de la chaleur et de l'énergie, l'air se transforme et autour la lumière faseille. La grâce !


Quel actrice imagines-tu être dans l’avenir?

« Et partout dans la rue

j'veux qu'on parle de moi

Que les filles soient nues
Qu'elles se jettent sur moi
Qu'elles m'admirent, qu'elles me tuent
Qu'elles s'arrachent ma vertu

Puis quand j'en aurai assez
De rester leur idole
Je remonterai sur scène
Comme dans les années folles
Je ferai pleurer mes yeux
Je ferai mes adieux »


Raconte nous un souvenir d’enfance ?

La première fois que je tombe amoureuse. J'ai, d'un coup d'un seul, une pointe au cœur puis je vomis.


Quel serait le projet personnel (théâtral ou non) que tu aimerais réaliser au sortir de tes 3 années d’école ?

Passer le permis moto et poids lourd, naviguer seule sur une longue traversée, découvrir les plateaux de cinéma et jouer, jouer sur les plateaux de théâtre, jouer, jouer, dormir un peu, danser, vivre, chanter dans le désert du Sinaï, faire une formation mécanique, puis être tranquille.


Quand et comment vas-tu mourir ? 

Je suis née depuis des siècles et je ne mourrai jamais.

PROMOTION 11

ALISON DECHAMPS

Publié le 10/30/2024