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ÉTUDIANT·ES NOMADES

LOUIS À SAINT-PÉTERSBOURG

Publié le 05/10/2021

 

En séjour d’étude ou en stage, la mobilité internationale des élèves fait pour la première fois partie intégrante de leur cursus de formation. Malgré le contexte sanitaire, 6 élèves ont finalement pu partir en immersion dans un autre pays de janvier à mars 2021, puis 4 autres entre juillet et octobre 2021.

Cette semaine, suivez Louis Atlan en stage au festival Totchka Dostoupa à Saint Pétersbourg (Russie)

 

Peux-tu nous présenter la structure dans laquelle tu es et ce que tu y fais ?

« Là voilà ta véritable expérience de théâtre russe ! »

Je suis à « Totchka Dostoupa », si on traduit ça donne le point d’accès. C’est un festival qui a lieu chaque été depuis 2015 à Saint Pétersbourg pendant les nuits blanches. Plus d’une trentaine de spectacles y sont donnés, avec des master-class, des workshops, des tables rondes, et une retransmission en live de beaucoup de spectacles sur le site officiel.

 

« Totchka Dostoupa » c’est aussi littéralement, la borne passante, l’endroit d’où l’on capte. Ce n’est pas un hasard si toute la programmation se veut basée sur les nouvelles technologies, de là même à son utilisation, et questionnement au sein de la plupart des spectacles. Le festival investit toutes sortes de lieux, des théâtres, des salles de classe, des anciens studios de la Lenfilm, ou les parcs de la ville, en passant par une ferme même à l’orée des sous-bois. Les spectacles ont lieu à des horaires multiples, parfois matin comme soir.

 

Par mon accréditation, j’ai eu accès à tous les spectacles dans la mesure des places disponibles, et pour des raisons logistiques, j’ai aidé aux tâches dites « physiques », à savoir monter des décors, les démonter ensuite, porter des sacs de bouteilles d’eau pour des acteur·rices, des fruits mais aussi des bancs et des chaises pour un spectacle qui se jouait en forêt. Les membres de l’équipe se privaient pas d’en rire : « Là voilà ta véritable expérience de théâtre russe ! »

 

Pourquoi avoir choisi de partir ?

« La question se pose-t-elle seulement ? »

Si on vous offre un séjour à Saint-Pétersbourg, à voir du théâtre, en russe, pendant les nuits blanches, à pouvoir errer dans la ville à la recherche des maisons d’écrivains et de poètes qu’on vous garde en l’état depuis leur mort comme des mausolées à pèlerinage, qu’on vous envoie à la découverte d’une ville pleine de perspectives, multiples, droites et flamboyantes d’Italie de la Renaissance avec autant d’histoires, autant de fantômes qu’à la fin vous finirez par y croire, et qu’on vous dit que c’est possible d’y aller, là, tout de suite, là maintenant, la question se pose-t-elle seulement ?

 

Quelles différences et points communs constates-tu entre le système français (création et/ou formation théâtrale) et le pays où tu es ?

 

Il n’y a pas de centre dramatique national (CDN) en Russie. Mais pour autant il y a des subventions. Chaque metteur en scène, qu’on qualifie souvent là-bas de « légende vivante », doit arriver à la force des ses bras et la sueur de ses jambes, en bon stakhanoviste, à mettre sur pied un théâtre au fil des ans, où il formera ses disciples, dans un rapport qui rappelle celui de maître à élève comme on l’avait autrefois au conservatoire national, ou toujours je crois dans la musique classique. Un théâtre à l’intérieur duquel il sera amené à jouer ses pièces et pour lequel il touchera des subventions et qu’il dirigera lui-même jusqu’à la fin de ses jours.

 

Mais si on n’a pas la structure c’est niet. Si on ne crée pas sa structure c’est niet. Il n’y a pas la possibilité de jouer d’un CDN à l’autre, avec un processus de tournées, d’invitations, de renvois d’ascenseurs, d’ailleurs il n’y a souvent pas d’ascenseurs du tout. Le festival « Totchka Dostoupa » se pose là justement pour essayer d’aider les compagnies émergentes, à parachever une création en donnant la dernière enveloppe, 50 000 roubles (l’équivalent de 600 euros mais si on le rapporte au coût de la vie là-bas, c’est beaucoup plus significatif) et d’héberger le spectacle dans son réseau de salles. Quand les subventions manquent alors ils font appel à du mécénat, mais là les sources se brouillent et je ne peux vous donner de noms ni de chiffres précis.

 

Une expérience marquante depuis ton arrivée ?

 

Oui, la vie dans une chambre d’un appartement communautaire, et les histoires de fantômes qui habitent tous les lieux. J’en parle un peu plus dans ma carte blanche.

 

En quoi la pandémie du Covid-19 impacte l’activité culturelle là où tu es ?

« Le pays est en zone rouge donc aucun touriste étranger à l’horizon. »

Il n’y avait quasiment aucun Européen alors que normalement le festival se veut tourné vers l’international. Seul un Norvégien a pu complètement faire son spectacle, car il s’agissait plutôt d’une installation. Une installation sur un concert qu’il a réussi à donner du groupe Laibach en Corée du Sud. 

 

Dans les rues je n’ai pas croisé un seul Français, si ce n’est dans une boutique de croissants, et encore je ne suis même pas sûr que c’était une Française, c’était peut-être surtout une fille qui essayait de parler français dans une boutique de croissants. Le pays est en zone rouge donc aucun touriste étranger à l’horizon.

 

Pour la vie du festival, je passerai sur les règles sanitaires, les mesures protocolaires, et les gestes barrières, ça tout le monde doit faire et vivre avec et ça va continuer pour longtemps, mais le plus embêtant de fait pour un festival, c’est qu’il n’y avait pas de soirées. Pas de rencontres après spectacle avec le public, pas de discussions au bar, si on veut parler aux équipes, les rencontrer, ça doit se faire en rush après le spectacle, si on veut avoir l’avis des autres membres du staff, leurs impressions ça se fait souvent quand l’occasion se présente, longtemps après souvent, et la mémoire des spectacles n’est plus aussi vive. Même si c’est bien parfois de laisser résonner, je pense que les spectacles perdent de leur essence quand dans les couloirs des bars ou des coulisses, on ne peut s’adresser le fameux « t’en as pensé quoi ? »

 

Découvrir la carte blanche de Louis

 

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En séjour d’étude ou en stage, la mobilité internationale des élèves fait pour la première fois partie intégrante de leur cursus de formation. Malgré le contexte sanitaire, 6 élèves ont finalement pu partir en immersion dans un autre pays de janvier à mars 2021, puis 4 autres entre juillet et octobre 2021.

ÉTUDIANT·ES NOMADES

LOUIS À SAINT-PÉTERSBOURG

Publié le 05/10/2021

 

En séjour d’étude ou en stage, la mobilité internationale des élèves fait pour la première fois partie intégrante de leur cursus de formation. Malgré le contexte sanitaire, 6 élèves ont finalement pu partir en immersion dans un autre pays de janvier à mars 2021, puis 4 autres entre juillet et octobre 2021.

Cette semaine, suivez Louis Atlan en stage au festival Totchka Dostoupa à Saint Pétersbourg (Russie)

 

Peux-tu nous présenter la structure dans laquelle tu es et ce que tu y fais ?

« Là voilà ta véritable expérience de théâtre russe ! »

Je suis à « Totchka Dostoupa », si on traduit ça donne le point d’accès. C’est un festival qui a lieu chaque été depuis 2015 à Saint Pétersbourg pendant les nuits blanches. Plus d’une trentaine de spectacles y sont donnés, avec des master-class, des workshops, des tables rondes, et une retransmission en live de beaucoup de spectacles sur le site officiel.

 

« Totchka Dostoupa » c’est aussi littéralement, la borne passante, l’endroit d’où l’on capte. Ce n’est pas un hasard si toute la programmation se veut basée sur les nouvelles technologies, de là même à son utilisation, et questionnement au sein de la plupart des spectacles. Le festival investit toutes sortes de lieux, des théâtres, des salles de classe, des anciens studios de la Lenfilm, ou les parcs de la ville, en passant par une ferme même à l’orée des sous-bois. Les spectacles ont lieu à des horaires multiples, parfois matin comme soir.

 

Par mon accréditation, j’ai eu accès à tous les spectacles dans la mesure des places disponibles, et pour des raisons logistiques, j’ai aidé aux tâches dites « physiques », à savoir monter des décors, les démonter ensuite, porter des sacs de bouteilles d’eau pour des acteur·rices, des fruits mais aussi des bancs et des chaises pour un spectacle qui se jouait en forêt. Les membres de l’équipe se privaient pas d’en rire : « Là voilà ta véritable expérience de théâtre russe ! »

 

Pourquoi avoir choisi de partir ?

« La question se pose-t-elle seulement ? »

Si on vous offre un séjour à Saint-Pétersbourg, à voir du théâtre, en russe, pendant les nuits blanches, à pouvoir errer dans la ville à la recherche des maisons d’écrivains et de poètes qu’on vous garde en l’état depuis leur mort comme des mausolées à pèlerinage, qu’on vous envoie à la découverte d’une ville pleine de perspectives, multiples, droites et flamboyantes d’Italie de la Renaissance avec autant d’histoires, autant de fantômes qu’à la fin vous finirez par y croire, et qu’on vous dit que c’est possible d’y aller, là, tout de suite, là maintenant, la question se pose-t-elle seulement ?

 

Quelles différences et points communs constates-tu entre le système français (création et/ou formation théâtrale) et le pays où tu es ?

 

Il n’y a pas de centre dramatique national (CDN) en Russie. Mais pour autant il y a des subventions. Chaque metteur en scène, qu’on qualifie souvent là-bas de « légende vivante », doit arriver à la force des ses bras et la sueur de ses jambes, en bon stakhanoviste, à mettre sur pied un théâtre au fil des ans, où il formera ses disciples, dans un rapport qui rappelle celui de maître à élève comme on l’avait autrefois au conservatoire national, ou toujours je crois dans la musique classique. Un théâtre à l’intérieur duquel il sera amené à jouer ses pièces et pour lequel il touchera des subventions et qu’il dirigera lui-même jusqu’à la fin de ses jours.

 

Mais si on n’a pas la structure c’est niet. Si on ne crée pas sa structure c’est niet. Il n’y a pas la possibilité de jouer d’un CDN à l’autre, avec un processus de tournées, d’invitations, de renvois d’ascenseurs, d’ailleurs il n’y a souvent pas d’ascenseurs du tout. Le festival « Totchka Dostoupa » se pose là justement pour essayer d’aider les compagnies émergentes, à parachever une création en donnant la dernière enveloppe, 50 000 roubles (l’équivalent de 600 euros mais si on le rapporte au coût de la vie là-bas, c’est beaucoup plus significatif) et d’héberger le spectacle dans son réseau de salles. Quand les subventions manquent alors ils font appel à du mécénat, mais là les sources se brouillent et je ne peux vous donner de noms ni de chiffres précis.

 

Une expérience marquante depuis ton arrivée ?

 

Oui, la vie dans une chambre d’un appartement communautaire, et les histoires de fantômes qui habitent tous les lieux. J’en parle un peu plus dans ma carte blanche.

 

En quoi la pandémie du Covid-19 impacte l’activité culturelle là où tu es ?

« Le pays est en zone rouge donc aucun touriste étranger à l’horizon. »

Il n’y avait quasiment aucun Européen alors que normalement le festival se veut tourné vers l’international. Seul un Norvégien a pu complètement faire son spectacle, car il s’agissait plutôt d’une installation. Une installation sur un concert qu’il a réussi à donner du groupe Laibach en Corée du Sud. 

 

Dans les rues je n’ai pas croisé un seul Français, si ce n’est dans une boutique de croissants, et encore je ne suis même pas sûr que c’était une Française, c’était peut-être surtout une fille qui essayait de parler français dans une boutique de croissants. Le pays est en zone rouge donc aucun touriste étranger à l’horizon.

 

Pour la vie du festival, je passerai sur les règles sanitaires, les mesures protocolaires, et les gestes barrières, ça tout le monde doit faire et vivre avec et ça va continuer pour longtemps, mais le plus embêtant de fait pour un festival, c’est qu’il n’y avait pas de soirées. Pas de rencontres après spectacle avec le public, pas de discussions au bar, si on veut parler aux équipes, les rencontrer, ça doit se faire en rush après le spectacle, si on veut avoir l’avis des autres membres du staff, leurs impressions ça se fait souvent quand l’occasion se présente, longtemps après souvent, et la mémoire des spectacles n’est plus aussi vive. Même si c’est bien parfois de laisser résonner, je pense que les spectacles perdent de leur essence quand dans les couloirs des bars ou des coulisses, on ne peut s’adresser le fameux « t’en as pensé quoi ? »

 

Découvrir la carte blanche de Louis

 

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