Les 20 élèves sortants de la promotion 11 partagent leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité.
En 2021, 1 375 candidat·es remplissaient le dossier de création du premier tour du concours d’entrée à l’École du TNB. Parmi ces 1 375 candidat·es, les 20 futurs élèves de la promotion 11 ont partagé à travers ce dossier leur vision du théâtre et des arts, leur sensibilité, leurs imaginaires, leurs espoirs, leur nécessité. 3 ans plus tard, en juin 2024, nourris de leur expérience artistique intensive à l’École, les jeunes acteurs et actrices se prêtent au jeu de répondre à nouveau à quelques questions issues du dossier qui leur avait été initialement soumis.
Qu’est-ce qui t'étonne ?
D’avoir réussi mes 2 plus grands rêves alors qu’ils me paraissaient impossible il y a 10 ans
D’être toujours en vie
D’avoir encore plus de rêves que j’aimerais réaliser maintenant
Patti Smith m’étonne, Bob Dylan aussi, Elton John et pleins d’autres
Le piano et son merveilleusement son qui roucoule
Un rayon de lumière sur un visage
L’art m’étonne
L’ignorance et l’absence de réflexion m’étonnent beaucoup
Greta Thunberg m’étonne
La vie qui continue malgré la crise climatique
Qu’on puisse à la fois naître et mourir
Qu’on puisse rire à un endroit et vivre en guerre à des milliers de kilomètres ou juste à côté
Les frontières m’étonnent
L’amour m’étonne
Les langues et le langage m’étonnent
La mort m’étonne
La vie m’étonne
Tout détonne."
Sais-tu ce qui a déclenché ton envie de devenir comédien ?
Ma première représentation et l’éveil de mes sens au plateau. J’avais 12 ans et je jouais Jack dans L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Je me souviens quand ma voix résonnait dans le silence absolu de la salle des fêtes devant une centaine de personnes. L’arrivée de ma mère en retard en plein milieu de mon monologue, son visage au milieu des inconnus et mon cœur qui bat, déçu. Cette possibilité d’avoir une écoute et de résonner dans les cœurs d’inconnus.
Cette complicité avec Jack, mon personnage que je m’imaginais déjà connaître. Un monde qui s’ouvrait devant moi pour rêver et vivre. La sensation de m’aligner avec ce que je n’osais pas encore être. Un avenir encore inconnu qui se déployait devant moi. Le scintillement des projecteurs dans les éclats d’applaudissements et les visages dans la pénombre à la fin. L’intuition que cette image des projecteurs allait se reproduire encore longtemps parce que je ne me suis jamais senti aussi vivant, aussi émerveillé et aussi écouté ailleurs que sur un plateau de théâtre.
Si tu fais du théâtre, c‘est pour t'adresser à qui ?
Du théâtre pour s’adresser à un tas de personnes. Au public qui n’a pas l’habitude d’être un public et qui ne vient pas souvent au théâtre pour lui montrer que le théâtre est fort, magique, et essentiel.
Le public qui a l’habitude d’être public, pour lui faire voir la vie qu’il ne connaît pas, la vie des invisibles, des pas encore vus, des pas encore nés ou des déjà morts, ou la vie d’un ailleurs
Du théâtre pour les jeunes pour leur donner envie de revenir, leur parler de leur réalité autrement et leur montrer que leur théâtre est le lieu de la modernité. Pour les enfants, pour les faire rêver d’abord, les éveiller au monde autrement, leur raconter des histoires, mais aussi pour aborder des sujets importants avec simplicité.
Mais aussi du théâtre pour les moins jeunes, pour leur transmettre ce qu’ils ne voient plus ou qu’ils ne veulent plus voir, ce qu’ils ont arrêté de dire ou de croire. Pour qu'ils continuent de croire et de s’émerveiller.
Pour les artistes, pour continuer de s’enrichir, de se partager, de se raconter, de s’imaginer. Pour ne pas oublier la vie qu’il y a dehors, et pour se rappeler pourquoi on a choisi la vie ici au plateau. Pour les désenchantés, et les enchanteurs. Pour les rieurs, les ingénieux, les trublions. Pour les fragiles, les sensibles, les hors du temps. Pour les oubliés, ceux qu’on ne raconte pas et qu’on oublie de regarder. Du théâtre pour tout le monde en somme : pour faire rêver tout le monde, pour parler à tout le monde ; pour que tout le monde puisse se reconnaître, et que par le cœur se transmettent ce qui est si difficile à communiquer dans la vie.
Raconte un moment de théâtre ou de danse marquant pour toi (ces 3 dernières années).
Il y a eu tellement d’épiphanies qu’il est difficile d’en choisir, je ne pourrais pas raconter quand la salle Gabily est devenue La Cerisaie de Tchekhov que les personnages quittaient valise en main, les au revoir dans un rayon clair obscure, c'était l’adieu du rêve des pièces de Tchekhov que nous avions construit ensemble avec Julie Duclos dans cette grande maison de Gabily pendant 3 semaines. Je ne pourrais pas raconter le voyage que nous a fait vivre Dominique Reymond avec Claudel et Tennessee William, nous avons traversé l’océan de L'Échange pour l'Amérique avec des vagues de vers et des chimères de la Ménagerie de verre. Sans parler des longues improvisations d’Alice Ripoll où nos sueurs se mélangeaient pendant presque 2 heures en continu, du câlin serré de nos 20 corps avec Qudus Onikeku, de nos performances magiques avec Steven Cohen où chacun a ouvert son cœur planté sur des chaussures plus improbables les unes que les autres. Je ne pourrais pas raconter le marathon Marivaudien que nous vivions chaque lundi tradi avec Laurent Poitrenaux dans les recoins et sous-sols du TNB. Ni le balancement de nos corps silencieux avec Stefany Ganachaud pendant notre premier voyage Rambertien avec Lac. Je ne saurais tout raconter.
Quel acteur imagines-tu être dans l’avenir ?
En recherche toujours en recherche. Créatif, et ingénieux mais jamais satisfait. Je serai danseur, acrobate, mime, performeur, poète, metteur en scène, photographe, réalisateur et acteur quand j’aurais le temps.
Pour mon acteur, je prendrai le génie impulsif de Louis de Funès, la sincère naïveté de Pierre Richard, la précision de Marcel Marceau, le rire de Laurent Poitrenaux, la puissance d’Adèle Haenel, la joie de Xavier Gallais, la magie de Steven Cohen et l’intensité de Phia Ménard, je mélangerai tout et je rêverai d'atteindre un jour ce résultat.
Raconte-nous un souvenir d’enfance
Les cassettes de Louis de Funès que je regardais sans cesse chez ma grand-mère sont restées imprimées dans ma tête. Je les ai peut-être trop regardées par les après-midis d’hiver ou d’été couché sur le tapis beige du salon de ma grand-mère avec mon frère et ma cousine. Je me rappelle du petit baigneur et son kayak renversé. De la fusée explosive du Gendarme en balade. De la chorégraphie des serveurs du Grand restaurant. De l’usine d’aliments dans L'Aile ou la cuisse. Des parties de pétanques sous les chants de cigales. De l’uniforme beige des gendarmes, dans le paquebot en direction de New-York, dans les 4L formule 1 des sœurs religieuses, dans les vieux bureaux de Saint Tropez. Je me rappelle de toutes les cassettes empilées des films enregistrés sur la télévision. C’était mon premier cinéma.
Quel serait le projet personnel (théâtral ou non) que tu aimerais réaliser au sortir de tes 3 années d’école ?
J'aimerai créer un festival de recherche artistique, avec des ateliers entre jeunes artistes pour expérimenter et créer ensemble en mélangeant les compétences de chacun (musique, chant, danse, théâtre, vidéo et autre). Cela donnerait lieu à des spectacles à la fin. J’aimerais en quelque sorte recréer le cadre d’expérimentations de l'école avec des jeunes artistes qui chercheraient ensemble et s’offriraient leurs imaginaires pour créer des spectacles pluridisciplinaires...
Quand et comment vas-tu mourir ?
En entrant dans un trou noir spatio-temporel en traversant un tunnel de montagne, et j’entrerai dans une autre dimension. Celle-ci serait peuplée d’êtres chimériques, qui voleraient dans les forêts une caméra à la main. Il y aurait aussi dans les arbres, des longs hamacs-roman dans lesquels on s’endormirait en entrant dans l’histoire d’un livre. Les rivières, elles chanteraient comme des morceaux de guitare ou de piano et l’on y boirait les notes de Barbara, Jacques Brel, ou Chopin. La pluie serait du jus du raisin transparent. Dans les arbres, pousseraient des poèmes que l’on pourrait lire lorsqu’ils tomberaient à nos pieds.
On pourrait s’endormir n’importe où puisque la terre se loverait délicatement pour nous protéger. Et dans le ciel, passeraient d’innombrables films, et nous aurions seulement besoin de changer de constellation pour changer de films. Ce serait comme appeler une étoile et elle nous ouvrirait son histoire. Mais surtout, on pourra siroter un thé à la menthe avec Arthur Rimbaud et Shakespeare devant un arbre sur lequel Koltès écrira la suite de La Solitude dans les champs de coton.
PROMOTION 11
ELI ROY
Publié le 10/30/2024
EN ÉCHO
Festival TNB
13 — 23 nov 2024
PASCAL RAMBERT / PROMOTION 11 DE L’ÉCOLE DU TNB
DREAMERS #2
02 — 17 juin 2023
BERNARD-MARIE KOLTÈS / LUDOVIC LAGARDE
SALLINGER
Artiste associée
25 avr — 16 juin 2023
PETER WEISS / MADELEINE LOUARN
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Artiste associée
24 — 25 sept 2024
FRÉDÉRIC VOSSIER / MADELEINE LOUARN / OLIVIER MELLANO
DAEDALUS, LA VIE DE QUELQU'UN
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