Les artistes créent des mondes et des perspectives qui nous grandissent. Ensemble, aiguisons notre esprit de curiosité et de découverte.
Voici maintenant 7 ans que nous soutenons et découvrons ensemble le meilleur de la création nationale et internationale. Malgré les difficultés du secteur culturel auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés, nous faisons, cette année encore, le pari d’une programmation résolument exigeante et généreuse, traversée par le monde et ses enjeux.
Depuis mon arrivée, j’ai eu à cœur de partager la vie et les moyens du TNB avec une association d’artistes associé·es complices. La fidélité à un parcours artistique est essentielle pour son déploiement. Pouvoir compter sur un lieu, une équipe, un public, un espace de travail et de création sur plusieurs mandats est quasiment inédit dans le paysage théâtral aujourd’hui. Et c’est justement cet espace de fidélité, de confiance et d’accompagnement au long cours que le TNB propose aux artistes qu’il associe à son projet, et au public.
Ainsi, nous accueillerons cette saison, les créations de 11 des artistes associé·es : Patricia Allio (Habiter), Bruno Geslin (Sur le chemin des glaces), Albin de la Simone (Solo), Guillaume Vincent (Paradoxe (2022) et La Tour de Constance), Damien Jalet (Planet [wanderer]), Madeleine Louarn (Daedalus, la vie de quelqu'un), Marie Darrieussecq (Fabriquer une femme), Mohamed El Khatib (La Vie secrète des vieux), Caroline Guiela Nguyen (Lacrima) et Valérie Mréjen (Comment se débarrasser de son crépi intérieur ?).
Julie Duclos ouvre la saison avec Grand-peur et misère du IIIe Reich de Bertolt Brecht. Depuis 2017, en tant qu’artiste associée, elle a bénéficié d'un soutien qui lui a permis d'affirmer et de développer un geste artistique puissant à travers plusieurs créations marquantes telles que Nos serments, Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck en 2019, et Kliniken de Lars Norén en 2021. Son parcours au sein du TNB a été marqué par une évolution significative : elle déploie aujourd’hui des mises en scène amples, réunissant des équipes nombreuses, construisant des images fortes au plateau. Elle a choisi pour cette nouvelle création une pièce de Bertolt Brecht, auteur rarement monté aujourd’hui, qui explore la réalité du nazisme dans les années 30. Cette pièce décrit la façon dont la pensée fasciste s'infiltre dans notre quotidien et notre intimité. Les parallèles avec notre époque sont évidents : non seulement en raison de la montée de l'extrême droite et du fascisme en Europe, notamment en France, mais aussi parce que Brecht dévoile les mécanismes d'une pensée totalitaire nourrie par la peur de l'autre, la méfiance, l’autocensure et la désinformation. Cette correspondance frappante avec les défis contemporains, révèle la pertinence et l'actualité de l'œuvre de Brecht pour penser notre société.
En écho, dans le prolongement de ces questionnements, je vous donne rendez-vous avec William Shakespeare et Julius Caesar, que j’ai créé en 2008 à Boston en pleine campagne présidentielle aux États-Unis. C’est la pièce qui a ouvert ma 1re saison au TNB, en 2017 et c’est une grande joie de retrouver cette exceptionnelle équipe d’acteurs américains. Le répertoire théâtral classique sera également à l’honneur avec Racine et 2 versions de Bérénice : l’une mise en scène par Jean-René Lemoine et l’autre par Romeo Castellucci que nous sommes heureux de retrouver au TNB. Un voyage aux confins de 2 univers pour raconter la solitude de Bérénice : une version au plus près du texte du dramaturge et une version centrée sur les variations possibles du rôle et de son actrice, en l’occurrence Isabelle Huppert, magnifiquement engagée dans la vision de Castellucci.
L’aura de Tchekhov planera salle Vilar avec Dolorosa (Trois anniversaires ratés), librement inspiré des Trois sœurs et mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo. Enfin, 2 grands classiques musicaux seront revisités : Carmen. de Georges Bizet par François Gremaud et Les Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi par Anne Teresa de Keersmaeker et Radouan Mriziga.
Cette saison marque le passage de relais entre la promotion 11 sortante et la nouvelle promotion 12 de l’École du TNB. Nous accompagnons leurs 1ers pas professionnels grâce à un dispositif inédit de soutien à l’insertion professionnelle. Vous assisterez à l’émouvante apparition d’une nouvelle génération d’acteurs et d’actrices qui se révélera dans Dreamers #2 de Pascal Rambert, Il ne faut jurer de rien d’Éric Vigner, La Tour de Constance de Guillaume Vincent et Daedalus, la vie de quelqu'un de Madeleine Louarn. Un répertoire de 4 créations qui témoigne de la richesse que représente une école dans un théâtre.
Nous n’oublions pas les plus jeunes. Convaincus que l’art se partage dès l'enfance, nous avons à cœur chaque saison d’accueillir des spectacles qui réunissent toutes les générations dans nos salles. Je vous invite à vivre des moments en famille avec Goupil et Kosmao d’Étienne Saglio, les ciné-concerts Nosferatu par l’ONB et Le Petit fugitif par la compagnie Iñigo Montoya, la performance circassienne des Filles du renard pâle dans Révolte ou tentatives de l'échec et _ p/\rc___ d’Éric Minh Cuong Castaing, qui transformera le plateau Vilar en une immense salle de jeu dans laquelle évolueront des danseurs et des enfants en situation de handicap.
J’ai le plaisir de vous dévoiler, en avant-première, le programme du Festival TNB qui aura lieu en novembre. Le Festival TNB permet de sortir du rythme de la saison pour créer un moment collectif autour du spectacle vivant. Pendant 2 semaines, je vous invite à découvrir des dramaturgies, des esthétiques et des courants de pensées singuliers, des projets « hors formats », des expériences artistiques inédites, provenant de différents territoires du monde. En ouverture du Festival, nous accueillerons pour la 1re fois le travail de Lorraine de Sagazan. De la même génération que Julie Duclos, elle s'affirme de plus en plus sur la scène théâtrale. Avec Léviathan, elle propose une expérience théâtrale captivante sur le thème de la justice dans une perspective intime et humaine.
Pour la 1re fois également, la jeune compagnie d’Alice Vannier nous plonge avec La Brande dans une institution avant-gardiste des années 50, la clinique de La Borde, et interroge notre relation à la folie. Nous poursuivons la découverte des esthétiques de la fragilité, initiée lors de l’édition précédente avec la troupe Teatro La Plaza qui nous livrera un (d)étonnant Hamlet et Louder Is Not Always Clearer, un seul en scène tout aussi décapant de l'Anglais Jonny Cotsen. Enfin, parce qu’un festival n’est pas uniquement un lieu où l’on vient voir des spectacles, nous vous révélerons à l’automne le programme complet des rencontres, visites, projections au cinéma, etc.
Après le succès de l'édition 2023, nous retrouverons le festival Transforme – Rennes en complicité avec la Fondation d’entreprise Hermès. Au cœur de cette programmation, nous accueillerons des artistes qui repoussent les cadres de l’espace de représentation et des disciplines artistiques. Découvrez les mondes méconnus du roller derby avec Valia Beauvieux et Emmanuelle Hiron (DERBY), celui encore plus souterrain des hackers avec le chorégraphe et musicien NSDOS (DDOS), des mystères de la lumière avec la chorégraphe Vania Vanneau (Heliosphera), de la comédie musicale déjantée Cats avec Marlène Saldana et Jonathan Drillet (Les chats (ou ceux qui frappent et ceux qui sont frappés)).
« Partager, transmettre, rencontrer » : ce triptyque anime mon projet pour le TNB depuis 2017, et je souhaite exprimer ma profonde gratitude à l'équipe qui l’incarne avec passion et au public fidèle qui donne sens à notre travail commun. Les artistes créent des mondes et des perspectives qui nous grandissent. Ensemble, aiguisons notre esprit de curiosité et de découverte.
Bienvenue.
– Arthur Nauzyciel
PAR ARTHUR NAUZYCIEL
ÉDITO 2024/2025
Publié le 09/21/2026
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