Une émission de radio culte et iconoclaste diffusée sur Fréquence Gaie renaît au plateau, dans un jeu subtil de résonances entre archives et textes fictionnels.
Formé à l’École du TNB (promotion 10), Julien Lewkowicz – comédien, auteur et metteur en scène – y a découvert la puissance dramaturgique des enregistrements et des archives sonores, en particulier via un atelier mené par Emmanuelle Lafon. Cette expérience fondatrice sous-tend à présent le travail de sa (jeune) compagnie, Tous les jours de la vie, dont les créations transposent sur scène des matériaux historiques et sociologiques sous des formes résolument contemporaines.
Leur nouvelle proposition, Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid, puise dans les archives de Lune de fiel, émission radio iconique de Fréquence Gaie, diffusée de juillet 1986 à septembre 1989. La pièce s’enclenche avec Yaya, sexagénaire qui retrouve un magnétophone et fait resurgir l’enregistrement de la toute dernière émission. S’y mêlent notamment confidences sexuelles, humour outrancier et discussions débridées. Sur scène, cinq interprètes réactivent la bande sonore qu’ils et elles jouent à l’oreillette. Choisies et mises en forme par Julien Lewkowicz, ces archives entrent en contact avec des monologues et dialogues fictionnels écrits par le metteur en scène. Celui-ci explique avoir imaginé « les mots qui, à la radio, étaient tus », convaincu qu’un autre point de vue pouvait éclairer l’histoire de l’émission et les liens entre ses protagonistes.
Si les enregistrements d’époque sont « légers, grivois et parfois chaotiques », son écriture s’attache à porter « une pensée plus grave, plus claire et plus profonde ». Le personnage de Dani – inspiré de David Girard, animateur phare de Lune de fiel, mort du sida à 31 ans, peu après la fin de l’émission – apparaît comme l’élément central du récit. « La mort imminente de Dani est un sujet tabou que chaque monologue vient dénouer », précise Julien Lewkowicz.
Sur le plateau, le dispositif mêle réalisme et décalage : table de radio, régie, espaces d’appels, zones d’échappées. Le jeu à l’oreillette, fidèle aux archives, contraste avec l’interprétation libre des textes fictionnels, plus ample et théâtrale. Tout en nuances, le travail du son et de la lumière accompagne les glissements d’une temporalité à l’autre. Tantôt (très) drôle, tantôt mélancolique, toujours vivante, la pièce répercute d’intrépides voix d’hier au cœur d’aujourd’hui et les met en perspective. Par extension, elle invite sans militantisme à mesurer l’évolution de la communauté LGBTQI+ dans notre société, des luttes déjà gagnées aux combats encore à mener.
– Jérôme Provençal pour le supplément des Inrocks (novembre 2026)
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Publié le 10/23/2026
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