Au moment où j’écris ces lignes, le secteur culturel traverse l’une des crises les plus profondes de ces dernières décennies. Les décisions politiques qui l’impactent résonnent pour nous tous, artistes, publics, professionnels du secteur. 

Il est essentiel de défendre nos droits et nos valeurs : la liberté de création, l’accès à la culture pour toutes et tous, la pérennité des emplois artistiques, la solidarité avec la santé et l'éducation, l'inclusion et l'altérité. Ces principes sont au cœur de notre mission, c’est dans cet esprit que nous avons conçu cette neuvième saison pour le TNB et malgré les contraintes budgétaires, nous avons fait le choix de rester fidèles à notre projet initial : être une maison de création.


C’est dans l'élan des Conséquences, la nouvelle création de Pascal Rambert, que s'ouvre la saison. Une grande fresque familiale qui s'étend sur une décennie. C’est avec plaisir que je retrouverai sur scène Jacques Weber, Audrey Bonnet, Stanislas Nordey ou encore Marilú Marini. La famille, inépuisable source d'inspiration artistique, sera justement une constante de la saison. D’autres relations intimes viendront enrichir cette exploration, celles filiales comme dans De Françoise à Alice qui révèle toute sa profondeur dans la pièce chorégraphique de Mickaël Phelippeau, ou encore au travers du portrait d'une mère toxique dans Le Cœur du mal par Marilú Marini, une figure maternelle, mi-réelle, mi-fantasmée, qui s’incarne sous la plume de María Negroni.


Les Conséquences © Pauline Roussille


Les relations pères et fils sont l'enjeu de plusieurs œuvres marquantes, comme dans Ivanov, mis en scène par Myriam Muller, ou Marius, mis en scène par Joël Pommerat, où un fils lutte pour s’émanciper du destin tracé par son père, ou encore Israel & Mohamed, de et avec Israel Galván et Mohamed El Khatib, qui mêlent parcours artistiques et archives personnelles pour parler de l’appréhension de décevoir leur père.


2 frères, Jules et Luis, célèbrent leur lien pour redéfinir ce qu’est la fraternité, alors que 2 cousines, ennemies historiques, Marie Stuart et Élisabeth Ire, sont au cœur d’une lutte sanglante pour le trône d’Angleterre. Nous découvrirons également les mémoires plus silencieuses de 2 familles, l’une française, l’autre vietnamienne, réunies dans un salon en 1979. Marine Bachelot Nguyen interroge dans Boat People ce que signifie, au fond, la fraternité.


À travers le prisme de leurs assignations sociales, nous explorerons les destins de plusieurs femmes : Emma Bovary, héroïne malmenée, enfermée dans son époque, incarnée par Ludivine Sagnier. Carol, Anna et Bonnie, brisent les chaînes d’un héritage familial pesant dans Anatomie d’un suicide, mis en scène par Christophe Rauck. Astrid, Sara et Eva, 3 amies qui, sous la plume d’Arne Lygre et la mise en scène de Stéphane Braunschweig, cherchent un équilibre fragile entre leurs désirs et leurs devoirs. De dignité, il sera question avec Tania de Montaigne, artiste associée, qui présentera Noire, en réalité augmentée, pour nous raconter l’histoire de Claudette Colvin, une héroïne oubliée qui, avant Rosa Parks, avait refusé de se soumettre. Nous aurons également le plaisir d’accueillir la lecture de son dernier roman Sensibilités. De son côté, Sara Selma Dolorès nous invitera à Rire (pour en finir avec soi-même) dans son cabaret irrévérencieux et joyeux. Avec sa nouvelle création, Nocturne (Parade), Phia Ménard reprend sa recherche initiée avec les Pièces du Vent en faisant jaillir la lumière de l'obscurité de l'histoire. Nous rencontrerons aussi Coraline de Blanche Ripoche, une figure étrange qui, en quête de normalité, tente de se faire une place dans un monde qui lui échappe.


Anatomie d'un suicide © Géraldine Aresteanu


La création pour la jeunesse occupe, comme toujours, une place importante. Nous retrouverons Valérie Mréjen, artiste associée, avec sa dernière création Pomme-frite, une pièce poétique et drôle à hauteur d’enfant. Phia Ménard présentera également le magnifique L’après-midi d’un foehn Version 1, un émerveillement qui fait naître des danseurs et danseuses de plastique au gré du vent. Enfin, Gaëlle Bourges proposera une relecture disco et féministe de L’Histoire du Soldat de Ramuz.


La danse traverse toute la saison avec des gestes artistiques forts qui mettent le corps à l'épreuve du monde. Nous retrouverons Christian Rizzo avec à l'ombre d'un vaste détail, hors tempête. Linda Hayford, codirectrice du collectif FAIR-E, qui avec Abîmes déploiera son art du « shifting pop ». Robyn Orlin poursuivra son travail de mémoire sur l’Afrique du Sud avec ...How in salts desert is it possible to blossom... D’héritage, il sera aussi question avec Mackenzy Bergile, dans son solo Autothérapie, et Tatiana Julien avec En fanfaaare ! 2 artistes associé·es ont fait du corps le lieu de leur création : Steven Cohen, avec People Will People You, engagera un dialogue inédit avec vous, et Latifa Laâbissi rendra hommage à la plasticienne espagnole Esther Ferrer dans Le Même corps jamais pareil. D’après Esther Ferrer.


Dans Starting with the Limbs, la chorégraphe Annie Hanauer prendra pour point de départ l’expérience du membre prothétique. L’accueil de cette création s’inscrit dans notre engagement en faveur de la création adaptée. Depuis 2017, le TNB se mobilise activement pour garantir l’accès aux plateaux aux artistes en situation de handicap. En 2024, nous avons lancé (avec la complicité du CNCA à Morlaix) le projet EXTRA-ORDINAIRE. Cette nouvelle création est le deuxième projet lauréat.


Startng with the Limbs © Pierre Gondard


Le cirque contemporain est également à l’honneur. Nous sommes heureux de vous faire découvrir Qui som? de Baro d’evel, Honda Romance, nouvelle création de Vimala Pons en complicité avec l'Opéra de Rennes, véritable invitation à repenser notre rapport au temps et aux émotions à l’ère des réseaux sociaux. Enfin, Inbal Ben Haim nous conviera à la rejoindre pour tricoter, ou détricoter avec elle les fils d’une possible réconciliation collective.


Nous fêterons la troisième édition du Festival Transforme, fruit de notre partenariat avec la Fondation d'entreprise Hermès, avec 6 spectacles, dont la mystérieuse enquête de Marc Lainé Entre vos mains, l’expérience immersive Je suis une montagne d’Éric Arnal-Burtschy, et les voix essentielles de Radio Live d’Aurélie Charon. L’occasion de retrouver les protagonistes de ce projet, et de découvrir de nouveaux récits qui racontent les blessures mais aussi les espoirs de notre monde.


Enfin, ne manquez pas 2 rendez-vous avec les artistes associé·es Catastrophe et Keren Ann pour la sortie de leurs nouveaux albums et 2 soirées exceptionnelles avec l’Orchestre National de Bretagne, sous la direction de Nicolas Ellis, pour une version oratorio du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn que je mettrai en scène.


Avec les équipes et les artistes, nous espérons faire du TNB un lieu ouvert aux nouvelles formes, à la beauté et à la complexité du monde. Votre curiosité et votre fidélité nous confortent dans ce désir. Merci d’être là et ensemble continuons à « Partager, transmettre, rencontrer ».

Bienvenue.


– Arthur Nauzyciel

PAR ARTHUR NAUZYCIEL

ÉDITO 2025/2026

Publié le 06/03/2025