ZOOM SUR JEAN GENET

ZOOM SUR JEAN GENET

CRITIQUE DE "SPLENDID'S"

Critique réalisée dans le cadre du supplément des Inrocks consacré au Festival TNB et imprimé avant son annulation

Remise sur le métier de Splendid’s via Internet, une performance en live réunit une équipe artistique dispersée entre la France et les États-Unis.

 

Rappel des faits : répété à New York avec une troupe de comédiens américains et le Français Xavier Gallais avant d’être créé à Orléans en 2015, Splendid’s s’ouvrait dans la mise en scène d’Arthur Nauzyciel sur la projection d’Un chant d’amour (1950), l’unique court métrage réalisé par Jean Genet. Les images que l’auteur consacrait à l’érotisme d’un monde carcéral sublimé devenaient le formidable prologue d’une pièce où Jean Genet réalise son rêve américain d’écrire le huis clos d’un polar digne du cinéma noir hollywoodien. Jeanne Moreau s’était piquée d’interpréter la voix de la speakerine de la radio, le seul lien avec l’extérieur dont dispose cette bande de truands retranchés dans un hôtel cerné par la police.

 

Quand on est un metteur en scène qui a construit une partie de sa carrière en créant des spectacles aux États-Unis, le temps du confinement, celui des  frontières fermées et des avions cloués au sol, ne pouvait qu’inciter Arthur Nauzyciel à prendre des nouvelles des comédiens, devenus des amis, avec lesquels il avait mené cette aventure hors norme. Elles étaient mauvaises. Dans une Amérique qui ignore les mesures d’accompagnement social, même en temps de pandémie, l’arrêt des activités artistiques avait pour conséquence de plonger ces acteurs dans un désespoir sans fond. Leurs échanges amènent l’un d’eux à confier à Arthur Nauzyciel que leur situation d’enfermement lui rappelait celle des gangsters de Jean Genet transformés en reclus par une menace venue de l’extérieur. Cherchant comment apprivoiser l’idée qu’il se passerait de longs mois avant qu’ils ne puissent se retrouver, le projet de se livrer tous ensemble à une lecture de la pièce par le biais de conférences numériques s’est imposé.

 

Prenant l’habitude de ces rendez-vous autour du texte de Genet, cette expérience, qui avait pour but de remonter le moral de chacun, pouvait devenir une occasion de prolonger le travail accompli sur la pièce. Tout en étant la métaphore de leur propre réclusion, ce fond d’écran qui les réunissait dans de petites cases devenait l’opportunité de renouer avec le plaisir de jouer. “C’était vertigineux de voir le spectacle se reconstruire sous mes yeux en temps réel depuis Rennes alors qu’il réunissait des participants se trouvant à New York, Boston ou Paris”, raconte Arthur Nauzyciel. D’où la création de cette performance en live qui respecte à la lettre les principes du spectacle initial en renouant avec la projection du film et la voix inoubliable de Jeanne Moreau. Splendid’s 2.0 pourra
se découvrir sur grand écran au TNB ou de chez soi en activant un lien.

— Patrick Sourd