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FESTIVAL TNB X LES INROCKS

SUR LA VOIE ROYALE : TRUMP LE MONDE

Publié le 13/10/2022

 

Critique réalisée pour le supplément des Inrocks consacré au Festival TNB 2022, à propos de Sur la voie royale de Ludovic Lagarde et Elfriede Jelinek, du 16 au 19 novembre.

 

Sous la direction de Ludovic Lagarde, Christèle Tual incarne en solo Sur la voie royale, de l’autrice autrichienne Elfriede Jelinek. Un réquisitoire contre l’ex-président américain d’une intensité rare.
 

Le dialogue entre Elfriede Jelinek et le metteur en scène Ludovic Lagarde se poursuit. Après Les Suppliants, l’artiste français s’attaque à Sur la voie royale, un brûlot anti-Trump d’une étonnante âpreté formelle, écrit dans la foulée de l’élection du 45e président des États-Unis (le soir même, paraît-il). Dans ce texte, le flux de conscience se mêle à la bile d’un grand désespoir philosophique, la figure de l’homme politique américain se télescope avec celle d’Œdipe, de Heidegger, de Freud, du propre père de la lauréate du prix Nobel de littérature, d’une bête à la tête de porc. Brutalement, Jelinek y prophétise le trumpisme dans ses grandes largeurs, symptôme d’une civilisation à l’agonie (“Que sommes-nous devenus pour placer volontairement – démocratiquement ! – un clown pareil à la tête des États-Unis”), qui mettra au monde ses ignobles rejetons (Bolsonaro, Orbán…) avant, peut-être, le grand retour de leur fécond concepteur (créé en 2020, la veille de la dernière campagne présidentielle américaine, le spectacle reste d’une parfaite actualité).
Au front, sur les planches, Christèle Tual réalise une performance remarquable. Quasiment seule en scène, elle est le réceptacle d’une pensée en lutte contre sa propre décomposition, subissant les atroces transfigurations opérées par une costumière, imaginées par son metteur en scène qui conçoit le plateau comme un autel de sacrifice. Il faut saluer, évidemment, la prouesse mémorielle de Christèle Tual (la langue accidentée d’Elfriede Jelinek répond à sa propre logique). Il faut surtout reconnaître à cette grande comédienne la capacité de mettre à distance la monstruosité la plus crasse avec une élégance naturelle déconcertante. Sur la voie royale est de ces spectacles qui laissent un souvenir impérissable, ses images effroyables continuent de ressurgir longtemps. D’une radicalité rare, et donc précieuse.
 

— Critique de Igor Hansen-Løve, septembre 2022
 

© Gwendal LeFlem

Le Magazine du TNB

 

Critique réalisée pour le supplément des Inrocks consacré au Festival TNB 2022, à propos de Sur la voie royale de Ludovic Lagarde et Elfriede Jelinek, du 16 au 19 novembre.

FESTIVAL TNB X LES INROCKS

SUR LA VOIE ROYALE : TRUMP LE MONDE

Publié le 13/10/2022

 

Critique réalisée pour le supplément des Inrocks consacré au Festival TNB 2022, à propos de Sur la voie royale de Ludovic Lagarde et Elfriede Jelinek, du 16 au 19 novembre.

 

Sous la direction de Ludovic Lagarde, Christèle Tual incarne en solo Sur la voie royale, de l’autrice autrichienne Elfriede Jelinek. Un réquisitoire contre l’ex-président américain d’une intensité rare.
 

Le dialogue entre Elfriede Jelinek et le metteur en scène Ludovic Lagarde se poursuit. Après Les Suppliants, l’artiste français s’attaque à Sur la voie royale, un brûlot anti-Trump d’une étonnante âpreté formelle, écrit dans la foulée de l’élection du 45e président des États-Unis (le soir même, paraît-il). Dans ce texte, le flux de conscience se mêle à la bile d’un grand désespoir philosophique, la figure de l’homme politique américain se télescope avec celle d’Œdipe, de Heidegger, de Freud, du propre père de la lauréate du prix Nobel de littérature, d’une bête à la tête de porc. Brutalement, Jelinek y prophétise le trumpisme dans ses grandes largeurs, symptôme d’une civilisation à l’agonie (“Que sommes-nous devenus pour placer volontairement – démocratiquement ! – un clown pareil à la tête des États-Unis”), qui mettra au monde ses ignobles rejetons (Bolsonaro, Orbán…) avant, peut-être, le grand retour de leur fécond concepteur (créé en 2020, la veille de la dernière campagne présidentielle américaine, le spectacle reste d’une parfaite actualité).
Au front, sur les planches, Christèle Tual réalise une performance remarquable. Quasiment seule en scène, elle est le réceptacle d’une pensée en lutte contre sa propre décomposition, subissant les atroces transfigurations opérées par une costumière, imaginées par son metteur en scène qui conçoit le plateau comme un autel de sacrifice. Il faut saluer, évidemment, la prouesse mémorielle de Christèle Tual (la langue accidentée d’Elfriede Jelinek répond à sa propre logique). Il faut surtout reconnaître à cette grande comédienne la capacité de mettre à distance la monstruosité la plus crasse avec une élégance naturelle déconcertante. Sur la voie royale est de ces spectacles qui laissent un souvenir impérissable, ses images effroyables continuent de ressurgir longtemps. D’une radicalité rare, et donc précieuse.
 

— Critique de Igor Hansen-Løve, septembre 2022
 

© Gwendal LeFlem

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