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LAURE BLATTER

Publié le 17/11/2021

Qu’est-ce qui vous étonne ?

En marchant dans la campagne, je pense souvent « Et au paléolithique, il y avait quoi, là ? » Ou en ville, « Et à la Renaissance, ici ? »

 

Je pense aussi à cette théorie malheureusement fausse, que l’on pourrait, comme avec un gramophone, écouter un échantillon de la vie d’autrefois inscrite par la vibration dans une poterie tournée dans l’Antiquité. Je pense à toutes les couches de vies, toutes ces traces sur les murs, dans le suc des feuilles, les ombres sur les arbres, les échos de mains sur les tableaux de maître, les cendres encore dans les nuages. Une mille-feuille de temps. Des voix restées inscrites. Des adresses qui continuent d’irriguer l’atmosphère des lieux. Je voudrais en prélever une petite carotte de glace, et contempler tout ce qui s’y est imprimé. Et je pense aussi à ces théories quantiques qui proposent de courber le temps. Peut-être le théâtre est-il l’endroit de cette pliure ?

 

Racontez une expérience de théâtre ou de danse marquante pour vous (ces 3 dernières années).

C’était au Festival TNB, Omphalos de Damien Jalet. L’impression d’y lire le témoignage d’une génération dans laquelle je me reconnaissais, pleine de douleur, et qui espère pourtant. Des danseur·euses bouleversant·es de jeunesse et de force sur une antenne parabolique à l’échelle, énorme, désaffectée, et qui appelait pourtant les fréquences venues de tous les coins du cosmos, un appel constant vers l’infini, pour des corps qui glissent, se retiennent, grimpent cette pente, soudain aspirés par la gravité qu’ils déjouent aussitôt.

 

S’aider, se faire renaître, se laisser glisser. Encore une fois, ces courbes dans le temps qui me fascinent : des créatures qui semblent au commencement de tout, où arrivant au-delà de toute extinction. Et puis, comment on se pense dans l’immensité ? Comment on vit alors que l’on sait que tout s’écroule ? Que nos corps sont en voie d’extinction ? Qui devenir ? Et puis, à la sortie, une envie de vivre formidable, de vivre. Ce surplus de vie trouvé nulle part ailleurs qu’ici.

 

Si vous faites du théâtre, c’est pour vous adresser à qui ?

Avec le risque de jouer un jeu irritant avec les mots, il me semble que s’adresser comme espérer une relation avec un auditoire, ça, je n’en ai pas la moindre idée. Pourtant, il y a une adresse. Il y a, avant de rentrer sur scène, cette adresse secrète au cœur qu’on amène avec soi. Ces adresses secrètes des phrases à ceux que l’on aime, à ceux à qui l’on ne peut plus parler. Adresser, ça ressemble à un don. On pourrait adresser ce moment, adresser sa peine, adresser ses mots, adresser sa joie, comme une prière. Mais si secrète, qu’on l’espère, elle excéderait les murs du théâtre. « Si je suis là, c’est grâce à toi », « Grâce au théâtre, tu m’accompagnes ».

 

Adresser, ce serait alors toucher les pas-présents. Les pas-là et les plus-jamais-là. Les nôtres mais aussi peut-être les pas-présents de tous les autres présents. Les retrouver dans le lieu du théâtre. Faire exploser les murs de présences convoquées. Compter sur ce temps suspendu, pour se permettre cette étrangeté-là. Écouter à plusieurs l’écho d’un secret.

 

LAURE BLATTER

Publié le 17/11/2021

Qu’est-ce qui vous étonne ?

En marchant dans la campagne, je pense souvent « Et au paléolithique, il y avait quoi, là ? » Ou en ville, « Et à la Renaissance, ici ? »

 

Je pense aussi à cette théorie malheureusement fausse, que l’on pourrait, comme avec un gramophone, écouter un échantillon de la vie d’autrefois inscrite par la vibration dans une poterie tournée dans l’Antiquité. Je pense à toutes les couches de vies, toutes ces traces sur les murs, dans le suc des feuilles, les ombres sur les arbres, les échos de mains sur les tableaux de maître, les cendres encore dans les nuages. Une mille-feuille de temps. Des voix restées inscrites. Des adresses qui continuent d’irriguer l’atmosphère des lieux. Je voudrais en prélever une petite carotte de glace, et contempler tout ce qui s’y est imprimé. Et je pense aussi à ces théories quantiques qui proposent de courber le temps. Peut-être le théâtre est-il l’endroit de cette pliure ?

 

Racontez une expérience de théâtre ou de danse marquante pour vous (ces 3 dernières années).

C’était au Festival TNB, Omphalos de Damien Jalet. L’impression d’y lire le témoignage d’une génération dans laquelle je me reconnaissais, pleine de douleur, et qui espère pourtant. Des danseur·euses bouleversant·es de jeunesse et de force sur une antenne parabolique à l’échelle, énorme, désaffectée, et qui appelait pourtant les fréquences venues de tous les coins du cosmos, un appel constant vers l’infini, pour des corps qui glissent, se retiennent, grimpent cette pente, soudain aspirés par la gravité qu’ils déjouent aussitôt.

 

S’aider, se faire renaître, se laisser glisser. Encore une fois, ces courbes dans le temps qui me fascinent : des créatures qui semblent au commencement de tout, où arrivant au-delà de toute extinction. Et puis, comment on se pense dans l’immensité ? Comment on vit alors que l’on sait que tout s’écroule ? Que nos corps sont en voie d’extinction ? Qui devenir ? Et puis, à la sortie, une envie de vivre formidable, de vivre. Ce surplus de vie trouvé nulle part ailleurs qu’ici.

 

Si vous faites du théâtre, c’est pour vous adresser à qui ?

Avec le risque de jouer un jeu irritant avec les mots, il me semble que s’adresser comme espérer une relation avec un auditoire, ça, je n’en ai pas la moindre idée. Pourtant, il y a une adresse. Il y a, avant de rentrer sur scène, cette adresse secrète au cœur qu’on amène avec soi. Ces adresses secrètes des phrases à ceux que l’on aime, à ceux à qui l’on ne peut plus parler. Adresser, ça ressemble à un don. On pourrait adresser ce moment, adresser sa peine, adresser ses mots, adresser sa joie, comme une prière. Mais si secrète, qu’on l’espère, elle excéderait les murs du théâtre. « Si je suis là, c’est grâce à toi », « Grâce au théâtre, tu m’accompagnes ».

 

Adresser, ce serait alors toucher les pas-présents. Les pas-là et les plus-jamais-là. Les nôtres mais aussi peut-être les pas-présents de tous les autres présents. Les retrouver dans le lieu du théâtre. Faire exploser les murs de présences convoquées. Compter sur ce temps suspendu, pour se permettre cette étrangeté-là. Écouter à plusieurs l’écho d’un secret.

 

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