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ARTHUR NAUZYCIEL ET LAURENT POITRENAUX

RETOUR SUR EXPÉRIENCE

Publié le 18/11/2021

 

Entretien croisé entre ARTHUR NAUZYCIEL, directeur du TNB et de l’École, et LAURENT POITRENAUX, responsable pédagogique de l’École

À l’occasion de la sortie d’École de la promotion 10 et du passage de relai à la promotion 11, Arthur Nauzyciel et Laurent Poitrenaux refont le parcours des 3 années écoulées. Propos recueillis en juin 2021 par Joëlle Gayot. 

 

 CONCOURS 

« Nous ne cherchons pas les meilleur·es élèves, nous cherchons des personnalités. »
 
ARTHUR NAUZYCIEL

Nous l’avons pensé pour une école d’art. Nous voulions repenser les recrutements traditionnels avec les habituels passages de scène. Je suis nostalgique de l’époque d’Antoine Vitez ou Patrice Chéreau, lorsque les jeunes acteur·rices choisissaient leurs écoles, en fonction du geste ou du projet artistique, et de leurs identités. Il nous fallait trouver des modalités d’entrée qui permettent de redéfinir l’identité de l’école. Le recrutement, son organisation, sa logique, son déroulé, c’était le moyen de signaler le changement profond de cette identité. Une façon d’envoyer un signal fort.

 

Et d’attirer à nous d’autres profils. Nous voulions également être plus inclusifs et moins discriminants. On sait que l’argent est un des obstacles au concours des grandes écoles. Passer le concours de l’École du TNB coûte moins cher que n’importe quel autre concours d’école de théâtre.

 

Ce concours, repensé de bout en bout, répond à une dramaturgie qui le rapproche d’un projet artistique. Il démarre dès la minute où l’élève qui postule lit le dossier. Le concours s’inscrit dans le temps de la rencontre. Il s’étend dans la durée. Nous ne bâclons aucune étape. C’est une création commune. Nous ne cherchons pas les meilleur·es élèves, nous cherchons des personnalités. Nous espérons rencontrer des gens qui vont agir sur les autres, créer une dynamique, des jeunes avec qui nous avons envie de passer 3 ans. Nous faisons en sorte de construire un groupe qui soit un monde habitable. Celui où nous voudrions vivre.

 

LAURENT POITRENAUX

Nous faisons des choix. Nous pouvons nous tromper mais ce n’est pas grave. Et d’ailleurs, je ne pense pas que nous nous trompions. Le seul défaut du concours, c’est que nous nous attachons aux gens car ce sont des personnalités. Nous sommes en face d’individus qui réfléchissent, pensent par eux-mêmes, amènent leur propre monde. Le concours a permis d’en finir avec une vision passéiste de l’acteur·rice. Retenus ou pas, sélectionnés ou non, certains dossiers ont été pour moi de l’ordre d’une rencontre artistique.

 

 PROMOTION 10 

 

LAURENT POITRENAUX
C’est un groupe. Sans rien renier de leurs singularités et de leurs différences, ils font groupe. Le temps du plateau est pour eux un temps sacralisé.

 

ARTHUR NAUZYCIEL
Nous sommes une famille. Comme dans toute famille, nous nous savons différent·es. Nous sommes parfois en désaccord. Mais on peut ne pas s’accorder sur tout et créer malgré tout du commun. Les élèves ont été nourri·es de mille et une manière. Par une multiplicité de regards, de points de vue, de contre points de vue. Ils et elles ont ainsi du recul, une vue panoramique sur ce qu’ils ont traversé.

 

 CONCRET 

 

ARTHUR NAUZYCIEL
L’École du TNB n’est pas une école romantique. Nous ne sommes pas dans le romantisme de l’interprétation et du théâtre. Nous les mettons au contact de gens qui travaillent, qui sont dans des processus de création. C’est extrêmement concret. Nous n’entretenons pas les mythes habituels : il faut en baver pour être acteur·rice. Ou encore le théâtre va changer le monde. Ce n’est pas notre propos. Bien que leur travail ait une dimension politique. Les artistes qu’ont cotoyé·es les élèves posent au monde des questions artistiques. Surtout et avant tout.

 

LAURENT POITRENAUX
Nous leur avons dit : « Vous êtes là pour 3 ans. Ne jugez pas, plongez-vous dans l’aventure. Même si certains ateliers vous déplaisent, prenez ce qu’il y a à prendre ». C’est ce qu’ont fait les élèves, pour en découvrir les bénéfices aujourd’hui. C’est essentiel. Gisèle Vienne, qui pour leur génération, est une artiste phare leur a dit qu’elle travaillait uniquement dans la joie. C’est une parole fondamentale. Le groupe a su garder cette joie.

 

 LANGUE 

« En travaillant sur Racine, Marivaux, Claudel, Duras, Molière, les élèves se relient à une histoire du théâtre. »

ARTHUR NAUZYCIEL

Les élèves de la promotion 10 ont une réelle appétence pour le contemporain, les écritures de plateau, l’écriture collective. Tout ceci croise les sujets sociétaux qui les préoccupent. Il nous fallait alors les initier à se réapproprier la langue, leur langue, celle qui trouve ses sources dans le répertoire. Nous avons mis sur pied les « lundi tradi ». Une journée par semaine durant laquelle les étudiant·es ont suivi des cours d’interprétation avec un acteur ou une actrice. En travaillant sur Racine, Marivaux, Claudel, Duras, Molière, les élèves traversent un répertoire qui court du 17e au 20e siècle, éprouvent des langues, se relient à une histoire du théâtre.

 

 SOCIÉTÉ

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Les questions esthétiques ont parfois été agitées par les questions sociétales. De me too à l’affaire Polanski, les sujets n’ont pas manqué. Face à ce sociétal qui parfois prenait beaucoup de place, je n’ai cessé de leur montrer comment le politique doit être transcendé pour devenir du poétique. Que les élèves n’en restent pas au constat, à la démonstration ou au manifeste mais que leurs positions, leurs convictions les fassent jouer.

 

 COVID 

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Jamais l’École ne s’est arrêtée. Les étudiant·es ont suivi des ateliers par Zoom, avec Laurent Poitrenaux, Mohamed El Khatib, Gisèle Vienne, moi-même. Ce temps anxiogène du confinement leur a finalement été bénéfique car il était très dense. La création de Mes parents en est l’exemple.

 

LAURENT POITRENAUX

Dans l’idée de garder le lien, je leur ai proposé un Décaméron. Chaque jour, les élèves devaient écrire une carte postale. Sachant que ces textes ne seraient lus que par les participant·es au jeu et ne donneraient lieu à aucun spectacle, la parole s’est libérée. Les étudiant·es ont évoqué des histoires intimes, leurs relations familiales. Ont réglé certains comptes. Des auteur·rices se sont révélé·es. La créativité a généré une saine compétition.

 

 INSERTION 

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Les élèves de la promotion 10 ont créé Dreamers, la pièce que Pascal Rambert leur a écrite, et partent confiant·es. Nous avons, de notre côté, travaillé à renforcer le dispositif d’insertion professionnelle qui existait jusque-là. En plus de soutenir des metteur·es en scène et des compagnies qui seront amené·es à les engager sur les 6 prochaines années, nous avons mis sur pied un répertoire de créations qui tournera la saison prochaine : ainsi, ces jeunes artistes travailleront toute la saison (Dreamers, Mes parents, Fiction Friction et Opérette), ce qui par ailleurs permettra une ouverture rapide de leurs droits à l’intermittence et une entrée plus sereine dans la vie professionnelle.

 

Certain·es sont d’ores et déjà engagé·es dans les créations d’artistes associé·es au TNB : Julie Duclos, Tania de Montaigne, Steven Cohen. Je prépare également une reprise du Malade imaginaire (ma première création en 1998) avec certain·es d’entre eux et avec Laurent Poitrenaux. Ce qui m’a convaincu de le reprendre c’est de prolonger notre travail en commun, non plus de professeur à élève mais de partenaire à partenaire.

 

LAURENT POITRENAUX

Précision, nous n’avons pas appliqué une politique volontariste pour que les élèves soient recruté·es par les artistes. Tout a été une affaire de rencontres dans lesquelles nous ne sommes pas intervenus.

 

 TRANS/FORMATION 

« Ces jeunes qui partent aujourd’hui sont dépositaires et responsables d’une aventure commune, à activer dans le monde du théâtre. »

ARTHUR NAUZYCIEL

Pascal Rambert a écrit et mis en scène pour cette promotion 10 le texte Dreamers. J’aimerais qu’il écrive une suite pour les 2 prochaines promotions. Dreamers 1, 2, 3 : apparaîtraient ainsi 10 ans d’une vie et d’une génération. Et nous retrouverions, pour l’intégrale, les 60 élèves des 3 promotions. Ces jeunes qui partent aujourd’hui sont dépositaires et responsables d’une aventure commune, à activer dans le monde du théâtre. Mon projet, en arrivant au TNB, était précisément celui-ci : former un groupe qui, ensuite, propagerait le rapport au monde, au théâtre et l’art que Laurent et moi, nous partageons. Cela va avoir lieu et c’est très émouvant. Les élèves le savent. La fin de l’école, ce n’est pas la fin de l’école. C’est pour la vie.

 

LAURENT POITRENAUX

Nos rapports vont changer. Ce ne sont plus des élèves mais, désormais, de jeunes acteur·rices avec qui, sans doute, nous serons amenés à travailler sur un même plateau de théâtre. Nous les avons transformé·es. C’était notre responsabilité. Je peux dire que le groupe m’a également transformé. Jamais je n’ai vécu une expérience artistique aussi forte. J’étais arrivé à un moment de mon métier où je ressentais un déficit de sens : à qui est-ce que je m’adressais et pourquoi ?

 

Lorsqu’on travaille avec des jeunes, le retour de sens est immédiat. C’est galvanisant. Ces 3 années ont été extrêmement puissantes en termes d’invention. J’ai fait du cas par cas. J’ai eu avec chacun·e une relation particulière. Sachant que je m’engageais sur 10 ans, j’ai décidé de dédier mon énergie à ces 10 années. L’aventure ressemble à celle vécue en tournée avec une équipe de théâtre. On partage du temps, des anecdotes, des intimités. On grandit ensemble. En réalité, je n’ai jamais pensé l’école autrement que comme une aventure artistique.

 

 AVENIR  

« Elle sort avec des outils intellectuels affutés, des filets de sécurité et des opportunités incroyables. »

ARTHUR NAUZYCIEL

Étant donné les multiples profils de cette promotion 10, nul ne peut dire les directions qui seront empruntées. Jeu, performance, cinéma, théâtre, écriture ? Nous affirmons l’École du TNB comme étant une école d’acteur·rices, qui se déploieront comme bon leur semble. Nous provoquons et testons leurs désirs. L’avenir dira ce qu’elles et ils deviennent. Pour l’heure, ce que j’observe, c’est que leur façon de jouer leur est très singulière. Il n’y a pas, de ce point de vue, de geste univoque.

 

En revanche, ce sont des acteur·rices qui ont confiance dans l’écriture, qui savent faire entendre un texte, qui sont bien centré·es dans leurs corps. Nous avons toujours défendu l’idée que les élèves devaient travailler avec des gens très différents, qu’ils acquièrent une large palette d’outils. Qu’ils s’élargissent. Pour reprendre un mot de Gilles Blanchard, ce sont les mêmes qu’il y a 3 ans mais augmenté·es. Enrichi·es de la confiance et de la joie. Cette promotion a vécu des choses difficiles, l’année COVID notamment l’a mise à rude épreuve. Mais elle sort avec des outils intellectuels affutés, des filets de sécurité et des opportunités incroyables.

 

 TRANSMISSION 

 

LAURENT POITRENAUX

Nous accueillons désormais la promotion 11. Une nouvelle volée d’élèves qui, lors du concours, devaient préparer une scène. Pour les accompagner, nous avons demandé aux élèves de la promotion 10 d’être leurs partenaires de jeu et de leur donner la réplique. Il y a eu ainsi un relai, une passation, une transmission entre ex et futur·es élèves. Ces élèves qui s’apprêtent à voler de leurs propres ailes ont en réalité déjà quitté l’école. Le groupe a totalement assimilé et digéré les 3 années écoulées, a fait le ménage, vidé les loges, rangé les coulisses, nettoyé les cuisines et fait place nette pour celles et ceux qui vont lui succéder.

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Lorsque Laurent Poitrenaux et moi-même avons pris la direction de l’École, nous avons décidé d’instaurer le fait que les élèves sortant·es donnent la réplique aux élèves entrant·es, une manière de passer la main à ses petits frères ou petites sœurs. Exercice qui sollicite moins d’exhibition de soi, mais exercice altruiste qui leur a permis de révéler ce qu’il y a de mieux en elles et eux. Donner la réplique était un symbole fort. Je suis en train de comprendre que, si je vais au bout de mes 3 mandats réglementaires à la direction du Théâtre National de Bretagne, nous aurons, avec Laurent Poitrenaux, formé 3 promotions, 60 acteur·rices mais surtout nous aurons créé une famille.

 

Le Magazine du TNB

 

Entretien croisé entre ARTHUR NAUZYCIEL, directeur du TNB et de l’École, et LAURENT POITRENAUX, responsable pédagogique de l’École

ARTHUR NAUZYCIEL ET LAURENT POITRENAUX

RETOUR SUR EXPÉRIENCE

Publié le 18/11/2021

 

Entretien croisé entre ARTHUR NAUZYCIEL, directeur du TNB et de l’École, et LAURENT POITRENAUX, responsable pédagogique de l’École

À l’occasion de la sortie d’École de la promotion 10 et du passage de relai à la promotion 11, Arthur Nauzyciel et Laurent Poitrenaux refont le parcours des 3 années écoulées. Propos recueillis en juin 2021 par Joëlle Gayot. 

 

 CONCOURS 

« Nous ne cherchons pas les meilleur·es élèves, nous cherchons des personnalités. »
 
ARTHUR NAUZYCIEL

Nous l’avons pensé pour une école d’art. Nous voulions repenser les recrutements traditionnels avec les habituels passages de scène. Je suis nostalgique de l’époque d’Antoine Vitez ou Patrice Chéreau, lorsque les jeunes acteur·rices choisissaient leurs écoles, en fonction du geste ou du projet artistique, et de leurs identités. Il nous fallait trouver des modalités d’entrée qui permettent de redéfinir l’identité de l’école. Le recrutement, son organisation, sa logique, son déroulé, c’était le moyen de signaler le changement profond de cette identité. Une façon d’envoyer un signal fort.

 

Et d’attirer à nous d’autres profils. Nous voulions également être plus inclusifs et moins discriminants. On sait que l’argent est un des obstacles au concours des grandes écoles. Passer le concours de l’École du TNB coûte moins cher que n’importe quel autre concours d’école de théâtre.

 

Ce concours, repensé de bout en bout, répond à une dramaturgie qui le rapproche d’un projet artistique. Il démarre dès la minute où l’élève qui postule lit le dossier. Le concours s’inscrit dans le temps de la rencontre. Il s’étend dans la durée. Nous ne bâclons aucune étape. C’est une création commune. Nous ne cherchons pas les meilleur·es élèves, nous cherchons des personnalités. Nous espérons rencontrer des gens qui vont agir sur les autres, créer une dynamique, des jeunes avec qui nous avons envie de passer 3 ans. Nous faisons en sorte de construire un groupe qui soit un monde habitable. Celui où nous voudrions vivre.

 

LAURENT POITRENAUX

Nous faisons des choix. Nous pouvons nous tromper mais ce n’est pas grave. Et d’ailleurs, je ne pense pas que nous nous trompions. Le seul défaut du concours, c’est que nous nous attachons aux gens car ce sont des personnalités. Nous sommes en face d’individus qui réfléchissent, pensent par eux-mêmes, amènent leur propre monde. Le concours a permis d’en finir avec une vision passéiste de l’acteur·rice. Retenus ou pas, sélectionnés ou non, certains dossiers ont été pour moi de l’ordre d’une rencontre artistique.

 

 PROMOTION 10 

 

LAURENT POITRENAUX
C’est un groupe. Sans rien renier de leurs singularités et de leurs différences, ils font groupe. Le temps du plateau est pour eux un temps sacralisé.

 

ARTHUR NAUZYCIEL
Nous sommes une famille. Comme dans toute famille, nous nous savons différent·es. Nous sommes parfois en désaccord. Mais on peut ne pas s’accorder sur tout et créer malgré tout du commun. Les élèves ont été nourri·es de mille et une manière. Par une multiplicité de regards, de points de vue, de contre points de vue. Ils et elles ont ainsi du recul, une vue panoramique sur ce qu’ils ont traversé.

 

 CONCRET 

 

ARTHUR NAUZYCIEL
L’École du TNB n’est pas une école romantique. Nous ne sommes pas dans le romantisme de l’interprétation et du théâtre. Nous les mettons au contact de gens qui travaillent, qui sont dans des processus de création. C’est extrêmement concret. Nous n’entretenons pas les mythes habituels : il faut en baver pour être acteur·rice. Ou encore le théâtre va changer le monde. Ce n’est pas notre propos. Bien que leur travail ait une dimension politique. Les artistes qu’ont cotoyé·es les élèves posent au monde des questions artistiques. Surtout et avant tout.

 

LAURENT POITRENAUX
Nous leur avons dit : « Vous êtes là pour 3 ans. Ne jugez pas, plongez-vous dans l’aventure. Même si certains ateliers vous déplaisent, prenez ce qu’il y a à prendre ». C’est ce qu’ont fait les élèves, pour en découvrir les bénéfices aujourd’hui. C’est essentiel. Gisèle Vienne, qui pour leur génération, est une artiste phare leur a dit qu’elle travaillait uniquement dans la joie. C’est une parole fondamentale. Le groupe a su garder cette joie.

 

 LANGUE 

« En travaillant sur Racine, Marivaux, Claudel, Duras, Molière, les élèves se relient à une histoire du théâtre. »

ARTHUR NAUZYCIEL

Les élèves de la promotion 10 ont une réelle appétence pour le contemporain, les écritures de plateau, l’écriture collective. Tout ceci croise les sujets sociétaux qui les préoccupent. Il nous fallait alors les initier à se réapproprier la langue, leur langue, celle qui trouve ses sources dans le répertoire. Nous avons mis sur pied les « lundi tradi ». Une journée par semaine durant laquelle les étudiant·es ont suivi des cours d’interprétation avec un acteur ou une actrice. En travaillant sur Racine, Marivaux, Claudel, Duras, Molière, les élèves traversent un répertoire qui court du 17e au 20e siècle, éprouvent des langues, se relient à une histoire du théâtre.

 

 SOCIÉTÉ

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Les questions esthétiques ont parfois été agitées par les questions sociétales. De me too à l’affaire Polanski, les sujets n’ont pas manqué. Face à ce sociétal qui parfois prenait beaucoup de place, je n’ai cessé de leur montrer comment le politique doit être transcendé pour devenir du poétique. Que les élèves n’en restent pas au constat, à la démonstration ou au manifeste mais que leurs positions, leurs convictions les fassent jouer.

 

 COVID 

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Jamais l’École ne s’est arrêtée. Les étudiant·es ont suivi des ateliers par Zoom, avec Laurent Poitrenaux, Mohamed El Khatib, Gisèle Vienne, moi-même. Ce temps anxiogène du confinement leur a finalement été bénéfique car il était très dense. La création de Mes parents en est l’exemple.

 

LAURENT POITRENAUX

Dans l’idée de garder le lien, je leur ai proposé un Décaméron. Chaque jour, les élèves devaient écrire une carte postale. Sachant que ces textes ne seraient lus que par les participant·es au jeu et ne donneraient lieu à aucun spectacle, la parole s’est libérée. Les étudiant·es ont évoqué des histoires intimes, leurs relations familiales. Ont réglé certains comptes. Des auteur·rices se sont révélé·es. La créativité a généré une saine compétition.

 

 INSERTION 

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Les élèves de la promotion 10 ont créé Dreamers, la pièce que Pascal Rambert leur a écrite, et partent confiant·es. Nous avons, de notre côté, travaillé à renforcer le dispositif d’insertion professionnelle qui existait jusque-là. En plus de soutenir des metteur·es en scène et des compagnies qui seront amené·es à les engager sur les 6 prochaines années, nous avons mis sur pied un répertoire de créations qui tournera la saison prochaine : ainsi, ces jeunes artistes travailleront toute la saison (Dreamers, Mes parents, Fiction Friction et Opérette), ce qui par ailleurs permettra une ouverture rapide de leurs droits à l’intermittence et une entrée plus sereine dans la vie professionnelle.

 

Certain·es sont d’ores et déjà engagé·es dans les créations d’artistes associé·es au TNB : Julie Duclos, Tania de Montaigne, Steven Cohen. Je prépare également une reprise du Malade imaginaire (ma première création en 1998) avec certain·es d’entre eux et avec Laurent Poitrenaux. Ce qui m’a convaincu de le reprendre c’est de prolonger notre travail en commun, non plus de professeur à élève mais de partenaire à partenaire.

 

LAURENT POITRENAUX

Précision, nous n’avons pas appliqué une politique volontariste pour que les élèves soient recruté·es par les artistes. Tout a été une affaire de rencontres dans lesquelles nous ne sommes pas intervenus.

 

 TRANS/FORMATION 

« Ces jeunes qui partent aujourd’hui sont dépositaires et responsables d’une aventure commune, à activer dans le monde du théâtre. »

ARTHUR NAUZYCIEL

Pascal Rambert a écrit et mis en scène pour cette promotion 10 le texte Dreamers. J’aimerais qu’il écrive une suite pour les 2 prochaines promotions. Dreamers 1, 2, 3 : apparaîtraient ainsi 10 ans d’une vie et d’une génération. Et nous retrouverions, pour l’intégrale, les 60 élèves des 3 promotions. Ces jeunes qui partent aujourd’hui sont dépositaires et responsables d’une aventure commune, à activer dans le monde du théâtre. Mon projet, en arrivant au TNB, était précisément celui-ci : former un groupe qui, ensuite, propagerait le rapport au monde, au théâtre et l’art que Laurent et moi, nous partageons. Cela va avoir lieu et c’est très émouvant. Les élèves le savent. La fin de l’école, ce n’est pas la fin de l’école. C’est pour la vie.

 

LAURENT POITRENAUX

Nos rapports vont changer. Ce ne sont plus des élèves mais, désormais, de jeunes acteur·rices avec qui, sans doute, nous serons amenés à travailler sur un même plateau de théâtre. Nous les avons transformé·es. C’était notre responsabilité. Je peux dire que le groupe m’a également transformé. Jamais je n’ai vécu une expérience artistique aussi forte. J’étais arrivé à un moment de mon métier où je ressentais un déficit de sens : à qui est-ce que je m’adressais et pourquoi ?

 

Lorsqu’on travaille avec des jeunes, le retour de sens est immédiat. C’est galvanisant. Ces 3 années ont été extrêmement puissantes en termes d’invention. J’ai fait du cas par cas. J’ai eu avec chacun·e une relation particulière. Sachant que je m’engageais sur 10 ans, j’ai décidé de dédier mon énergie à ces 10 années. L’aventure ressemble à celle vécue en tournée avec une équipe de théâtre. On partage du temps, des anecdotes, des intimités. On grandit ensemble. En réalité, je n’ai jamais pensé l’école autrement que comme une aventure artistique.

 

 AVENIR  

« Elle sort avec des outils intellectuels affutés, des filets de sécurité et des opportunités incroyables. »

ARTHUR NAUZYCIEL

Étant donné les multiples profils de cette promotion 10, nul ne peut dire les directions qui seront empruntées. Jeu, performance, cinéma, théâtre, écriture ? Nous affirmons l’École du TNB comme étant une école d’acteur·rices, qui se déploieront comme bon leur semble. Nous provoquons et testons leurs désirs. L’avenir dira ce qu’elles et ils deviennent. Pour l’heure, ce que j’observe, c’est que leur façon de jouer leur est très singulière. Il n’y a pas, de ce point de vue, de geste univoque.

 

En revanche, ce sont des acteur·rices qui ont confiance dans l’écriture, qui savent faire entendre un texte, qui sont bien centré·es dans leurs corps. Nous avons toujours défendu l’idée que les élèves devaient travailler avec des gens très différents, qu’ils acquièrent une large palette d’outils. Qu’ils s’élargissent. Pour reprendre un mot de Gilles Blanchard, ce sont les mêmes qu’il y a 3 ans mais augmenté·es. Enrichi·es de la confiance et de la joie. Cette promotion a vécu des choses difficiles, l’année COVID notamment l’a mise à rude épreuve. Mais elle sort avec des outils intellectuels affutés, des filets de sécurité et des opportunités incroyables.

 

 TRANSMISSION 

 

LAURENT POITRENAUX

Nous accueillons désormais la promotion 11. Une nouvelle volée d’élèves qui, lors du concours, devaient préparer une scène. Pour les accompagner, nous avons demandé aux élèves de la promotion 10 d’être leurs partenaires de jeu et de leur donner la réplique. Il y a eu ainsi un relai, une passation, une transmission entre ex et futur·es élèves. Ces élèves qui s’apprêtent à voler de leurs propres ailes ont en réalité déjà quitté l’école. Le groupe a totalement assimilé et digéré les 3 années écoulées, a fait le ménage, vidé les loges, rangé les coulisses, nettoyé les cuisines et fait place nette pour celles et ceux qui vont lui succéder.

 

ARTHUR NAUZYCIEL

Lorsque Laurent Poitrenaux et moi-même avons pris la direction de l’École, nous avons décidé d’instaurer le fait que les élèves sortant·es donnent la réplique aux élèves entrant·es, une manière de passer la main à ses petits frères ou petites sœurs. Exercice qui sollicite moins d’exhibition de soi, mais exercice altruiste qui leur a permis de révéler ce qu’il y a de mieux en elles et eux. Donner la réplique était un symbole fort. Je suis en train de comprendre que, si je vais au bout de mes 3 mandats réglementaires à la direction du Théâtre National de Bretagne, nous aurons, avec Laurent Poitrenaux, formé 3 promotions, 60 acteur·rices mais surtout nous aurons créé une famille.

 

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