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FESTIVAL TNB X LES INROCKS

ENTRETIEN AVEC YANNICK HAENEL

Publié le 10/10/2022

 

Entretien réalisé pour le supplément des Inrocks consacré au Festival TNB 2022, avec Yannick Haenel, auteur et artiste associé au TNB.

Pour Yannick Haenel, artiste associé au TNB et membre de Charlie Hebdo depuis 2015, qui a fait le récit du procès des attentats contre le journal dans Notre solitude, cet exercice périlleux fut une expérience intranquille mais nécessaire.

« Devenir presque rien pour recueillir tout »

Quels sentiments vous animent quand vous chroniquez le procès des attentats de Charlie Hebdo ?

 

Yannick Haenel — Je fais partie de Charlie Hebdo depuis janvier 2015. Chroniquer le procès, c’était prendre date pour l’Histoire, en direct. Être le témoin d’une rédaction dévastée, savoir que je parlais à leur place, et accepter l’expérience d’intensité de devoir rapporter chaque nuit l’audience du jour. Un exercice très périlleux de retrait où me revendiquer d’une vulnérabilité affirmée s’apparentait à une position éthique ; il fallait devenir presque rien pour recueillir tout.

 

Dans Notre solitude, vous partagez les difficultés rencontrées pour mener à bien cette tâche.

« Au cœur des ténèbres, la seule chose à opposer au crime, c’est une parole porteuse de mémoire » 

Les enjeux sont énormes, ils sont très intimes, liés à la survie et à la solitude du face-à-face avec le langage. La moindre des choses était d’être à vif, sans assurance face à l’innommable. Spectateur du travail de la justice, je me devais d’être dans la justesse. Sans l’imposer, faire que ma voix s’ajuste à celles, si différentes, des parties civiles, des témoins, des accusés ou des complices. À travers mes doutes s’est construite une morale. Au cœur des ténèbres, la seule chose à opposer au crime, c’est une parole porteuse de mémoire. Tant qu’on se souvient des morts, ils ne sont pas morts. Maintenir ce lien fragile était une belle chose, une puissance douce opposée à la barbarie.

 

Vous passez du statut de témoin à celui de messager.

 

L’acte criminel relève de l’insensé. Une journée d’audience produit un entrelacs de sens disparates, il me semblait juste de ne pas réussir à trouver ma place. Cette intranquillité m’a amené au-delà du témoignage. La nécessité de transmettre chaque jour a fait de moi un passeur, un messager au sens noble du terme.

 

Vous prolongez ce geste dans une lecture…

 

On a fait le découpage avec Marie-Sophie Ferdane. C’est un parcours. Un récit qui traverse le récit. Porter l’écrit sur scène perpétue la chaîne de parole. Marie-Sophie Ferdane témoigne du témoin. La chambre d’écho se démultiplie encore avec la présence des spectateurs. Choisir une interprète s’est imposé, je trouvais qu’il y avait une grande justesse à quitter le lieu commun du genre de l’auteur. Au moment de la transmission, le sexe n’existe plus, il s’agit de choisir la meilleure personne à même de porter le message.

 

— Propos recueillis par Patrick Sourd, septembre 2022

 

© Louise Quignon

Le Magazine du TNB

 

Entretien réalisé pour le supplément des Inrocks consacré au Festival TNB 2022, avec Yannick Haenel, auteur et artiste associé au TNB.

FESTIVAL TNB X LES INROCKS

ENTRETIEN AVEC YANNICK HAENEL

Publié le 10/10/2022

 

Entretien réalisé pour le supplément des Inrocks consacré au Festival TNB 2022, avec Yannick Haenel, auteur et artiste associé au TNB.

Pour Yannick Haenel, artiste associé au TNB et membre de Charlie Hebdo depuis 2015, qui a fait le récit du procès des attentats contre le journal dans Notre solitude, cet exercice périlleux fut une expérience intranquille mais nécessaire.

« Devenir presque rien pour recueillir tout »

Quels sentiments vous animent quand vous chroniquez le procès des attentats de Charlie Hebdo ?

 

Yannick Haenel — Je fais partie de Charlie Hebdo depuis janvier 2015. Chroniquer le procès, c’était prendre date pour l’Histoire, en direct. Être le témoin d’une rédaction dévastée, savoir que je parlais à leur place, et accepter l’expérience d’intensité de devoir rapporter chaque nuit l’audience du jour. Un exercice très périlleux de retrait où me revendiquer d’une vulnérabilité affirmée s’apparentait à une position éthique ; il fallait devenir presque rien pour recueillir tout.

 

Dans Notre solitude, vous partagez les difficultés rencontrées pour mener à bien cette tâche.

« Au cœur des ténèbres, la seule chose à opposer au crime, c’est une parole porteuse de mémoire » 

Les enjeux sont énormes, ils sont très intimes, liés à la survie et à la solitude du face-à-face avec le langage. La moindre des choses était d’être à vif, sans assurance face à l’innommable. Spectateur du travail de la justice, je me devais d’être dans la justesse. Sans l’imposer, faire que ma voix s’ajuste à celles, si différentes, des parties civiles, des témoins, des accusés ou des complices. À travers mes doutes s’est construite une morale. Au cœur des ténèbres, la seule chose à opposer au crime, c’est une parole porteuse de mémoire. Tant qu’on se souvient des morts, ils ne sont pas morts. Maintenir ce lien fragile était une belle chose, une puissance douce opposée à la barbarie.

 

Vous passez du statut de témoin à celui de messager.

 

L’acte criminel relève de l’insensé. Une journée d’audience produit un entrelacs de sens disparates, il me semblait juste de ne pas réussir à trouver ma place. Cette intranquillité m’a amené au-delà du témoignage. La nécessité de transmettre chaque jour a fait de moi un passeur, un messager au sens noble du terme.

 

Vous prolongez ce geste dans une lecture…

 

On a fait le découpage avec Marie-Sophie Ferdane. C’est un parcours. Un récit qui traverse le récit. Porter l’écrit sur scène perpétue la chaîne de parole. Marie-Sophie Ferdane témoigne du témoin. La chambre d’écho se démultiplie encore avec la présence des spectateurs. Choisir une interprète s’est imposé, je trouvais qu’il y avait une grande justesse à quitter le lieu commun du genre de l’auteur. Au moment de la transmission, le sexe n’existe plus, il s’agit de choisir la meilleure personne à même de porter le message.

 

— Propos recueillis par Patrick Sourd, septembre 2022

 

© Louise Quignon

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