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ÉTUDIANT·ES NOMADES

AMÉLIE EN SARDAIGNE

Publié le 05/10/2021

 

En séjour d’étude ou en stage, la mobilité internationale des élèves fait pour la première fois partie intégrante de leur cursus de formation. Malgré le contexte sanitaire, 6 élèves ont finalement pu partir en immersion dans un autre pays de janvier à mars 2021, puis 4 autres entre juillet et octobre 2021.

 

Cette semaine, suivez Amélie Gratias en stage au Sardegna Teatro en Sardaigne (Italie).

 

Peux-tu nous présenter la structure dans laquelle tu es et ce que tu y fais ? 
 

J’ai effectué mon stage au Sardegna Teatro, en Sardaigne. L’essentiel de mon travail s’est déroulé aux côtés de Valentino Mannias et de sa compagnie lors de la création de son spectacle Orestea, sa traduction et adaptation de l’Orestie d’Eschyle. Ma première mission a été de traduire en français le texte de Valentino. Lorsqu’il a dû lui-même traduire du grec ancien – qu’il ne parlait pas – Valentino a ressenti ce travail comme une formation accélérée d’acteur et de metteur en scène grâce au rapport profond qu’il a entretenu avec ce texte mystérieux, l’auteur et le choix précis des mots qu’il a dû faire. Il a voulu me transmettre la même chose. Il voulait aussi, je crois, grâce au dialogue qui allait naître de notre collaboration, prolonger son travail, ouvrir de nouvelles perspectives, s’obliger à comprendre mieux la direction qu’il avait empruntée. C’était un moment privilégié. Je vivais 24h/24 au sein de la compagnie qui a répété dans 3 villes différentes (Paulilatino, Nuoro et Cagliari), j’assistais aux répétitions.

 

Au bout d’un moment, l’assistante à la mise en scène a malheureusement été contrainte de s’absenter jusqu’à la fin de la résidence. Ils ont alors souhaité me confier l’aiuto alla regia. Ici, il y a 2 façons d’assister un metteur en scène : faire l’assitant·e, c’est-à-dire s’occuper de la logistique, ou faire l’aide à la mise en scène, l’aiuto alla regia. J’aime beaucoup ce mot, ça implique que notre rôle c’est de prendre soin du projet de l’autre. Je me suis donc retrouvée aiuto regia. Mon travail de traduction s’est un peu suspendu et d’interprète je suis passée sage-femme, accoucheuse des idées de Valentino et de son équipe. C’est une des expériences les plus marquantes de mon parcours. 

 

Pourquoi avoir choisi de partir ?
 

J’avais besoin de vivre l’expérience de ne rien comprendre. D’être totalement délogée. Depuis le début de ce projet proposé par Arthur Nauzyciel, j’avais envie de partir et qui plus est dans un pays où je ne connais pas encore la langue. À l’école j’avais fait allemand et anglais. Je voulais explorer une langue latine et commencer de zéro pour cette expérience. J’avais l’intime conviction que cela me permettrait de découvrir d’autres choses. De comprendre autrement. Et puis, soyons honnête, avant le TNB je n’avais jamais eu l’occasion d’aller vraiment à l’étranger. C’était une immense chance à saisir. 


Quelles différences et points communs constates-tu entre le système français (création et/ou formation théâtrale) et le pays où tu es ?
 

En Italie il y a 2 types de théâtres subventionnés : les Théâtres Nationaux et les TRIC (Teatro di Rivelante Interesse Culturale) – c’est-à-dire Théâtre d’Intérêt Culturel Important – qui peuvent être également des structures privées. Le Sardegna Teatro est l’un d'eux. Sa mission se rapproche de celle du TNB en ce sens où il doit produire des spectacles, mais la différence est qu’il n’est pas dirigé à proprement parler par un artiste et qu’il n’y a pas la notion de service public. Et je trouve que cela se ressent. Je ne saurais pas dire pourquoi. 

 

Une expérience marquante depuis ton arrivée ? 
 

À Cagliari, quand on marche dans un bâtiment (le théâtre ou une boutique quelconque) de temps en temps on se retrouve sur une vitre de plexiglass. Sous nos pieds on découvre un vide profond, un puits, qui date de l’antiquité romaine. C’est impressionnant. Il y a toujours une ville sous la ville. Mais la différence c’est qu’ici elle est visible. Il y a aussi toujours une langue sous la langue. En Italie, on parle l’Italien. Mais il y a aussi une multitude de dialectes, d’accents, de prosodie en fonction des régions. En Sardaigne, il y a même une langue à part entière (comme le basque chez nous). C’est quelque chose qui tient à cœur de chacun.

 

Souvent on m’a demandé comment tu dis ça en français toi. « Moi » je viens de la région parisienne où on parle, il me semblait, le français normatif. Mais en échangeant avec eux, et en me surprenant à dire enfin c’est comme ça qu’on dit chez moi, j’ai découvert que moi aussi, j’avais une langue de chez moi, différente du français convenable : c’est la langue de mes parents, avec leurs expressions, leurs intonations bien à eux. Découvrir ça, ça m’a fait une très vive impression. Comme quand on découvre les ruines sous nos pieds. J’ai eu l’impression de découvrir mes fondations.

 

En quoi la pandémie du Covid-19 impacte l’activité culturelle là où tu es ?
 

J’arrive après le gros de la crise. Les théâtres ont réouvert, le public peut revenir à condition d’avoir le Green Pass. Ici on peut répéter sans masque, on est tous vaccinés et on fait quand même des tests antigéniques tous les 3 jours. On est précautionneux mais je sens une reprise presque normale. J’ai cru comprendre, aussi, que suite à la crise sanitaire, le gouvernement italien allait débloquer des aides sociales pour les acteurs. C’est une première. 

 

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AMÉLIE EN SARDAIGNE

 

En séjour d’étude ou en stage, la mobilité internationale des élèves fait pour la première fois partie intégrante de leur cursus de formation. Malgré le contexte sanitaire, 6 élèves ont finalement pu partir en immersion dans un autre pays de janvier à mars 2021, puis 4 autres entre juillet et octobre 2021.

 

ÉTUDIANT·ES NOMADES

AMÉLIE EN SARDAIGNE

Publié le 05/10/2021

 

En séjour d’étude ou en stage, la mobilité internationale des élèves fait pour la première fois partie intégrante de leur cursus de formation. Malgré le contexte sanitaire, 6 élèves ont finalement pu partir en immersion dans un autre pays de janvier à mars 2021, puis 4 autres entre juillet et octobre 2021.

 

Cette semaine, suivez Amélie Gratias en stage au Sardegna Teatro en Sardaigne (Italie).

 

Peux-tu nous présenter la structure dans laquelle tu es et ce que tu y fais ? 
 

J’ai effectué mon stage au Sardegna Teatro, en Sardaigne. L’essentiel de mon travail s’est déroulé aux côtés de Valentino Mannias et de sa compagnie lors de la création de son spectacle Orestea, sa traduction et adaptation de l’Orestie d’Eschyle. Ma première mission a été de traduire en français le texte de Valentino. Lorsqu’il a dû lui-même traduire du grec ancien – qu’il ne parlait pas – Valentino a ressenti ce travail comme une formation accélérée d’acteur et de metteur en scène grâce au rapport profond qu’il a entretenu avec ce texte mystérieux, l’auteur et le choix précis des mots qu’il a dû faire. Il a voulu me transmettre la même chose. Il voulait aussi, je crois, grâce au dialogue qui allait naître de notre collaboration, prolonger son travail, ouvrir de nouvelles perspectives, s’obliger à comprendre mieux la direction qu’il avait empruntée. C’était un moment privilégié. Je vivais 24h/24 au sein de la compagnie qui a répété dans 3 villes différentes (Paulilatino, Nuoro et Cagliari), j’assistais aux répétitions.

 

Au bout d’un moment, l’assistante à la mise en scène a malheureusement été contrainte de s’absenter jusqu’à la fin de la résidence. Ils ont alors souhaité me confier l’aiuto alla regia. Ici, il y a 2 façons d’assister un metteur en scène : faire l’assitant·e, c’est-à-dire s’occuper de la logistique, ou faire l’aide à la mise en scène, l’aiuto alla regia. J’aime beaucoup ce mot, ça implique que notre rôle c’est de prendre soin du projet de l’autre. Je me suis donc retrouvée aiuto regia. Mon travail de traduction s’est un peu suspendu et d’interprète je suis passée sage-femme, accoucheuse des idées de Valentino et de son équipe. C’est une des expériences les plus marquantes de mon parcours. 

 

Pourquoi avoir choisi de partir ?
 

J’avais besoin de vivre l’expérience de ne rien comprendre. D’être totalement délogée. Depuis le début de ce projet proposé par Arthur Nauzyciel, j’avais envie de partir et qui plus est dans un pays où je ne connais pas encore la langue. À l’école j’avais fait allemand et anglais. Je voulais explorer une langue latine et commencer de zéro pour cette expérience. J’avais l’intime conviction que cela me permettrait de découvrir d’autres choses. De comprendre autrement. Et puis, soyons honnête, avant le TNB je n’avais jamais eu l’occasion d’aller vraiment à l’étranger. C’était une immense chance à saisir. 


Quelles différences et points communs constates-tu entre le système français (création et/ou formation théâtrale) et le pays où tu es ?
 

En Italie il y a 2 types de théâtres subventionnés : les Théâtres Nationaux et les TRIC (Teatro di Rivelante Interesse Culturale) – c’est-à-dire Théâtre d’Intérêt Culturel Important – qui peuvent être également des structures privées. Le Sardegna Teatro est l’un d'eux. Sa mission se rapproche de celle du TNB en ce sens où il doit produire des spectacles, mais la différence est qu’il n’est pas dirigé à proprement parler par un artiste et qu’il n’y a pas la notion de service public. Et je trouve que cela se ressent. Je ne saurais pas dire pourquoi. 

 

Une expérience marquante depuis ton arrivée ? 
 

À Cagliari, quand on marche dans un bâtiment (le théâtre ou une boutique quelconque) de temps en temps on se retrouve sur une vitre de plexiglass. Sous nos pieds on découvre un vide profond, un puits, qui date de l’antiquité romaine. C’est impressionnant. Il y a toujours une ville sous la ville. Mais la différence c’est qu’ici elle est visible. Il y a aussi toujours une langue sous la langue. En Italie, on parle l’Italien. Mais il y a aussi une multitude de dialectes, d’accents, de prosodie en fonction des régions. En Sardaigne, il y a même une langue à part entière (comme le basque chez nous). C’est quelque chose qui tient à cœur de chacun.

 

Souvent on m’a demandé comment tu dis ça en français toi. « Moi » je viens de la région parisienne où on parle, il me semblait, le français normatif. Mais en échangeant avec eux, et en me surprenant à dire enfin c’est comme ça qu’on dit chez moi, j’ai découvert que moi aussi, j’avais une langue de chez moi, différente du français convenable : c’est la langue de mes parents, avec leurs expressions, leurs intonations bien à eux. Découvrir ça, ça m’a fait une très vive impression. Comme quand on découvre les ruines sous nos pieds. J’ai eu l’impression de découvrir mes fondations.

 

En quoi la pandémie du Covid-19 impacte l’activité culturelle là où tu es ?
 

J’arrive après le gros de la crise. Les théâtres ont réouvert, le public peut revenir à condition d’avoir le Green Pass. Ici on peut répéter sans masque, on est tous vaccinés et on fait quand même des tests antigéniques tous les 3 jours. On est précautionneux mais je sens une reprise presque normale. J’ai cru comprendre, aussi, que suite à la crise sanitaire, le gouvernement italien allait débloquer des aides sociales pour les acteurs. C’est une première. 

 

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