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HYBRIDATION DES ESTHÉTIQUES

ENTRETIEN AVEC LATIFA LAÂBISSI

Publié le 06/10/2023

Latifa Laâbissi, artiste associée au TNB, parle de Cavaliers impurs, une production franco-allemande cocréée avec Antonia Baehr.

Comment situez-vous ce duo dans votre parcours ?

Depuis 5 ans, j’invite régulièrement des artistes à partager la scène à mes côtés sur des sujets en particulier. Une caractéristique essentielle de ces rencontres est la collaboration horizontale que nous installons. Elles donnent lieu à des créations qui mettent en valeur, imbriquent ou cannibalisent nos modes d’expressions, nos univers artistiques respectifs. En général, elles mettent l’accent sur l’entrée en relation, la curiosité, la recherche, la spéculation… Elles permettent aussi de mettre en jeu différentes approches méthodologiques comme l’accumulation, la polyphonie ou, ici, le montage.

 

Qui est Antonia Baehr, connue également sous le pseudonyme de Werner Hirsch ?

Antonia Baehr est une artistechorégraphe, performeuse et cinéaste allemande avec qui j’ai déjà créé Consul et Meshie et travaillé sur la vidéo Moving Backwards du duo d’artistes Pauline Boudry et Renate Lorenz, présentée au Pavillon suisse de la 58e Biennale de Venise. Elle collabore  souvent avec des partenaires dans des formes qui privilégient le changement de rôles hôte/invité. Elle s’intéresse notamment aux règles qu’une société (ou l’espace symbolique de la représentation au théâtre) assigne aux corps afin de les rendre compréhensibles et reconnaissables.

 

Alors que vos pièces, elles, déhiérarchisent les corps, les genres, les sources, atomisent l’opposition culture populaire / culture savante ?

Au moment où je me suis formée, il y avait une ligne franche entre la danse abstraite américaine et la danse expressionniste, allemande ou japonaise. Il fallait choisir son camp ! Ce que j’ai toujours refusé de faire. Bien au contraire, je cherche constamment à m’affranchir, à réconcilier les régimes performatifs et à transgresser les frontières entre disciplines. Je refuse les auto-assignations.

 

Ce refus, c’est ce que vous appelez la politique de l’Art ?

Oui. C’est une façon de s’autoriser à vraiment complexifier les sujets, à mettre en crise les questions plutôt que de chercher à les résoudre. Ce qui est vraiment difficile à notre époque de régime de simplification.

 

Votre pièce a comme point de départ les théories de l’abstraction queer. De quoi s’agit-il ?

Au cours de nos échanges avec Antonia, nous avons souvent évoqué les pratiques artistiques queer, féministes, migrantes, noires qui sont souvent associées à des stratégies de représentations politiques parce qu’elles s’opposent aux mécanismes d’exclusion de l’establishment. Revers de la médaille : ces visibilités permettent aussi la surveillance, le stéréotypage ou le marketing. A contrario, les artistes de ce mouvement la Queer Abstraction s’appuient sur des stratégies artistiques d’opacité, de camouflage, de disparition. Ils perturbent la visibilité et la lisibilité par le déguisement, le voilement, l’infiltration, le masque ou la fragmentation de la perception. Ils refusent d’être identifiés comme identité, genre, langue ou espèce.

 

2 théories opposées que vous mettez en présence sur scène. Comment ?

Le vocabulaire formel apparemment neutre et universalisant de l’abstraction (monochrome, aplat, géométrie, sérialité numérique) est combiné avec des représentations historiques et actuelles subversives ou fétichistes (revue de numéros, cabaret, spectacles de strip-tease, de drag et stand-up humoristique). Ces figures sont convoquées, avec une rigoureuse composition de couleur, de forme et de structure, afin de créer une série de tableaux vivants.

 

Comme au cabaret ?

Oui. Nous avons choisi cette forme parce qu’elle nous permet de parler directement au public, de créer un autre type de lien en abolissant le 4e mur. Elle permet également de faire exploser en vol cette opposition culture populaire / culture savante et de travailler la pièce comme un collage, en multipliant les approches, les durées, les régimes.

 

Que permet le rire qui est un des matériaux de ce duo complètement loufoque ?

Davantage que loufoque notre duo s’est plutôt aventuré dans une grande permissivité sans autocensure avec un souci aigu de la forme. Un humour un peu dada ou grotesque parfois.L’humour permet aussi de faire dérailler la pièce, il joue à tordre le sens et ses interprétations, habiter le trouble des images et les faire trembler.

 

– Propos recueillis par Francis Cossu,
avril 2023

 

→ Read this interview in English

 

 

Le Magazine du TNB

Latifa Laâbissi, artiste associée au TNB, parle de Cavaliers impurs, une production franco-allemande cocréée avec Antonia Baehr.

HYBRIDATION DES ESTHÉTIQUES

ENTRETIEN AVEC LATIFA LAÂBISSI

Publié le 06/10/2023

Latifa Laâbissi, artiste associée au TNB, parle de Cavaliers impurs, une production franco-allemande cocréée avec Antonia Baehr.

Comment situez-vous ce duo dans votre parcours ?

Depuis 5 ans, j’invite régulièrement des artistes à partager la scène à mes côtés sur des sujets en particulier. Une caractéristique essentielle de ces rencontres est la collaboration horizontale que nous installons. Elles donnent lieu à des créations qui mettent en valeur, imbriquent ou cannibalisent nos modes d’expressions, nos univers artistiques respectifs. En général, elles mettent l’accent sur l’entrée en relation, la curiosité, la recherche, la spéculation… Elles permettent aussi de mettre en jeu différentes approches méthodologiques comme l’accumulation, la polyphonie ou, ici, le montage.

 

Qui est Antonia Baehr, connue également sous le pseudonyme de Werner Hirsch ?

Antonia Baehr est une artistechorégraphe, performeuse et cinéaste allemande avec qui j’ai déjà créé Consul et Meshie et travaillé sur la vidéo Moving Backwards du duo d’artistes Pauline Boudry et Renate Lorenz, présentée au Pavillon suisse de la 58e Biennale de Venise. Elle collabore  souvent avec des partenaires dans des formes qui privilégient le changement de rôles hôte/invité. Elle s’intéresse notamment aux règles qu’une société (ou l’espace symbolique de la représentation au théâtre) assigne aux corps afin de les rendre compréhensibles et reconnaissables.

 

Alors que vos pièces, elles, déhiérarchisent les corps, les genres, les sources, atomisent l’opposition culture populaire / culture savante ?

Au moment où je me suis formée, il y avait une ligne franche entre la danse abstraite américaine et la danse expressionniste, allemande ou japonaise. Il fallait choisir son camp ! Ce que j’ai toujours refusé de faire. Bien au contraire, je cherche constamment à m’affranchir, à réconcilier les régimes performatifs et à transgresser les frontières entre disciplines. Je refuse les auto-assignations.

 

Ce refus, c’est ce que vous appelez la politique de l’Art ?

Oui. C’est une façon de s’autoriser à vraiment complexifier les sujets, à mettre en crise les questions plutôt que de chercher à les résoudre. Ce qui est vraiment difficile à notre époque de régime de simplification.

 

Votre pièce a comme point de départ les théories de l’abstraction queer. De quoi s’agit-il ?

Au cours de nos échanges avec Antonia, nous avons souvent évoqué les pratiques artistiques queer, féministes, migrantes, noires qui sont souvent associées à des stratégies de représentations politiques parce qu’elles s’opposent aux mécanismes d’exclusion de l’establishment. Revers de la médaille : ces visibilités permettent aussi la surveillance, le stéréotypage ou le marketing. A contrario, les artistes de ce mouvement la Queer Abstraction s’appuient sur des stratégies artistiques d’opacité, de camouflage, de disparition. Ils perturbent la visibilité et la lisibilité par le déguisement, le voilement, l’infiltration, le masque ou la fragmentation de la perception. Ils refusent d’être identifiés comme identité, genre, langue ou espèce.

 

2 théories opposées que vous mettez en présence sur scène. Comment ?

Le vocabulaire formel apparemment neutre et universalisant de l’abstraction (monochrome, aplat, géométrie, sérialité numérique) est combiné avec des représentations historiques et actuelles subversives ou fétichistes (revue de numéros, cabaret, spectacles de strip-tease, de drag et stand-up humoristique). Ces figures sont convoquées, avec une rigoureuse composition de couleur, de forme et de structure, afin de créer une série de tableaux vivants.

 

Comme au cabaret ?

Oui. Nous avons choisi cette forme parce qu’elle nous permet de parler directement au public, de créer un autre type de lien en abolissant le 4e mur. Elle permet également de faire exploser en vol cette opposition culture populaire / culture savante et de travailler la pièce comme un collage, en multipliant les approches, les durées, les régimes.

 

Que permet le rire qui est un des matériaux de ce duo complètement loufoque ?

Davantage que loufoque notre duo s’est plutôt aventuré dans une grande permissivité sans autocensure avec un souci aigu de la forme. Un humour un peu dada ou grotesque parfois.L’humour permet aussi de faire dérailler la pièce, il joue à tordre le sens et ses interprétations, habiter le trouble des images et les faire trembler.

 

– Propos recueillis par Francis Cossu,
avril 2023

 

→ Read this interview in English

 

 

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