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À PROPOS DE LA RECRÉATION DE "RED WATERS" (2022)

ENTRETIEN AVEC KEREN ANN ZEIDEL

Publié le 10/01/2022

 

Premier opéra du duo Lady & Bird, fondé par Keren Ann Zeidel et Barði Jóhannsson, Red Waters est une féérie mélancolique mise en scène par Arthur Nauzyciel et présentée du 28 janvier au 4 février à l'Opéra de Rennes.

Red Waters est créé dans une nouvelle version en 2022. La recréation d’un opéra n’est pas une démarche si courante dans le monde lyrique. En quoi le regard que vous aviez en 2011 différera-t-il en 2022 ? Avez-vous de nouvelles attentes artistiques ?

 

Lors de la création il y a 10 ans, nous connaissions bien le chœur et les solistes. J’avais déjà travaillé avec cette chorale, ce qui était un confort incroyable. Nous avions écrit les parties et la plupart des voix et des caractères, en fonction des personnes qui allaient incarner les rôles.

 

En revanche, pour cette recréation, çe sera un autre chœur, d’autres personnes qui vont incarner les personnages. Certes, dans l’équipe Damien Jalet, le chorégraphe, Arthur Nauzyciel, le metteur en scène, Barði Jóhannsson et moi seront présents comme il y a 10 ans, tout comme Riccardo Hernández pour la scénographie et Scott Zielinski pour la lumière. Il y a des choses qu’on a gardées mais chacun apporte un peu son évolution.

 

On recrée le spectacle avec d’autres voix, d’autres visages, d’autres ingrédients. Ça va être un défi, mais j’adore ce genre de défi qui crée de nouvelles frontières. Cette fois, il s’agit de la rencontre avec un chœur que je ne connaissais pas, l’emmener vers mon esthétique vocale, celle qui me plaît pour cet opéra. Je suis très excitée à l’idée d’avoir des contraintes et des frontières qui vont faire que créativement, on va pouvoir casser des choses pour trouver une zone de confort esthétique qui nous paraît juste pour cette production.

 

Justement par rapport à cette opportunité, est-ce que vous diriez que vous vous sentez plus libre ou bien plus attendue ?

 

Je ne me demande pas si je suis libre ou attendue. Je me sens toujours très libre. Je ne me sens jamais attendue. Je sens que j’ai un espace, des matériaux, des instruments, des voix, des caractères ou des éléments. Et à partir de là, il ne reste plus qu’à faire. Et ça, c’est tout ce que j’aime.

 

Que pouvez-vous dire sur votre rapport à la musique et à la musique classique ? Depuis que vous êtes artiste associée au TNB, vous collaborez avec l’Orchestre National de Bretagne. Est-ce que ce sont des choses qui vous nourrissent et vous apportent de nouvelles choses, par rapport au fait de refaire Red Waters 10 ans après ?

 

J’ai toujours aimé collaborer, mélanger. Le rock et le classique ont toujours une grande proximité dans mon rapport à la musique. J’ai d’ailleurs très souvent travaillé avec des instruments classiques. C’est totalement naturel. Red Waters contient des éléments rock, gothique mais aussi de musique de chambre. Je n’aime pas mettre les musiques dans des cases.

 

Cette histoire d’un village isolé, coupé du monde qui développe ses propres rituels. Le fait de reprendre cette histoire 10 ans après, alors qu’on traverse une crise écologique et sanitaire importante, qu’on a tous expérimenté un confinement généralisé. Est-ce que vous pensez que votre fable a pu être un peu visionnaire ?

 

Je ne sais pas si Red Waters était visionnaire, mais je pense qu’il était en avance par son processus de création. Il y a 10 ans, aller chercher des voix nordiques et les mêler à une énergie plus latine ne se faisait pas. À l’époque, on a essayé quelque chose de presque viking, mais aussi très fin, très fluide et très pur. Maintenant on va encore vers autre chose.


Votre rapport à la pratique vocale et à la voix d’opéra qui requiert une certaine spécificité, si vous pouviez en dire quelques mots ?
 

J’aimerais me dire que l’opéra ne veut pas forcément dire des voix lyriques, expressives et sportives. Il y a des choses sublimes bien entendu. Si je ramène le chant lyrique vers moi, j’ai plutôt envie d’explorer une certaine subtilité, une vulnérabilité qui sont moins exploitées peut-être dans l’opéra. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre la puissance de l’émotion sans la lier au volume sonore.

 

D’une manière plus générale, j’aimerais exploiter toutes les règles de l’opéra. Je pense Red Waters comme un tout, l’ensemble de nuances entre des voix, des instruments, des mouvements, une scénographie. C’est tout cet ensemble qui forme, pour moi, un orchestre. J’aimerais que cet ensemble d’harmonies puisse surélever le spectateur.

 

– Propos recueillis par l'équipe du TNB et Lilian Madelon,

Responsable du pôle communication et mécénat à l’Opéra de Rennes (octobre 2020)

 

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Premier opéra du duo Lady & Bird, fondé par Keren Ann Zeidel et Barði Jóhannsson, Red Waters est une féérie mélancolique mise en scène par Arthur Nauzyciel et présentée du 28 janvier au 4 février à l'Opéra de Rennes.

À PROPOS DE LA RECRÉATION DE "RED WATERS" (2022)

ENTRETIEN AVEC KEREN ANN ZEIDEL

Publié le 10/01/2022

 

Premier opéra du duo Lady & Bird, fondé par Keren Ann Zeidel et Barði Jóhannsson, Red Waters est une féérie mélancolique mise en scène par Arthur Nauzyciel et présentée du 28 janvier au 4 février à l'Opéra de Rennes.

Red Waters est créé dans une nouvelle version en 2022. La recréation d’un opéra n’est pas une démarche si courante dans le monde lyrique. En quoi le regard que vous aviez en 2011 différera-t-il en 2022 ? Avez-vous de nouvelles attentes artistiques ?

 

Lors de la création il y a 10 ans, nous connaissions bien le chœur et les solistes. J’avais déjà travaillé avec cette chorale, ce qui était un confort incroyable. Nous avions écrit les parties et la plupart des voix et des caractères, en fonction des personnes qui allaient incarner les rôles.

 

En revanche, pour cette recréation, çe sera un autre chœur, d’autres personnes qui vont incarner les personnages. Certes, dans l’équipe Damien Jalet, le chorégraphe, Arthur Nauzyciel, le metteur en scène, Barði Jóhannsson et moi seront présents comme il y a 10 ans, tout comme Riccardo Hernández pour la scénographie et Scott Zielinski pour la lumière. Il y a des choses qu’on a gardées mais chacun apporte un peu son évolution.

 

On recrée le spectacle avec d’autres voix, d’autres visages, d’autres ingrédients. Ça va être un défi, mais j’adore ce genre de défi qui crée de nouvelles frontières. Cette fois, il s’agit de la rencontre avec un chœur que je ne connaissais pas, l’emmener vers mon esthétique vocale, celle qui me plaît pour cet opéra. Je suis très excitée à l’idée d’avoir des contraintes et des frontières qui vont faire que créativement, on va pouvoir casser des choses pour trouver une zone de confort esthétique qui nous paraît juste pour cette production.

 

Justement par rapport à cette opportunité, est-ce que vous diriez que vous vous sentez plus libre ou bien plus attendue ?

 

Je ne me demande pas si je suis libre ou attendue. Je me sens toujours très libre. Je ne me sens jamais attendue. Je sens que j’ai un espace, des matériaux, des instruments, des voix, des caractères ou des éléments. Et à partir de là, il ne reste plus qu’à faire. Et ça, c’est tout ce que j’aime.

 

Que pouvez-vous dire sur votre rapport à la musique et à la musique classique ? Depuis que vous êtes artiste associée au TNB, vous collaborez avec l’Orchestre National de Bretagne. Est-ce que ce sont des choses qui vous nourrissent et vous apportent de nouvelles choses, par rapport au fait de refaire Red Waters 10 ans après ?

 

J’ai toujours aimé collaborer, mélanger. Le rock et le classique ont toujours une grande proximité dans mon rapport à la musique. J’ai d’ailleurs très souvent travaillé avec des instruments classiques. C’est totalement naturel. Red Waters contient des éléments rock, gothique mais aussi de musique de chambre. Je n’aime pas mettre les musiques dans des cases.

 

Cette histoire d’un village isolé, coupé du monde qui développe ses propres rituels. Le fait de reprendre cette histoire 10 ans après, alors qu’on traverse une crise écologique et sanitaire importante, qu’on a tous expérimenté un confinement généralisé. Est-ce que vous pensez que votre fable a pu être un peu visionnaire ?

 

Je ne sais pas si Red Waters était visionnaire, mais je pense qu’il était en avance par son processus de création. Il y a 10 ans, aller chercher des voix nordiques et les mêler à une énergie plus latine ne se faisait pas. À l’époque, on a essayé quelque chose de presque viking, mais aussi très fin, très fluide et très pur. Maintenant on va encore vers autre chose.


Votre rapport à la pratique vocale et à la voix d’opéra qui requiert une certaine spécificité, si vous pouviez en dire quelques mots ?
 

J’aimerais me dire que l’opéra ne veut pas forcément dire des voix lyriques, expressives et sportives. Il y a des choses sublimes bien entendu. Si je ramène le chant lyrique vers moi, j’ai plutôt envie d’explorer une certaine subtilité, une vulnérabilité qui sont moins exploitées peut-être dans l’opéra. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre la puissance de l’émotion sans la lier au volume sonore.

 

D’une manière plus générale, j’aimerais exploiter toutes les règles de l’opéra. Je pense Red Waters comme un tout, l’ensemble de nuances entre des voix, des instruments, des mouvements, une scénographie. C’est tout cet ensemble qui forme, pour moi, un orchestre. J’aimerais que cet ensemble d’harmonies puisse surélever le spectateur.

 

– Propos recueillis par l'équipe du TNB et Lilian Madelon,

Responsable du pôle communication et mécénat à l’Opéra de Rennes (octobre 2020)

 

EN ÉCHO

artiste associée

KEREN ANN ZEIDEL & BARÐI JÓHANNSSON / ARTHUR NAUZYCIEL / DAMIEN JALET

RED WATERS

Production en partenariat avec l'Opéra de Rennes et l'Orchestre National de Bretagne Dans le cadre de Waterproof, plongez dans la danse ! Dans un ...
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MUSICIENNE

KEREN ANN ZEIDEL

Elle et il écrivent ensemble en 2001 Chambre avec vue pour Henri Salvador. Elle mène depuis une carrière internationale, enregistre 7 albums et a été ...
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