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PAR PATRICIA ALLIO

À PROPOS DE "PARADIS PERDU"

Publié le 05/01/2023

 

Paradis perdu est une création de Patricia Allio, artiste associée au TNB, pour le projet Une saison à l'École, monté avec la promotion 11. Ce spectacle est à découvrir au TNB de janvier à juin 2023.

Ça fait 20 ans que le fait divers de la famille Cartier a eu lieu et ça fait 10 ans que cette histoire me hante, c’est le début de la pièce que nous travaillons ensemble depuis quelques semaines.

 

Ce drame du surendettement a causé la mort d’une enfante. Les parents qui ont commis cet infanticide pensaient qu’ils partaient ensemble pour un monde meilleur, qu’enfin délivré·es de leurs dettes elles et ils se retrouveraient au Paradis. Fantôme et obsession, c’est souvent par là que ça commence. Je travaille toujours à partir de ce qui insiste, fait retour. Reprise et répétitions. Se saisir des mouvements de la pensée qui prend corps dans d’autres corps. Creuser. Devenir, seul ou à plusieurs, chambre à échos, échos du monde et des voix disparues.

 

Depuis quelques jours, sous les toits du TNB, nous inventons une forme d’écholalie écorchée où résonnent les voix des victimes du capitalisme, des insurgé·es, des manifestant·es criant des slogans, de Bernard Stiegler. Et puis bien sûr est convoqué le fantôme de l’enfante morte, elle sans voix : n’est-elle pas la raison pour laquelle nous sommes réuni·es ? Si les voix des disparues prennent corps et renaissent, les silences ne peuvent-ils pas eux aussi prendre place dans notre chœur et dans nos corps ?

 

Une immense fatigue, un grand désespoir s’est abattu sur nous. La criminalisation grandissante de nos luttes révèle la violence de l’opposition et la détermination de l’ennemi. Nous devons penser nos ratages et panser nos plaies. Et si le théâtre était ce lieu où le renversement devenait possible ? De quel renversement je parle ? Celui que nous allons inventer ensemble, à la lisière de la mélancolie révolutionnaire et du romantisme de la révolte.

 

Ensemble, on regarde notre époque depuis les années 2000. À travers ce drame, on ausculte les effets mortifères du capitalisme, non pour les dénoncer, mais pour endosser la douleur qu’ils génèrent et tenter ensemble, grâce au théâtre, de la soulever. Je nous propose de traverser le ravage et de ne pas rester indemne. De cette énergie du soulèvement, qui sait ce qui peut advenir ? Ici et maintenant, mais aussi demain ?

 

Je vous propose d’aller chercher en vous l’énergie de la révolte, de traverser ce qui en nous en vous et dans l’époque nous empêche d’y accéder. Avec vous toutes et tous, je poursuis ma recherche d’un théâtre insurrectionnel et démocratique où l’utopie n’est plus à venir mais l’enjeu d’un présent partagé, grâce à la puissance de la scène, où quelque chose peut advenir. Et ce qui advient, c’est la co-fragilité : c’est ce socle mouvant et émouvant que je cherche à construire à plusieurs. Lorsqu’il advient, il est contagieux, et celles et ceux qui assistent, regardent, écoutent, communient, se fissurent.

 

La magie de la scène, c’est de faire surgir pour la première fois une sensation, une émotion, une pensée ensemble. Depuis toujours, la scène m’a semblé être cet espace temps de manifestation au service de nos métamorphoses intimes et collectives. L’écholalie que nous construisons repose sur l’exploration du pouvoir performatif de la parole et de ses potentialité insurrectionnelles. Je crois, et voudrais que vous croyez à votre tour, que la parole est agissante, efficiente, à condition d’être animée. Et si notre première tâche était de nous réaffecter ?

 

Nous nous sommes d’abord rencontré·es en parlant d’amour. Nous avons partagé des lectures de textes amoureux. Nous avons bégayé chanté murmuré pleuré. Nous nous sommes beaucoup regardé·es. Jusqu’à être transpercé·es par le regard de l’autre. Une trouée de l’infini en soi. Je pressentais qu’au cœur de ce travail sur l’amour se logeait l’obsession de la rencontre, celle qui advient sur une scène de théâtre et dans une salle de théâtre : la rencontre des corps, de nos vulnérabilités, à l’aune de l’inconnu et du présent qui l’exprime. C’est dans cet horizon de la co-présence et de la fragilité que notre recherche s’inscrit. Un horizon doux et lumineux. Un paradis perdu réinventé ?

 

« le chœur s’est transformé
les corps prennent soin les uns des autres
les corps se cherchent s’appuient les uns sur les autres
iels se regardent s’approchent et se cherchent en silence
iels se lovent se cherchent se blottissent
ce chœur ressemble plus à un troupeau laineux dans une bergerie qu’à un groupe d’humaines
un chœur tendre sensuel chaud
peau contre peau
cheveux contre cheveux
des corps serrés les uns contre les autres
des corps huilés luisant dans la nuit
l’huile brille dans la lumière chaude
des corps luisants noir et jaunes
des salamandres
le paradis perdu réinventé
l’âge d’or de Cranach retraversé »

– Patricia Allio, décembre 2022

 

Le Magazine du TNB

 

Paradis perdu est une création de Patricia Allio, artiste associée au TNB, pour le projet Une saison à l'École, monté avec la promotion 11. Ce spectacle est à découvrir au TNB de janvier à juin 2023.

PAR PATRICIA ALLIO

À PROPOS DE "PARADIS PERDU"

Publié le 05/01/2023

 

Paradis perdu est une création de Patricia Allio, artiste associée au TNB, pour le projet Une saison à l'École, monté avec la promotion 11. Ce spectacle est à découvrir au TNB de janvier à juin 2023.

Ça fait 20 ans que le fait divers de la famille Cartier a eu lieu et ça fait 10 ans que cette histoire me hante, c’est le début de la pièce que nous travaillons ensemble depuis quelques semaines.

 

Ce drame du surendettement a causé la mort d’une enfante. Les parents qui ont commis cet infanticide pensaient qu’ils partaient ensemble pour un monde meilleur, qu’enfin délivré·es de leurs dettes elles et ils se retrouveraient au Paradis. Fantôme et obsession, c’est souvent par là que ça commence. Je travaille toujours à partir de ce qui insiste, fait retour. Reprise et répétitions. Se saisir des mouvements de la pensée qui prend corps dans d’autres corps. Creuser. Devenir, seul ou à plusieurs, chambre à échos, échos du monde et des voix disparues.

 

Depuis quelques jours, sous les toits du TNB, nous inventons une forme d’écholalie écorchée où résonnent les voix des victimes du capitalisme, des insurgé·es, des manifestant·es criant des slogans, de Bernard Stiegler. Et puis bien sûr est convoqué le fantôme de l’enfante morte, elle sans voix : n’est-elle pas la raison pour laquelle nous sommes réuni·es ? Si les voix des disparues prennent corps et renaissent, les silences ne peuvent-ils pas eux aussi prendre place dans notre chœur et dans nos corps ?

 

Une immense fatigue, un grand désespoir s’est abattu sur nous. La criminalisation grandissante de nos luttes révèle la violence de l’opposition et la détermination de l’ennemi. Nous devons penser nos ratages et panser nos plaies. Et si le théâtre était ce lieu où le renversement devenait possible ? De quel renversement je parle ? Celui que nous allons inventer ensemble, à la lisière de la mélancolie révolutionnaire et du romantisme de la révolte.

 

Ensemble, on regarde notre époque depuis les années 2000. À travers ce drame, on ausculte les effets mortifères du capitalisme, non pour les dénoncer, mais pour endosser la douleur qu’ils génèrent et tenter ensemble, grâce au théâtre, de la soulever. Je nous propose de traverser le ravage et de ne pas rester indemne. De cette énergie du soulèvement, qui sait ce qui peut advenir ? Ici et maintenant, mais aussi demain ?

 

Je vous propose d’aller chercher en vous l’énergie de la révolte, de traverser ce qui en nous en vous et dans l’époque nous empêche d’y accéder. Avec vous toutes et tous, je poursuis ma recherche d’un théâtre insurrectionnel et démocratique où l’utopie n’est plus à venir mais l’enjeu d’un présent partagé, grâce à la puissance de la scène, où quelque chose peut advenir. Et ce qui advient, c’est la co-fragilité : c’est ce socle mouvant et émouvant que je cherche à construire à plusieurs. Lorsqu’il advient, il est contagieux, et celles et ceux qui assistent, regardent, écoutent, communient, se fissurent.

 

La magie de la scène, c’est de faire surgir pour la première fois une sensation, une émotion, une pensée ensemble. Depuis toujours, la scène m’a semblé être cet espace temps de manifestation au service de nos métamorphoses intimes et collectives. L’écholalie que nous construisons repose sur l’exploration du pouvoir performatif de la parole et de ses potentialité insurrectionnelles. Je crois, et voudrais que vous croyez à votre tour, que la parole est agissante, efficiente, à condition d’être animée. Et si notre première tâche était de nous réaffecter ?

 

Nous nous sommes d’abord rencontré·es en parlant d’amour. Nous avons partagé des lectures de textes amoureux. Nous avons bégayé chanté murmuré pleuré. Nous nous sommes beaucoup regardé·es. Jusqu’à être transpercé·es par le regard de l’autre. Une trouée de l’infini en soi. Je pressentais qu’au cœur de ce travail sur l’amour se logeait l’obsession de la rencontre, celle qui advient sur une scène de théâtre et dans une salle de théâtre : la rencontre des corps, de nos vulnérabilités, à l’aune de l’inconnu et du présent qui l’exprime. C’est dans cet horizon de la co-présence et de la fragilité que notre recherche s’inscrit. Un horizon doux et lumineux. Un paradis perdu réinventé ?

 

« le chœur s’est transformé
les corps prennent soin les uns des autres
les corps se cherchent s’appuient les uns sur les autres
iels se regardent s’approchent et se cherchent en silence
iels se lovent se cherchent se blottissent
ce chœur ressemble plus à un troupeau laineux dans une bergerie qu’à un groupe d’humaines
un chœur tendre sensuel chaud
peau contre peau
cheveux contre cheveux
des corps serrés les uns contre les autres
des corps huilés luisant dans la nuit
l’huile brille dans la lumière chaude
des corps luisants noir et jaunes
des salamandres
le paradis perdu réinventé
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– Patricia Allio, décembre 2022

 

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