CLAUDE RÉGY

CLAUDE RÉGY

DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA VIE

"C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès du metteur en scène Claude Régy. Sa disparition va créer un immense vide dans le monde du théâtre, des arts et de la pensée. Il aura également marqué l'histoire du TNB, où il a travaillé régulièrement à l'École et présenté plusieurs spectacles, dont son dernier, Rêve et folie, lors de la première édition du Festival TNB en 2017. Nos pensées vont vers son compagnon, ses amis et fidèles compagnons de routes."

— Arthur Nauzyciel

 

« On ne peut pas regarder la vie en face sans voir la mort apparaître » écrivait Claude Régy, dans Du régal pour les vautours, son dernier livre paru aux éditions les Solitaires Intempestifs. Depuis cette mort qui l’a rattrapée dans la nuit du 25 au 26 décembre 2019 à l’âge de 96 ans, enlevant à notre affection et à notre respect son talent, son intégrité et son exigence, Claude voit sans doute la vie depuis l’autre berge d’une rive qu’il a, cette fois, définitivement franchie.

 

Suivant un chemin artistique exemplaire, cet artiste irremplaçable, inlassable défricheur des écritures contemporaines, avait pris l’habitude de  nous entrainer de part et d’autre du gué séparant le royaume des spectres du monde des vivants. Traquant les vides plutôt que les trop pleins, préférant les silences aux vaines paroles,  aimant les ombres bien plus que la lumière, il laisse derrière lui des spectacles qu’on ne saurait réduire au théâtre.

 

Expériences spirituelles, traversées intérieures, méditations intimes : chacune des représentations qu’il a signée et offerte en partage au public était l’occasion d’une plongée en soi, l’oreille tendue vers les mots des auteurs, l’œil à l’affut des acteurs passeurs.

 

Ces acteurs prêtaient leurs corps aux obscurités des plateaux dont il était maître et orfèvre. Leurs gestes ralentis jusqu’à la fixité, leurs voix surgies d’on ne sait quel néant, ils épousaient la matière des mots, révélaient les abysses cachés entre ces mots et faisaient de la sorte jaillir la pensée même des écrivains à leur table de travail. On ne peut les citer tous. Mais, tout de même, de Axel Bogousslavsky à Yann Boudaud, de Jean-Quentin Châtelain à Valérie Dréville, de Marcial di Fonzo Bo à Bénédicte le Lamer sans oublier Laurent Cazanave, Gérard Depardieu, Hugues Quester, Isabelle Huppert, Redjep Mitrovitsa, Bulle Ogier, tous ont marqué les scènes d’une empreinte indélébile.

 

Claude Régy était un fidèle de Rennes. Présent à plusieurs reprises au Théâtre National de Bretagne où il a enseigné à l’École, il a présenté ici nombre de ses spectacles, jusqu’au dernier, Rêve et folie de Georg Trakl, dont la tournée s’est achevée dans nos murs, en novembre 2017. Ultime tour de piste dont on savait (car il nous l’avait dit) qu’il serait suivi du silence.

 

Après cela, Claude s’est retiré du théâtre. Puis du monde. Nous laissant orphelins, désemparés, inquiets de ces jours à venir où il ne sera plus, lui dont les colères, les rires, le refus admirable de toute complaisance étaient la plus fiable des boussoles pour garder notre cap vers l’art.

— Joëlle Gayot

 

► (Ré)Écoutez l'émission HORS-CHAMPS de Laure Adler, consacrée à Claude Régy

 

 

► (Ré)Écoutez l'émission UNE SAISON AU THÉÂTRE de Joëlle Gayot, dernière interview radio de Claude Régy.

 

 

Photographie © Alexandre Barry