LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT

R.W. FASSBINDER / ARTHUR NAUZYCIEL

« Je crois que l’être humain est ainsi fait, il a besoin de l’autre mais… il n’a pas appris à être deux. » 
 – Les Larmes amères de Petra Von Kant

Théâtre

Durée 1h30

Spectacle en slovène 
surtitré en français

 

Petra von Kant est une créatrice de mode reconnue et une femme chez qui la maturité n’est pas gage de sérénité. Lorsqu’elle accueille chez elle une jeune fille, Karin, elle lui ouvre non seulement les portes de la réussite sociale mais aussi celles de son cœur, nouant ses propres excès aux exigences de son amante.

 

Mettant en scène cette pièce de l’auteur et cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder, Arthur Nauzyciel esquive les clichés qui lui collent trop souvent à la peau pour leur préférer un dévoilement à pas lent des strates souterraines qui palpitent sous l’anecdote. En fond de scène, une image géante change de couleur à chaque acte. Rouge, orange, verte, rose, jaune, cette toile de fond sursaturée est à l’image des monochromes warholiens : pop, énigmatique et sidérante. Elle impose aux regards du public le visage de l’actrice qui interprète Petra, Helena Peršuh. Visage fascinant, irréel, dans lequel on se perd et s’absorbe comme Petra, qui s’enfonce dans le cauchemar, se dissout dans le fantasme, se précipite dans la passion pour y trouver, peut-être, une nouvelle source d’inspiration.

 

Car au fond la pièce parle de cela : est-ce la vie qui fait l’art ou l’art qui fait la vie ? Cette question que pose Arthur Nauzyciel traverse la représentation. Elle est une parmi d’autres. Tout en suivant le fil mouvant où réel et fiction s’entremêlent, le metteur en scène emporte le drame vers une plus ample perspective. Il l’insère dans la grande histoire. Le relie aux destins successifs d’une Allemagne à trois facettes. Celle de la mère de Petra, l’Allemagne nazie, celle de Petra elle-même, l’Allemagne d’après-guerre et ses désirs de reconstruction, celle enfin de Karin, c’est-à-dire l’Allemagne d’aujourd’hui, libérale, conquérante. C’est dire si dans l’amour entre les deux femmes se rejouent et se réactivent des enjeux qui les dépassent et qui ont à voir avec des mécanismes sociaux, économiques et politiques.

 

Fassbinder n’était pas un auteur de romans de gare mais un observateur lucide des duretés de son époque. Le spectacle qu’a créé Arthur Nauzyciel à Ljubljana en Slovénie et qui est présenté au CDN Orléans/Loiret/Centre, en slovène surtitré en français, n’est pas une comédie désinvolte. Si l’extrême élégance des six actrices, habillées par le créateur de mode Gaspard Yurkievich, et la sensualité du décor de Riccardo Hernandez mis en lumière par Scott Zielinski, plongent le spectateur dans une irrépressible expérience sensorielle, il reste qu’une âpreté est là, corrosive, tenace. Elle a à voir avec l’amertume des larmes de Petra von Kant.

Durée 1h30

Spectacle en slovène 
surtitré en français

 

​Texte 
RAINER WERNER FASSBINDER  
Mise en scène 
ARTHUR NAUZYCIEL
Décor 
RICCARDO HERNANDEZ
Lumières
SCOTT ZIELINSKI
Costumes
GASPARD YURKIEVICH
Maquiilage
EMPERA SON BENO GEC
Assistant à la mise en scène
JUS A. ZIDAR
Assistant décor
TINE TRIBUSON
Traducteur
LADO KRALJ
Consultante pour la langue slovène
LAURA BRATASEVEC

Avec 
ARNA HADZIALJEVIC
MEDEA NOVAK
HELENA PERSUH
URSKA TAUFER
VESNA VONCINA
MILENA ZUPANCIC

 

Production / Mini teater, Slovene National Theatre Nova Gorica, City Theatre Ptuj, CDN Orléans/Loiret/Centre 
Avec le soutien de l’Institut français de Slovénie
 

Les Larmes amères de Petra Von Kant est publié chez L’Arche.