Portrait du TNB

LES 70 ANS DES CDN

Un Centre Dramatique National

La mission première d'un Centre Dramtique National est la création théâtrale. Créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il en existe aujourd'hui une trentaine en France. Mis au service du projet de décentralisation dramatique et de démocratisation culturelle imaginé par Jean Zay, impulsé par Jeanne Laurent puis André Malraux, ils sont les piliers de la politique culturelle hexagonale qui continue de défendre l'idée que l'art, la culture et le théâtre doivent répondre à une mission de service public, c'est-à-dire proposer une offre artistique de qualité et accessible à tous sur l'ensemble du territoire natinal.

La direction des Centres Dramatiques Nationaux (CDN) est confiée à des metteurs en scène afin d'y conduire un projet artistique sur la durée, ancré sur un territoire et partagé avec le public. Centrés sur la création, l'écriture contemporaine, les mises en scène innovantes, les accueils de grands spectacles français et étrangers, l'accompagnement des jeunes créateurs, des compagnies et du public, les CDN sont aujourd'hui uniques au monde et réunissent plus d'un million de spectateurs chaque saison. 

– Arthur Nauzyciel

PARTAGER TRANSMETTRE RENCONTRER

Bienvenue

Nommer un artiste à la tête d’un théâtre tel que le TNB, c’est lui permettre de conforter librement sa démarche de manière pérenne sur un territoire. Il partage cet outil avec d’autres qu’il invite, produit, soutient, fait découvrir. C’est défendre un théâtre d’Art, un projet artistique spécifique. Nous sommes ainsi les courroies de transmission entre les spectacles, les artistes qui les signent et le public. Les spectacles que nous proposons reflètent cet engagement artistique. Au cœur de ce projet, il y a la volonté d’ouvrir le TNB à tous les publics, de créer des liens avec d’autres institutions de Rennes et de la région. Le TNB doit être synchronisé sur le pouls de cette ville et de sa métropole, caisse de résonance de cette énergie créative et des valeurs qui lui sont propres : le débat intellectuel, les valeurs de la République, l’ouverture vers l’Autre, la recherche, l’innovation. Il y a le désir de défendre un théâtre d’art, exigeant et accessible, qui conjugue des missions de création, de production et de formation, un théâtre d’art qui s’appuie sur le texte et la langue dans la conscience des enjeux esthétiques de son temps. Un théâtre de la parole, réparatrice et nécessaire. Un théâtre qui se nourrit des autres arts et les influence en retour, ouvert sur le monde, et où la création est au coeur d’une synergie dynamique qui l’inscrit profondément dans une ville et dans la vie des spectateurs.

 

N’ayant jamais joué à Rennes, j’ai souhaité, pour cette première saison, vous présenter trois de mes créations, afin de partager avec vous des histoires de vie et de théâtre importantes dans mon parcours : Julius Caesar de Shakespeare, créé en 2008 à Boston, avec des acteurs américains. J’y ai noué des complicités artistiques essentielles avec des acteurs et des collaborateurs que j’ai retrouvés régulièrement depuis. Et L’Empire des lumières, créé la saison passée à Séoul, qui me menait vers de nouveaux territoires artistiques, et enfin Jan Karski (mon nom est une fiction), créé en 2011 pour l’ouverture du Festival d’Avignon.

 

Le monde est présent sur la scène et regarde la salle. Nos spectacles et nos équipes doivent rendre compte de la diversité de ce monde pour que les spectateurs puissent s’y reconnaître. Dans un théâtre ouvert à l’international et où une jeune génération peut être révélée, la saison ne doit pas être un catalogue de spectacles mais un ensemble de propositions qui témoignent de l’extraordinaire diversité du théâtre public et qui font sens les unes par rapport aux autres. Cette programmation pluridisciplinaire sera incarnée par une association d’artistes. Issus du théâtre et de la danse, plasticiens, performeurs, musiciens, écrivains, ils constituent une communauté humaine dont le regard, le travail, le talent, nous aideront à déplacer le TNB vers de nouveaux territoires – imaginaires, artistiques et géographiques. Leur présence au théâtre ou hors de ses murs, viendra irriguer et donner corps à ce projet.

 

Elle est formée des metteurs en scène Jean-Pierre Baro, Julie Duclos, Vincent Macaigne, Guillaume Vincent, des chorégraphes Damien Jalet, Sidi Larbi Cherkaoui, Gisèle Vienne, des performeurs Mohamed El Khatib, Phia Ménard, des écrivains Marie Darrieussecq, Yannick Haenel, des plasticiens Valérie Mréjen, M/M (Paris), Xavier Veilhan, des musiciens Albin de la Simone, Keren Ann.

 

J’espère ainsi décloisonner les disciplines, vous inviter à circuler de l’une à l’autre, et témoigner de la fluidité des expressions artistiques. Le Cinéma y aura sa place, faisant partie intégrante de la programmation. Nous chercherons toujours un spectateur engagé, plutôt qu’un consommateur. Et ce que nous lui devons : le meilleur de la production artistique actuelle, française et internationale, et la découverte, en pariant sur sa curiosité. Au-delà des créations, un théâtre doit être le lieu d’une synergie qui implique d’autres acteurs culturels. Le théâtre est un art qui s’inscrit dans la vie des gens et dans la communauté. Le TNB doit appartenir à tous et à chacun. À l’image de l’École en son sein, le TNB doit devenir un lieu de transmission, de rencontres et de confrontations. Autour de notre art, mais aussi à propos des questions que viendront soulever nos créations. C’est le sens du cycle intitulé « Rencontrer l’histoire » proposé par Patrick Boucheron.

 

Ainsi, ensemble, permanents et intermittents du TNB, artistes, techniciens et publics, pourront retrouver les racines et les fondements du théâtre, les réinterroger dans le monde et le temps qui sont les nôtres, et, je l’espère, inscrire quelque chose qui comptera sur ce territoire et dans l’histoire à venir du TNB. À l’heure où la violence du monde nous accable, nous pourrons nous ressourcer et reprendre des forces dans un lieu de vie, de respect, d’intelligence et de sensibilité, car le théâtre reste l’un des rares lieux où les gens se retrouvent réunis ensemble autour d’un rêve commun, et non d’un ennemi commun.

 

Nous appellerons cette première saison « Nous sommes séparés » et les spectacles qui la composent s’en font l’écho.
Frontières, fractures, divisions, murs, traversent des fictions et des récits que chaque création tente de réparer. 

 

– Arthur Nauzyciel