4 QUESTIONS À JEAN-FRANÇOIS AUGUSTE

4 QUESTIONS À JEAN-FRANÇOIS AUGUSTE

CO-METTEUR EN SCÈNE D'OPÉRETTE

Comment s’est passée la rencontre entre les jeunes comédien·ne·s de l’École du TNB et les acteur·rice·s en situation de handicap de Catalyse ?

 

Arthur Nauzyciel, directeur du TNB et de son École, a proposé que pendant la formation des élèves de la première promotion de l’école, des stages et des ateliers aient lieu avec les acteurs·rices de Catalyse. Depuis 3 ans, nous venons plusieurs fois par an dans l’École. La rencontre a permis aux élèves de se confronter à une autre présence au plateau, un autre type de jeu et un autre rapport au texte.

 

Qu’est-ce qui ressort de ces confrontations ?

 

Les élèves ont réalisé que les acteurs·rices  de Catalyse ont une présence immédiate au plateau. Elles et ils sont dans l’organique. Leur corps et leurs voix font que le texte s’entend tout de suite, sans avoir à passer par des dédales analytiques. Quelque chose se passe immédiatement. Le travail que nous menons avec Madeleine Louarn est, ensuite, un travail de sculpture. Par ailleurs, les interprètes de Catalyse ne sont pas empêtré·e·s dans la question de leur image, ce qui peut guetter les jeunes comédien·ne·s.  

 

Pourquoi ce choix de Gombrowicz et de sa pièce, Opérette ?

 

Pour des raisons de distribution : il y a beaucoup de personnages dans le texte, ce qui permet d’employer toute la troupe (20 jeunes comédien·ne·s du TNB et 6 acteurs·rice·s de Catalyse). De plus la plupart des comédien·ne·s du TNB sont musicien·ne·s ou chanteur·euse·s et l’œuvre de Gombrowicz fera entendre l’étendue de leurs talents. Enfin, cette pièce parle des questions de représentation (il y a des valets, des bourgeois, des seigneurs). Elle évoque le rapport que chacun a à son image, les représentations qu’on propose de soi dans la société et qui signalent d’emblée un rang ou une classe sociale. Ces inscriptions créent des stigmates. Or, avec Catalyse, on peut faire sauter ces stigmates. Et rejoindre le propos de Gombrowicz lorsqu’il écrit « Jeunesse à jamais nue. »

 

Qu’a permis le temps long de la résidence au TNB où vous travaillez activement depuis fin août ?

 

Un lien s’est vraiment créé entre les élèves et la troupe Catalyse, qui a déplacé tout le monde. Nous avions établi des binômes : un·e jeune du TNB avec un·e membre de Catalyse. Nous n’avons cessé de changer ces binômes selon les ateliers. Les élèves ont compris que chaque interprète de Catalyse travaille différemment. Et réalisé, dans la foulée, que pour atteindre un résultat, les chemins de pensées sont toujours différents. Il n’y a pas de recette toute faite de jeu. Il faut, tout le temps, procéder de manière empirique pour accéder à une œuvre ou une écriture. Pour un·e jeune élève, qui a peur d’échouer, c’est rassurant. ça leur enseigne la patience. Les comédien·ne·s de Catalyse savent attendre, elles et ils acceptent qu’une maturation ait lieu. Se tromper, tâtonner, ce n’est pas grave, surtout lorsqu’on est élève dans une école. Quant aux acteur·rice·s de Catalyse, qui jouent souvent uniquement entre elles et eux, cette rencontre leur a fait réaliser qu’elles et ils peuvent aussi jouer avec d’autres. C’est au fond des rencontres d’artistes à artistes, sans différence sur le plateau, dans une adéquation qui excède la différence. Le prisme par lequel entrera le public dans la représentation, c’est le texte de Gombrowicz, et lui seul.
 

— Propos recueillis par Joëlle Gayot, septembre 2020

Photo © Nicolas Joubard