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© Riccardo Hernandez

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Création 2015

LES LARMES AMÈRES DE PETRA VON KANT

de R.W. FASSBINDER
mise en scène ARTHUR NAUZYCIEL

« Je crois que l’être humain est ainsi fait,
il a besoin de l’autre mais… il n’a pas appris à être deux. » 
Les Larmes amères de Petra Von Kant

Avec Arna Hadzialjevic ; Medea Novak ; Helena Peršuh ; Urška Taufer ; Vesna Voncina ; Milena Zupancic Texte Rainer Werner Fassbinder mise en scène Arthur Nauzyciel décor Riccardo Hernandez lumières Scott Zielinski ; costumes Gaspard Yurkievich Maquillage Empera Son Beno Gec assistant à la mise en scène Juš A. Zidar assistant décor Tine Tribuson Traducteur Lado Kralj consultante pour la langue slovène Laura Brataševec Production Mini teater, Slovene National Theatre Nova Gorica, City Theatre Ptuj, CDN Orléans/Loiret/Centre
Avec le soutien de l’Institut français de Slovénie

Les Larmes amères de Petra Von Kant est publié chez L’Arche.


LA PIÈCE

Petra von Kant est une créatrice de mode reconnue et une femme chez qui la maturité n’est pas gage de sérénité. Lorsqu’elle accueille chez elle une jeune fille, Karin, elle lui ouvre non seulement les portes de la réussite sociale mais aussi celles de son cœur, nouant ses propres excès aux exigences de son amante.

Mettant en scène cette pièce de l’auteur et cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder, Arthur Nauzyciel esquive les clichés qui lui collent trop souvent à la peau pour leur préférer un dévoilement à pas lent des strates souterraines qui palpitent sous l’anecdote. En fond de scène, une image géante change de couleur à chaque acte. Rouge, orange, verte, rose, jaune, cette toile de fond sursaturée est à l’image des monochromes warholiens : pop, énigmatique et sidérante. Elle impose aux regards du public le visage de l’actrice qui interprète Petra, Helena Peršuh. Visage fascinant, irréel, dans lequel on se perd et s’absorbe comme Petra, qui s’enfonce dans le cauchemar, se dissout dans le fantasme, se précipite dans la passion pour y trouver, peut-être, une nouvelle source d’inspiration.

Car au fond la pièce parle de cela : est-ce la vie qui fait l’art ou l’art qui fait la vie ? Cette question que pose Arthur Nauzyciel traverse la représentation. Elle est une parmi d’autres. Tout en suivant le fil mouvant où réel et fiction s’entremêlent, le metteur en scène emporte le drame vers une plus ample perspective. Il l’insère dans la grande histoire. Le relie aux destins successifs d’une Allemagne à trois facettes. Celle de la mère de Petra, l’Allemagne nazie, celle de Petra elle-même, l’Allemagne d’après-guerre et ses désirs de reconstruction, celle enfin de Karin, c’est-à-dire l’Allemagne d’aujourd’hui, libérale, conquérante. C’est dire si dans l’amour entre les deux femmes se rejouent et se réactivent des enjeux qui les dépassent et qui ont à voir avec des mécanismes sociaux, économiques et politiques.

Fassbinder n’était pas un auteur de romans de gare mais un observateur lucide des duretés de son époque. Le spectacle qu’a créé Arthur Nauzyciel à Ljubljana en Slovénie et qui est présenté au CDN Orléans/Loiret/Centre, en slovène surtitré en français, n’est pas une comédie désinvolte. Si l’extrême élégance des six actrices, habillées par le créateur de mode Gaspard Yurkievich, et la sensualité du décor de Riccardo Hernandez mis en lumière par Scott Zielinski, plongent le spectateur dans une irrépressible expérience sensorielle, il reste qu’une âpreté est là, corrosive, tenace. Elle a à voir avec l’amertume des larmes de Petra von Kant.

Spectacle en slovène surtitré en français
DURÉE 1H30