TNB

Création 1999

LE MALADE IMAGINAIRE OU LE SILENCE DE MOLIÈRE

de MOLIÈRE et GIOVANNI MACCHIA
mise en scène ARTHUR NAUZYCIEL

Réunir le Silence de Molière et le Malade imaginaire.

« Ce silence, cette sereine absence de bonheur n’arrivent pas à me libérer de certaines pensées, de certains fantômes, de certains remords. Je me sens responsable de n’avoir rien fait : de n’avoir pas honoré mon père, de ne l’avoir pas assez aimé, de ne l’avoir pas défendu après sa mort... Dans sa dernière comédie, la dernière justement, mon père avait mis en scène une petite fille. J’étais à cette époque une fillette entre sept et huit ans. Sans aucun doute, mon père, en écrivant cette scène avait pensé à moi, il l’avait écrite pour moi. Mon père a affronté le risque de mettre en scène une enfant, pour le simple goût de la voir jouer, et il l’a fait pour moi. Un certain nombre de tentatives pour me faire jouer furent organisées...»

Giovanni Macchia, Le Silence de Molière, 1985

Avec Gilles Blanchard ; Stéphanie Schwartzbrod ;Pierre Gérard ; Nanou Garcia ; Isabelle Hurtin ; Mickaël Duglué ; Emile Nauczyciel ; Arthur Nauzyciel ; Jean-Philippe Vidal ; Catherine Vuillez Scènographie Claude Chestier Costumes Claude Chestier et Pascale Robin Lumière Marie-Christine Soma Création sonore Xavier Jacquot Création musicale Jean-Christophe Marti Production CDDB - Théâtre de Lorient, Centre Dramatique National, Centre Dramatique National de Savoie, Compagnie 41751/Arthur Nauzyciel. Et le Centre Dramatique National/Orléans/Loiret/Centre.
Texte publié aux éditions Desjonqueres.


LA PIÈCE

Le point de départ et d’aboutissement du Silence de Molière, est l’image énigmatique de la fille unique de Molière, Esprit-Madeleine Poquelin, dont toute l’existence fut entourée d’un profond silence. C’est le récit d’une enfance au sein d’une famille d’acteurs, un monde de deuils, de jalousies, de colères, d’amour et de théâtre. Esprit-Madeleine se raconte et raconte son père.

Cette histoire, placée au centre du Malade imaginaire, en révèle une autre, intime et secrète, faite des liens père\fille, maître\élève, metteur en scène\acteur.

Il n’y est finalement pas question de médecine, ou alors de celle qui guérit les âmes et les cœurs trop lourds. Cette médecine, c’est l’Art, ses médecins sont les acteurs, ceux «qui écrivent sur le sable», comme le disait Antoine Vitez, qui aurait pu être notre Argan...

Le Malade imaginaire ou le silence de Molière est mon premier spectacle. Nous l’avons créé il y a neuf ans au CDDB-Théâtre de Lorient, Centre Dramatique National, où j’ai été artiste associé pendant 10 ans. Pour marquer cette nouvelle aventure qui commence pour moi à Orléans, nous avons décidé de lui redonner corps, souffle et vie pour deux représentations exceptionnelles. Parce qu’il est actuellement presque impossible de voir ou revoir une première mise en scène, et alors que je commence les répétitions d’Ordet de Kaj Munk qui sera créée au Festival d’Avignon et qui ouvrira la prochaine saison du CDN en octobre 2008, je souhaite offrir aux spectateurs la possibilité de s’inscrire dans une histoire, de tisser des liens d’une création à l’autre, de découvrir le spectacle fondateur, celui qui contient déjà tous les autres, et qui veut tout embrasser car c’est le premier.

Spectacle sur l’intime, l’abandon de la mort, la mémoire et la transmission, mêlant la vraie vie au théâtre, ou le théâtre à la vie, il réunissait mon propre père et des acteurs amis. Le spectacle a tourné en France en 1999 et 2000, et nous l’avons recréé au théâtre de l’Ermitage de Saint-Petersbourg en invitant Elena Rufanova (comédienne fétiche de Andrei Sokourov) à jouer en russe le rôle d’Esprit-Madeleine Poquelin. En mai 2004, à l’initiative du Centre Dramatique National de Montreuil nous l’avons repris pour 15 représentations exceptionnelles. Au printemps 2007, il a été recréé avec une comédienne islandaise Brynhildur Guðjónsdóttir, à l’invitation du Théâtre national d’Islande de Reykjavik.

Rejouer ce spectacle, c’est témoigner de cette aventure, d’un parcours artistique, et de ce que nous étions. Mais nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui et c’est donc au présent et sans nostalgie que nous allons de nouveau raconter cette histoire de famille, de deuil et de théâtre.

Arthur Nauzyciel