02-07-2010

NEGOCIATIONS OU AFFRONTEMENTS ?

Cette saison est dédiée à Alain Crombecque qui a travaillé avec passion toute sa vie au service de l'art et de la culture, ami des artistes, directeur du Festival d'Avignon (1985-1992) et du Festival d'Automne (1993-2009).

L’année dernière, les tensions étaient déjà vives entre le gouvernement et le monde de l’art et de la culture.
La situation s’est encore dégradée et la contestation se renforce.
Les artistes pensent que la culture est une cible pour cette politique libérale conduite avec démagogie.
Certes, ce secteur n’est pas le seul visé, car d’autres services publics sont également désignés pour réductions et formatages.
Les professionnels sont exaspérés. La contribution de l’Etat pour le spectacle vivant a été érodée, cette année encore, par l’inflation et les mesures nouvelles. Et surprise, de nouvelles baisses directes et drastiques sont annoncées par Bercy pour 2011, 2012 et 2013 !
Mais l’attaque la plus inquiétante est celle induite par la réforme des Collectivités Territoriales et la suppression de la taxe professionnelle qui vont empêcher départements et régions de subventionner normalement le secteur de la culture. Grâce à la mobilisation, les compétences culturelle et sportive ont été redonnées à toutes les Collectivités Territoriales. Mais le problème essentiel est d’obtenir la garantie des financements des Collectivités à ces secteurs.
Pour l’instant, ce n’est pas du tout le cas. Dans notre domaine, tout est fait pour créer les conditions d’un grand chaos budgétaire territorial.
Une vingtaine de départements, récepteurs de nouvelles dépenses sociales obligatoires non compensées, ont «anticipé » cette réorganisation et diminué les budgets de la culture de 20% en moyenne dès 2010. Ils ont enclenché une machine impitoyable qui pourrait entraîner la disparition de nombreux lieux d’art et de spectacles, festivals, compagnies et l’effacement des politiques d’action culturelle intérieure et extérieure.
Par exemple, le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, déjà en prise à des difficultés financières, a diminué en 2010 sa subvention de 20 % à toutes les structures culturelles et sportives : perte de 93 000€ pour le TNB; pour équilibrer le budget, il faudrait augmenter le prix du billet de 10% en moyenne, ou supprimer trois spectacles, ou supprimer trois emplois ! Nous espérons que les conseillers généraux de notre département vont revenir cette année sur ces diminutions problématiques, lors du vote du budget supplémentaire.
Nous demandons aux Présidents de tous les départements de bien vouloir décréter un moratoire, pour que cessent ces coupes, en attente d’une négociation élargie –État, Collectivités Territoriales et représentants de la profession – pour protéger l’art, la culture et le sport contre une perte de financements.
Les artistes et les responsables culturels souhaitent la prise en compte de leurs propositions de réformes, notamment en faveur de nouveaux labels (pôles nationaux des arts du cirque, centres nationaux des arts de la rue, pôles européens…), de l’éducation artistique, de la démocratisation culturelle et de l’action culturelle internationale. Ils sollicitent une vraie politique en faveur de l’emploi artistique et la pérennisation du régime spécifique d’assurance chômage des artistes et techniciens du spectacle. Ils veulent, pour les financer, un plan de relance et de développement. Bref,  chacun l’aura compris, ils appellent de leurs vœux une politique ambitieuse pour l’art et la culture.
Nous espérons que le gouvernement choisira la voie des négociations et non pas celle des affrontements…
 
François LE PILLOUËR
 
 
2010/2011: 20 ANS APRÈS
 2010 est le 20e anniversaire de la naissance du TNB, dirigé alors par Emmanuel de Véricourt. Que de travail accompli, que de transformations réussies. Comme l’écrivit le poète Horace : nous avons «achevé un monument plus durable que l’airain ». Devenu Centre Européen, n’a-t-il pas commencé à rayonner dès lors ? Il est devenu un lieu de création repéré par les artistes européens, une sorte d’école de la mise en scène et du regard. Il est reconnu par les professionnels et les médias. Il bénéficie du soutien des publics : 13628 abonnés, plus de 380000 personnes concernées par ses actions, records historiques !
En ces temps troublés, il faut qu’il puisse mener à bien ses missions régionales, nationales, internationales et de proximité. Nous avons besoin du soutien de tous les partenaires publics, Ville de Rennes, Conseil Régional de Bretagne, Rennes Métropole, Conseil Général et en particulier l’État, qui doit consolider ses financements.
Les artistes et les publics n’entendent pas voir ruiner des années de patient labeur.

L’ATELIER INTERNATIONAL D’ARTISTES
C’est le lieu de la création au TNB. Il se montre dynamique grâce aux artistes associés qui ont conçu ou conçoivent leurs œuvres sur le site rennais :
Noli me tangere de et par Jean-François Sivadier, qui sera également l’artiste associé désigné par le TNB pour Prospero ; il peaufine une comédie historique qui oppose des figures mythiques, Saint-Jean Baptiste, Hérode, Ponce Pilate, Salomé, tandis qu’une petite compagnie théâtrale révolutionnaire prépare une action d’éclat.
Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind, mise en scène de Christine Letailleur : un texte interdit à sa création en Allemagne, jamais monté en France, un révélateur des entrecroisements du pouvoir et des désirs féminins…
Création 2010 par Philippe Decouflé qui, par ses expériences récentes et son rapprochement avec le TNB, souhaite développer son secteur de recherche.
Christine Letailleur et Philippe Decouflé sont deux nouveaux artistes associés au TNB.
La résidence étrangère sera confiée à Romeo Castellucci, qui créera à Rennes, avant une grande tournée internationale :
J., une réflexion profonde sur la figure de Jésus.

La section européenne invitera des metteurs en scène associés à nos partenaires de PROSPERO pour des premières françaises : Galin Stoev pour le Théâtre de la Place de Liège, et Falk Richter pour la Schaubühne de Berlin.
Elle pratiquera de nouveau l’ouverture internationale, avec l’invitation de la Compagnie congolaise DeLaVallet Bidiefono.
Notre coopération avec Boris Charmatz, directeur du Musée de la danse, prendra une nouvelle dimension par sa création salle Vilar, Levée des conflits, un geste original et radical.
Didier Galas, nouvel artiste associé au TNB, va présenter dans le département sa dernière création L’Arlequin de trickster avec le soutien du Conseil Général et de la Caisse des Dépôts et Consignations.
 

L’UNITÉ DE RESSOURCES ET DE PRODUCTION
L’aide à l’écriture actuelle est le travail du Comité de Lecteurs qui désignera, après Gerty Dambury et Petr Zelenka pour 2009, deux auteurs qui se verront proposer chacun une commande.
Le soutien aux compagnies indépendantes sera renforcé par des coproductions et /ou des accueils.
Cachafaz, opéra créé dans le cadre de Mettre en Scène par Benjamin Lazar, artiste associé au Théâtre de Cornouaille, Scène Nationale de Quimper. Le livret corrosif est de Copi, et la musique foisonnante du compositeur argentin Oscar Strasnoy. Présentation conjointe Opéra de Rennes et Théâtre National de Bretagne.
Le Meunier hurlant par Tro-Héol, compagnie de marionnettes installée à Quéménéven.
 
L’ECOLE SUPÉRIEURE D’ART DRAMATIQUE
La septième promotion, jugée prometteuse par le responsable pédagogique Stanislas Nordey et les premiers intervenants, entreprend sa deuxième année.
Les œuvres de grandes troupes sont invitées :
Gardenia, chorégraphie d’Alain Platel, l’un des maîtres de l’Ecole flamande.
Kontakthof pour des jeunes de plus de 14 ans, chorégraphie de la regrettée Pina Bausch.
Elle avait créé Kontakthof, pièce majeure de sa compagnie; après l’avoir transmise à des hommes et des femmes d’âge mûr, elle l’a confiée peu de temps avant sa mort à de très jeunes danseurs. Un travail incontournable sur le temps et la danse.
Les acteurs de bonne foi de Marivaux, mise en scène Jean-Pierre Vincent. Dans les turbulences politiques imposées, un acte de foi dans le théâtre d’art.
Hamlet de Shakespeare, adaptation de Marius Von Mayenburg, mise en scène de Thomas Ostermeier, directeur artistique de la Schaubühne. Une interprétation puissante à la tête de laquelle un Hamlet hors de toute mesure (Shakespeare ne l’appelait-il pas «The Fat Man» ?).
Rêve d’automne de Jon Fosse, mise en scène de Patrice Chéreau. L’un de nos plus grands metteurs en scène, célèbre aussi internationalement par ses opéras et ses films, offre une création à partir d’un texte intense qui dessille la conscience.
Le Théâtre National de Bretagne fait partie des théâtres européens les plus renommés. Son projet PROSPERO entre dans une phase prolifique, avec des créations, de nouveaux échanges entre écoles, et le premier colloque Utopie et pensée critique dans le processus de création qui se tiendra en Finlande, à Tampere, du 20 au 23 octobre.
Grâce à l’aide renforcée du Conseil Régional de Bretagne, Mettre en Scène, basé bientôt sur 4 agglomérations, Quimper, Vannes, Lannion et Rennes Métropole (dont St-Jacques de la Lande, Bruz et Rennes), devrait témoigner au niveau européen de la force et de la modernité de la création actuelle. Deux journées de réflexion intitulées «La vie d’artiste» sont en cours d’élaboration avec le magazine Télérama, Rennes Métropole et le TNB dans le cadre de ce festival.
Le Théâtre National de Bretagne, Centre Européen de Production Théâtrale et Chorégraphique,  est candidat pour devenir l’un de ces pôles européens que souhaite créer le Ministère de la Culture, avec un statut a minima de Centre Dramatique National.
Puissent les publics, nos partenaires, et les Dieux du Théâtre le protéger contre les adversités…

François LE PILLOUËR