PHIA MÉNARD

PHIA MÉNARD

Performeur

« Bientôt l’objet m’ennuie. J’ai besoin de la matière, de quelque chose qui me rapproche du spectateur, et en même temps, je décide d’assumer mon identité, de changer de sexe. »

Rare à Rennes, Phia Ménard n’est pourtant pas loin, sa compagnie est installée à Nantes. Cette saison, associée au projet d’Arthur Nauzyciel, on pourra découvrir deux pièces : sa prochaine création Les Os Noirs et la reprise de P.P.P. solo fondateur dans le parcours de Phia Ménard. Rien d’écrit dans cet itinéraire, pas de passion précoce pour les arts de la scène. « Je ne suis pas une enfant de la balle. Je viens d’un milieu ouvrier. Je suis un produit de la démocratisation culturelle, de cette opportunité d’accéder à des théâtres, à des programmations ouvertes et diverses, à l’époque du CRDC à Nantes, et du festival de la Gournerie à St-Herblain. » Qui découvre, dès 1987, Zingaro, Archaos, le Cirque Plume, la Volière Dromesko… Une rencontre est déterminante, il y a vingt-cinq ans, avec Jérôme Thomas, « l’artiste qui a guidé mon travail pendant dix ans, avec qui j’ai appris énormément, notamment dans la maîtrise de la manipulation de l’objet. D’autres artistes ont compté, comme le chorégraphe Hervé Diasnas.» Au-delà de la virtuosité, Jérôme Thomas l’invite aussi à réfléchir aux formes de jonglerie, à trouver son chemin. Une écriture tissant musique, jonglerie, théâtre, danse, composant des pièces qui sont « affaire de regard plus que de monstration. » Création de sa compagnie en 1998, baptisée Non nova à partir de la locution latine Nove sed non nova (la manière est nouvelle, non la matière), avec laquelle elle questionne état d’âme et manière d’être. « Bientôt l’objet m’ennuie. J’ai besoin de la matière, de quelque chose qui me rapproche du spectateur, et en même temps, je décide d’assumer mon identité, de changer de sexe. » Point de bascule – parce que Phia Ménard en est le corps – la création en 2007 de P.P.P., pièce de jonglerie avec la glace, ses aléas, le froid. Variations autour de métamorphoses. Confidence plutôt que confession. « L’art m’a sauvée, m’a sauvé la vie à maintes reprises. Née dans les années 70, j’ai traversé les années sida et le kidnapping de l’amour, Tchernobyl et le mensonge d’État, le chômage et l’absence de perspective… L’antidote face à ce chaos, c’était l’art. » Pour ne pas se retrouver K.O. emprunter « ce chemin de vérité, théâtre où l’on jouait du faux pour rappeler le vrai ou le sens. Cette exposition m’amenait à comprendre que je devais assumer la personne que j’étais.» Et, désormais, creuser ce sillon où « j’essaie de traiter de notre relation à la matière, à la transformation, question de vie ou de mort, comme dans Les Os Noirs. » Dans la proximité d’un Gaston Bachelard et son Essai sur l’imagination de la matière, Phia Ménard débusque et dévoile une délicate poétique du phénix.